Le tabac et la plongée

Cet article nous a été envoyé par Francis DEGUISNE.

 

La fumée d'une cigarette est composée d'un mélange hétérogène d'une phase " gazeuse ", formée de gaz permanents et de vapeurs non condensées. et d'une phase aire constituée par un aérosol dont les particules ont de 0,1 à 0,8 µ. Pour étudier les constituants de ces deux phases. les différents centres d'analyse ont été amenés à utiliser des "machines à fumer " dont les conditions d'aspiration ont été normalisées d'après les moyennes statistiques recensées chez les fumeurs. la machine brûle une gauloise en sept à huit bouffées et recueille ainsi 250 ml de fumée. On sépare les deux phases par l'utilisation d'un filtre ou de l'azote liquide à basse température. La combustion est une pyrolyse qui modifie complètement la nature des éléments du tabac, On relève dans chacune des phases plus de cinq cents composés différents, De plus, la température de combustion entraîne la distillation de certains composants, telle la nicotine. Si la composition qualitative varie d'un tabac à l'autre, elle varie aussi de façon importante entre le début et la fin de la combustion : ainsi, la concentration d'oxyde de carbone et d'acétal-déhyde double entre la première et la dernière bouffée; la concentration en nicotine peut parfois quintupler.

On ne retiendra que quatre groupes de substances qui, dans l'état actuel des connaissances, sont incriminées dans l'étiologie des maladies liées à l'usage du tabac:

 

La nicotine :

On connaît la double action stimulante (à dose faible) et paralysante (à dose élevée) de la nicotine. On a cru longtemps que celle-ci n'avait qu'une action très limitée sur le cerveau. Mais on retrouve dans le diencéphale de fortes quantités de nicotine (marquée au carbone 14) injectée par voie intraveineuse. De plus, on a observé des effets importants de la nicotine sur l'acquisition des conditionnements et sur le seuil de vigilance chez l'animal et l'homme.

Les effets cardio-vasculaires sont, cependant les plus graves : une augmentation très nette du rythme cardiaque apparaît, accompagnée d'une augmentation de la pression artérielle systolique et de la pression diastolique. On enregistre en même temps une chute de la température cutanée qui marque une baisse de circulation périphérique.

A ces effets biologiques correspondent des effets pathologiques : on a montré tout d'abord que l'absorption régulière et prolongée (sans interruption pendant plus de quinze ans) d'un demi-paquet de cigarettes par jour diminue l'espérance de vie de deux ans et demi par rapport à la moyenne. et qu'un paquet quotidien la réduit de cinq ans.

D'autre part. une enquête portant sur 36 000 sujets a montré que de quarante à cinquante-neuf ans le taux de mortalité par maladie coronarienne était trois fois plus important chez les fumeurs que chez les non-fumeurs. Enfin, des statistiques dues à D. Schwartz, G, Anguerra et J, Lenègre (1961) montrent assez clairement la toxicité particulière de la fumée inhalée. Il est clair que le tabac accroît le travail cardiaque. effet compensé chez le sujet sain par une dilatation coronarienne; chez Je sujet atteint d'une insuffisance coronarienne, l'augmentation du flux sanguin étant impossible, il y a augmentation supplémentaire du taux d'oxycarbonémie. Enfin, on a pu montrer une liaison significative entre l'absorption de nicotine et la formation des thromboses : la nicotine semble augmenter l'adhésivité des plaquettes et leur adhérence à l'endothélium vasculaire, d'où résultent une augmentation de la rapidité de la coagulation (due aussi à la libération de catécho-lamines) et une diminution de la survie plaquettaire.

 

Oxyde de carbone et oxycarbonémie :

Les concentrations d'oxyde de carbone de la fumée du tabac sont importantes (3 à 4 p. 100 dans la fumée de cigarette, 6 p. 100 dans la fumée du cigare, 2 p.100 dans celle de la pipe), Une telle concentration dans l'atmosphère serait rapidement mortelle, mais l'oxyde de carbone parvient dans les voies respiratoires inférieures très dilué, et de plus, la fréquence d'inhalation d'un fumeur moyen est rarement supérieure à une inhalation pour huit aspirations. L'absorption reste donc modérée : 15 à 20 ml par cigarette. Comme l'absorption de l'oxyde de carbone par les voies respiratoires supérieures est très faible, les fumeurs présentent un taux d'oxycarbonèmie à peine différent de celui des non-fumeurs. Par contre, un fumeur inhaleur peut présenter un taux de carboxyhémoglobine de plus de 14 p. 100 : la quantité d'hémoglobine susceptible d'assurer le transfert d'oxygène étant réduite de façon importante, tout se passe alors comme Si le fumeur vivait à plus de 2000 mètres.

Associé à la nicotine, l'oxyde de carbone peut ainsi entraîner une hypoxémie extrêmement dangereuse pour les coronariens.

 

Les irritants :

La présence d'irritants dans la fumée du tabac est trop évidente pour quiconque a fumé un jour ou l'autre : les muqueuses des grands fumeurs sont hypertrophiées et tapissées de sécrétions, Ces altérations peuvent s'étendre au larynx et aux bronches lorsque le sujet inhale la fumée. La bronchite chronique est alors fréquente.

En fait, les substances irritantes (phénols, acides organiques, oxydes d'azote, etc.) ont un effet spécifique : elles provoquent l'arrêt de l'activité ciliaire du tractus respiratoire, normalement chargée du " ramonage " trachéo-bronchique et de l'évacuation tant des agents microbiens que des particules cancérigènes de la fumée du tabac. L'acro-léine et l'éthanal sont les deux aldéhydes principaux responsables de cette activité ciliostatique. Par ailleurs, plusieurs chercheurs dont Kourilsky, Brille et Hatte ont montré que chez le fumeur le débit expiratoire est ralenti du fait d'une augmentation croissance des résistances dynamiques pulmonaires : en fait l'augmentation de ces résistances semble due à deux mécanismes associés : d'une part, l'irritation des récepteurs des voies aériennes supérieures entraînerait une constriction réflexe; d'autre part, on peut supposer un effet indirect des produits irritants sur la musculature lisse bronchiolaire (Saindelle et Flavian). On peut ainsi rendre compte d'une certaine broncho-constriction et des résistances pulmonaires relevées.

Il faut retenir aussi les risques d'atteintes lésionnelles, comme la bronchite chronique qui s'installe au bout d'un certain temps avec les troubles ventilatoire qui l'accompagnent et les altérations histologiques qui en découlent. Parfois de nouvelles complications apparaissent comme l'emphysème. complication fréquente de la bronchite pulmonaire.

 

Les substances cancérigènes :

Il est maintenant établi qu'une relation causale lie le tabac et le cancer des voies aèro-digestives supérieures. Les études faîtes depuis une vingtaine d'années sur l'étiologie des cancers broncho-pulmonaires ont très clairement révélé le rôle spécifique de l'inhalation de la fumée. Pourtant, des incertitudes demeurent, dues en particulier aux échecs répétés des tentatives de cancérisation expérimentale des voies broncho-pulmonaires soit par inhalation répétée, soit par injection sous-cutanée de condensât. On observe, spécialement chez les rongeurs, l'apparition de tumeurs diverses et de métaplasies, mais aucun exemple d'épithéliomas épidermoïde ne s'est encore expérimentalement révélé.

De plus, la nature même des composés cancérigènes reste encore incertaine: les très faibles quantités de benzo 3-4 pyréne, de nickel, de polonium 210, ou de nitrasamines dans la fumée inhalée ne permettent pas de rendre compte de la cancérisation, aussi lente soit elle. Cependant, le fort pouvoir cancérigène des " goudrons " apparaît nettement par badigeonnage de la peau d'un rongeur; pour résoudre cette curieuse opposition, on a émis l'hypothèse d'une cancérisation en deux étapes : la première étape, dite initiatrice, serait marquée par la cancérisation de la cellule saine et serait suivie d'une seconde phase au cours de laquelle la substance cancérigène serait associée à d'autres substances, dites cocancérigénes, dans le développement de la tumeur. Il y aurait ainsi non seulement augmentation de la quantité de corps cancérigènes, mais association de substances fortement cocancérigénes telles que certains phénols. des acides gras et des esters d'acides gras. Ainsi, de nouvelles recherches ont permis de préciser l'activité de l'acroléine, déjà connue comme responsable de l'inhibition de l'activité ciliaire, et susceptible de provoquer sur certaines algues mono-cellulaires des mutations et des anomalies comparables à celles que l'on observe dans certains cas de cancers animaux.

 

Le tabac et la plongée :

Selon philip Foster (sur les méfaits du tabac), j'ai retenu ceci :