Fakarava, l'inconnue au grand coeur

Archipel des Tuamotu



Moins connu que Rangiroa, ou Manihi, l'atoll de Fakarava mérite qu'on s'y attarde. Dans les années à venir, la destination va se développer, sans aucun doute. Mieux vaut donc y aller quand il n'y a pas grand monde. Fakarava possède tous les atouts qui ont fait le charme et la légende de Rangiroa : raies manta, dauphins, thons, barracudas, requins de toutes sortes... Le corail en plus...
Logement chez l'habitant, structures peu développées, trois magasins, une poste, trois cabines téléphoniques... et un club de plongée !
L'aventure est au bout de plus de 24 heures de voyage : Paris-Los Angeles-Papeete-Fakarava...

Par 145°40' Ouest et 16°10' Sud, vue d'avion, la passe de Fakarava semble ne plus devoir finir. Est-ce réellement une passe ? On n'en distingue pas les bords. Sept courants ? Difficile de les compter. Ce ne sont que battements de vagues et mouvements contraires, déferlements et rouleaux. Impressionnante avec ses 1500 mètres de largeur, elle est pourtant moins inoffensive qu'elle n'y paraît...


Fakarava Sud - courant rentrant avec les raira
Photo : Martine Carret ©


A l'aéroport, dès que les bagages sont sortis de la soute, l'aventure débute par un trajet à bord d'un pick-up, sur un chemin cabossé qui ne connaît pas le nom de goudron. L'accueil par Jacqueline, à la pension Vahitu Dream est tel qu'on l'espère dans le pays de la fleur de tiare. Chaleureux et bienveillant et son plat de poisson crû au lait de coco reste une merveille dont on garde la nostalgie...
Loin des hôtels de luxe de la côte de Moorea ou de Bora-Bora, ici, tout est authentique, matelas de mousse et rideaux à fleurs, chiens paumotu qui coursent les mollets rougis par une des 3000 heures d'ensoleillement annuel.

Le bateau du club part de la pension ou du quai, en fonction du courant.
Dirigé par Jean-Christophe Lapeyre, qui compte 500 plongées sur l'atoll, le centre de plongée s'appelle Te Ava Nui, "La Grande Passe". Pour l'apprivoiser, après un contrôle des diplômes et des certificats médicaux, il nous emmène sur un site facile : Pufana, où la profondeur n'excède pas 15 mètres. Pas de courant, immenses bancs de nasons et perroquets multicolores à volonté, corail de feu...

Un site tropical classique, plein de couleurs et de coraux différents, avec l'inévitable visite de l'inoffensif et timide requin à pointe noire (carcharhinus melanopterus). Chacun peut y trouver son bonheur, à la rencontre de petites, comme de grosses bêtes.

A Central Park (25 à 12 m), la plongée se déroule à l'abri du courant. Le corail est de toute beauté et n'a pas été ravagé par le réchauffement des eaux de 98 : massifs de Montipora, Acropora, Millepora et autres Porites s'étendent à perte de vue. Les barracudas tournent dans le soleil, et les milliers de demoiselles donnent au relief une teinte particulière. Chanceux, nous débusquons six dauphins tursiops qui surgissent du bleu, après nous avoir nargués de leurs sons flûtés durant toute la plongée. Site de rencontre de raies manta. Pour tous niveaux.


Palier dans la passe de Tumakuhua
Photo : Martine Carret ©


A Ohotu (25 à 10 m), là aussi pas de courant, le mascaret étant visible (mur jaune), interdiction formelle de s'y approcher. Lieu où l'on voit barracudas et bécunes, napoléons, requins de lagon, perches, bancs de carangues arc-en-ciel qui s'ébrouent dans le bleu.

Et puis, pour ceux qui aiment les sensations fortes et qui possèdent le niveau requis (niv II expérimentés), il y a l'escapade au centre de Te Ava Nui. Comme toutes les plongées, elle s'effectue en fonction des horaires des courants, donc aucun horaire fixe. On peut sortir à 6 heures du matin, comme à 16 heures. Le courant doit bien sûr rentrer dans le lagon pour que la passe soit praticable.
La descente se fait sur 45-50-60 mètres en fonction des niveaux, dans un bleu profond et dur. Avec une visibilité de 60 mètres, on se rapproche du platier, tout en jetant un coup d'oeil au fond, en espérant apercevoir du gros (raies manta, thons, requins). Là, c'est un tapete (requin à aileron blanc du récif) qui surgit, solitaire et imposant, en visite de contrôle. Malgré leurs cris incessants, les dauphins restent inaccessibles aux regards. En remontant, on arrive sur un plateau corallien de toute beauté et on se laisse dériver, avec la sensation d'être dans une machine à laver bloquée sur essorage. Secouée la palanquée ! ! ! On vole au-dessus des canyons tapissés de corail où sont réfugiés les raira, requins gris de récif (carcharhinus amblyrhynchos), tout en essayant de s'y arrêter un instant, en se disant que vraiment, Fakarava vaut le détour et que seul un saut en chute libre ou un saut à l'élastique provoque autant de montée d'adrénaline.

"J'ai choisi de m'installer à Fakarava, un site où il n'y a personne d'autre, parce que tout y est sauvage", explique Jean-Christophe Lapeyre. "Une plongée sans passage de gros est rare, mais le gros, ce n'est que la cerise sur le gâteau. Il y a toujours des bancs de lutjans, de bécunes ou de carangues qui sont là. Dans le nord, les raies manta sont visibles sur tous les sites, comme les dauphins qui y vivent à demeure."

Au sud, à 90 minutes avec les 200cv du Topikite, le bateau de Jean-Christophe, on découvre un petit coin de Paradis. Sable rose qui se fond sur les motu (îlots), lagon vert nature et bleu passion mélangés. Pas de téléphone, juste quelques pêcheurs qui vivent là, à l'endroit de l'ancien village, dont on distingue encore les ruines. L'église catholique de Tetamanu, la plus vieille de Polynésie, rappelle le passé de l'atoll, ce temps où l'on faisait le coprah (huile de coco obtenue à partir de la chair blanche séchée) en déplaçant les habitants et le village au fur et à mesure des récoltes. Ce qui explique qu'on trouve des églises sur des morceaux d'île aujourd'hui délaissés...
On dort dans de petits fare (bungalows) construits par Camille, qui tous les jours, nourrit un oiseau qu'il a sauvé de la mort.

La passe sud de Fakarava s'appelle Tumakohua et un seul courant la traverse. Le premier site que nous convoitons a pour nom Te mau roti et nul besoin de descendre au-delà de 30m.
C'est le jackpot assuré. Pas de courant, une grande facilité, pas de palmage. Sur les Roses de calcaire géantes, qui ont le mérite d'être moins profondes que celles de Moorea (+40m) ou Huahine (+50m), tombent des poissons-confettis. Vous savez, ces petits morceaux de couleur différentes qui voltigent partout ? Ce sont des demoiselles muticolores qui se déploient au milieu d'un champ entier de vivaneaux à raies bleues qui empêchent même de distinguer les Roses !



Passe Garuae
Photo : Martine Carret ©


Du grand art : mérous, priacanthes, poissons empereur, bécunes, barracudas, napoléons, thons à dents de chien, requins en balade, nasons à queue orange, poissons ange et poissons cochers, poissons papillons et perroquets... Tout le monde s'y est donné rendez-vous.
Et puis, il y a le fameux mur aux requins. Moins de courant qu'à Rangiroa, autant d'animaux (raira, alias requins gris de récif), sinon plus.
Poussés par un léger courant, on descend sur 15 mètres et on avance lentement le long d'un récif en pente douce. Sur un fond de 30m, apparaît le mur de requins. Près, très près de nous, les raira nous observent, puis à mesure que nous avançons, s'écartent lentement et se regroupent derrière nous, sans aucune agressivité, rassurez-vous. Arrivée discrète sous un ponton, demeure des surmulets, où l'on fait ses paliers parmi les nudibranches et une murène javanaise. Spot idéal pour les photographes.
Un site qui donne envie d'y revenir.


Martine Carret



GUIDE PRATIQUE :

  • En vidéo :
    A Fakarava, sur les traces de R.L.Stevenson
    En 1888, Robert Louis Stevenson, l’auteur de « L’Ile au Trésor », loue une goélette à San Francisco et s’embarque pour les mers du Sud. Après avoir fait escale aux îles Marquises, il se dirige vers l’archipel des Tuamotu. Il découvre l’atoll de Fakarava. Comment a évolué cet atoll ? Les eaux cristallines du passé ont-elles été abimées ?

    Un film de Claude Lapeyre a obtenu la Palme d’Argent au Festival Mondial de l’Image Sous-Marine d’Antibes 97.

    Les mérous de Fakarava
    Paradis pour les plongeurs, Fakarava voit chaque année se regrouper, à la saison des amours, en plein hiver austral, c’est à dire en juillet, des milliers de mérous, appelés là-bas haapu, ou encore loches marbrées, en raison de la couleur de leur robe. Ils tapissent le fond des passes et se mettent en chasse pour attirer les femelles.

    Disponibilité :
    Claude Lapeyre
    29, avenue de Verdun
    92170 Vanves
    Email : claude.lapeyre@free.fr ou tuamotu.plongee@free.fr