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Il y a des rencontres qui marquent les esprits et emballent les cœurs. En Polynésie, sous l'eau, le spectacle est toujours magique, imprévisible et bouleversant. Baleines et requins m'ont offert des sourires au fond des yeux. Cette joie à peine exprimable, je la dois à l'expérience du Raie Manta Club. Son directeur, Yves Lefèvre, m'a fait partager sa passion, à Rurutu, dans l'archipel des Iles Australes, ainsi qu'à Rangiroa, l'atoll des Tuamotu devenu grâce à son travail l'un des plus célèbres spots de plongée "requins" au monde. |
Ballerines de 25 tonnes
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Elles sont trois, immenses et somptueuses. Elles auraient pu partir. Elles ont
décidé de rester. Elles s'enlacent et se frôlent, se caressent et s'éloignent,
se rapprochent et s'étreignent. Un ballet inoubliable de danses échevelées,
leurs masses sombres se déplaçant comme si elles étaient de minuscules
ballerines du Bolchoï. Elles voyagent aussi de concert, superposées comme les
couches d'un mille-feuilles. C'est autant leur grâce que leur masse qui
impressionne. Laquelle regarder? |
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Celle qui s'éloigne en solitaire, celles qui se font des mamours, s'embrassent et se câlinent? Parfois, elles remontent vers moi et là, je suis un peu effrayée. Vu de dessus, elles paraissent déjà énormes, vu de près, elles sont pharaoniques. Un des cétacés se rapproche, je n'ai pas le temps de bouger. Va-t-il me heurter? Maligne, la baleine s'écarte, se tourne et me regarde d'un œil que je soupçonne malicieux. Elle est consciente de ma présence. Elle frappe l'eau de sa queue, plus loin, loin de moi et pourtant, je suis ballottée par les remous qu'elle occasionne. |
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C'était un jour extraordinaire, un après-midi de rêve sous le ciel nuageux de
Rurutu, non loin du Tropique du Capricorne. Là où elles viennent se reposer avec
leurs bébés, de juillet à octobre. Là où les mâles viennent chanter leurs
sérénades amoureuses.
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Dents de la mer
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Je ne suis ni Lara Croft, ni Superwoman et j'appréhende cette première sortie en mer, au milieu de ces squales de deux mètres qu'on prétend inoffensifs. A Rangiroa, aucun accident n'a jamais été déploré dans le banc de requins gris de récif (raira) qui s'ébat dans le courant. Yves Lefèvre, mon guide du Raie Manta Club, installé ici depuis 1985, me l'a certifié, lui qui accuse près de 700 plongées annuelles dans la passe de Tiputa. Oui, mais moi, si j'étrennais une série? |
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Dans mon détendeur, l'air qui me sert à respirer est avalé goulûment. Je savais qu'il
y en aurait beaucoup, mais là, il y en a trop! Devant, dessous, au-dessus...
J'arrête de compter à cinquante et je les regarde défiler, adossée contre un
rocher qui me sert de fauteuil. Au moins, je ne serais pas attaquée par
derrière! Mais ils restent indifférents à notre présence, même lorsque nous nous
glissons dans le courant qui les emporte. Mon rythme cardiaque peut redevenir
fluide. En levant la tête, je découvre leurs ventres ornés de blanc et leurs
ailerons aux formes hydrodynamiques. Les examiner bouger en cadence devient un
savoureux régal. |
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Avec l'expérience que j'acquiers, je comprends que certaines espèces sont plus
ou moins curieuses : le placide mamaru, requin à pointe blanche posé sur le
sable du lagon, se déplace au moindre un coup de palme intempestif. Tout comme
le grand requin marteau (taumata), qu'on observe, tapi au fond de la vallée de
Tiputa, (55 mètres, niveau III !) de novembre à mars. Trois mètres, quatre
mètres, cinq mètres... Certains sont plus énormes que d'autres, à la peau plus
sombre. Il m'est arrivé d'en voir trois par plongée, dont un quasiment blanc,
gigantesque et presque invisible dans l'eau translucide. Impressionnants, ils
procurent de vrais frissons de bonheur. Epais et trapus, ils semblent balourds,
mais pour en avoir surpris un en train de foncer sur une proie, je ne parierais
pas sur sa nonchalance! |
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Créature effilée du lagon, le requin à pointe noire (mauri) est plus attentif, curieux, nerveux, surtout les plus jeunes. Dans la passe d'Avatoru, profilés comme des ailes d'avion, les tapete (aileron blanc du récif) assurent le spectacle. Ce sont des solitaires d'environ trois mètres et l'on ne peut espérer croiser en même temps que quatre à six individus. Surgi du bleu, l'un d'eux me fonce dessus sans que je l'aie vu arriver. Comment réagir? Il est si rapide... Arrivé à moins de deux mètres de moi, il me contourne et me fixe de son petit oeil vert. Je tourne en même temps que lui, son regard reste planté au fond de mon masque. Son 360° effectué, après m'avoir jugée impropre à la consommation, ce dont je ne me vexe pas!, il replonge vers les profondeurs. |
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Quelques secondes d'éternité s'écoulent. Je viens de tomber amoureuse. |
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Renseignements : |
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Raie Manta Club Yves Lefèvre et Eric Leborgne (spécialiste des baleines à Rurutu) BP 55 98775 Avatoru Rangiroa Polynésie Française Tél : (689) 96 84 80 Fax : (689) 96 85 60 Email : raiemantaclub@mail.pf Site web : http://raiemantaclub.free.fr |
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