Lointain, isolé, l'archipel des Marquises appartient au domaine du rêve, de l'inconscient que l'on transporte depuis l'enfance, de ces images sorties des esprits de Brel ou de Gauguin. La réalité dépasse l'imagination. Paysages à couper le souffle, falaises qui plongent dans une mer déchaînée et sombre, fleurs endémiques, accueil princier par la population locale. Ici, la plongée n'est qu'un élément du tourisme, au contraire de certains atolls des Tuamotu. La découverte de l'île de Nuku Hiva est un régal. Sous l'eau, comme à la surface. Même si les écueils sont nombreux.
|
Les Marquises se méritent. Vraiment. Après 21 heures de vol jusqu'à Papeete, la
capitale de la Polynésie Française, il faut compter trois heures et demi d'un
vol national pour débarquer dans cet endroit situé à 1400 km au nord de Papeete
et à 4000 km au sud d'Hawaï. Et là, le trajet n'est pas encore terminé ! Comptez
plus de deux heures de 4X4 pour traverser l'île et vous rendre à Taiohae, la
baie principale, située à l'opposé de l'aéroport. Ou si vous le désirez, sept
minutes d'hélicoptère ! |
|
Les deux options sont conseillées, l'une à l'aller, l'autre au retour. Le voyage
en 4X4, s'il est épuisant, permet de se rendre compte de la beauté des paysages,
de s'arrêter, de profiter de la lumière, des fougères arborescentes ou de toutes
ces plantes aux noms inconnus. Le survol en hélico est incontestablement
grandiose, avec le passage au-dessus de la voluptueuse cascade de Vaipo, l'une
des plus hautes au monde et qui affiche 350 mètres de hauteur. |
|
Panoramas époustouflants, luminosité magique. Les mots s'épuisent aux
Marquises... Falaises à vif, blocs de lave surgis au milieu de nulle part, côte
déchiquetée... " Te Fenua Enata ", Terre des Hommes, c'est ainsi qu'est nommé
cet ensemble de onze îles, dont six seulement sont habitées. Aucun récif-
barrière n'est là pour donner à l'Océan Pacifique ces couleurs bleu-vert
caractéristiques des îles lagon, comme celles de l'archipel de la Société.
Géologiquement, les Marquises sont plus récentes et les formations coralliennes
encore inexistantes. La vie y est rude, âpre, comme le relief. Généreuse aussi,
à l'image de ces habitants à la carrure impressionnante ou de ces
pamplemoussiers qui donnent des fruits verts à la saveur douce et inénarrable! |
|
La majorité de la population de Nuku Hiva, l'une des deux îles principales avec
Hiva Oa (patrie de Brel et de Gauguin), est rassemblée dans le village de
Taiohae, domaine des artisans, des sculpteurs sur pierre et sur bois. On y
compte 1700 âmes, pour un ensemble de 8000 personnes disséminées dans
l'archipel. |
|
Le peuple est accueillant, souriant, encore peu dénaturé par le tourisme. On
vous salue d'un " Kaoha Nui ", " bonjour ", tonitruant et délectable. Les
Marquisiens arborent aussi fièrement leurs tatouages aux motifs alambiqués,
hérités des tribus ancestrales. Les gens prennent le temps de vivre aux
Marquises... |
Sauvage |
|
|
L'hôtel Keikahanui Pearl Lodge est niché au creux de la baie de Taiohae, sur un
surplomb montagneux. De la piscine, on aperçoit l'eau bleue et sombre de la
baie, les vagues gigantesques qui viennent frapper les rochers de lave
environnants. Lorsque l'on arrive de Tahiti ou des Tuamotu, le contraste est
frappant. Cette mer inconnue paraît si peu engageante... On n'en voit ni le
fond, ni les nuances colorées, ni le corail... Du noir, rien que du noir.
Pourtant, les plongées y sont réputées et la peur de se lancer dans cette vaste
étendue obscure doit être laissée dans un coin de mémoire. |
|
|
Il n'existe qu'un club de plongée pour tout l'archipel. Il est basé à Nuku Hiva,
sur l'ancien quai de Taiohae. Seule autre opportunité pour batifoler dans les
eaux marquisiennes: les croisières organisées par quelques voyagistes qui aiment
l'aventure et les sentiers sans troupeaux. On testera pour vous un jour, promis ! |
Magnifique |
|
|
Sur quatre plongées, j'en ai effectué une, absolument sublime. Vu l'éloignement des Marquises quand on arrive de France, j'aurais évidemment souhaité plus de réussite, surtout après avoir dégusté l'alléchante brochure du club. On piaffe d'impatience devant tant de merveilles promises " bancs de requins marteaux, vol de raies léopard, coquillages rares... ", mais on déchante malheureusement aussi vite. Le club vante notamment les sorties avec dauphins Electre ou péponocéphales. Une prestation unique en Polynésie. |
|
|
En prévision de cette sortie
mémorable, j'avais attendu un an pour m'y rendre durant " la bonne saison "
(janvier à mai). Ces dauphins à tête de melon se rassemblent alors par centaines
le long de la côte du vent pour se prélasser au soleil et jouer dans les vagues.
La colonie est présente autour de l'île en permanence, il suffit d'aller à sa
rencontre, en bateau, puis en PMT. Depuis des années, les observations montrent
leur prédisposition pour les matinées paresseuses, au soleil. Mais jamais nous
n'aurons eu la possibilité -même infime- d'aller les contempler. Le moniteur,
visiblement épuisé, n'avait pas envie d'aller passer deux fois deux heures en
pleine mer pour les dénicher de l'autre côté de l'île. Et ce, malgré nos
prières. Il a refusé d'emblée toute question concernant les animaux. "
Impossible. Mauvaise mer, non, demain, il fera trop mauvais. Après-demain ? Oh
non, n'y comptez pas, ce n'est même pas la peine d'y songer... " Cruelle
déception. Appâtés par cette publicité que l'on ne peut que qualifier de
mensongère, nous sommes repartis en métropole avec un sentiment d'inachevé. La
rencontre avec les animaux, quels qu'ils soient, terrestres ou sous-marins, à
travers le monde, comporte toujours des éléments aléatoires et il faut rester
conscient qu'ils ne se trouvent pas enchaînés dans des parcs d'attraction,
disponibles à chaque requête de notre part, mais au moins, peut-on se donner une
possibilité d'aller vers eux. Ensuite, c'est une question de chance... |
|
Déception identique pour les grottes, tapissées de langoustes, et notamment
celle d'Ekamako, gardée par de grandes raies pastenagues. Que voulez-vous tenter
quand l'unique moniteur vous déclare qu'il est claustrophobe et qu'il déteste
les grottes? Heureusement qu'il existe des livres qu'on peut savourer les soirs
de tempête à Paris pour se fabriquer des souvenirs marquisiens... |
||
|
Et puis, il reste tout de même cette plongée, sublime et incroyable... effectuée à la Pointe Motumano. |
|
Une descente tranquille sur 25 mètres, avec vision d'un
requin marteau à festons qui paresse tranquillement dans trois mètres d'eau. Une
manta surgit du bleu profond, puis un second requin marteau nous tourne autour,
suivi d'une placide raie manta... En huit minutes, nous nous sommes déjà
fortement régalés. Un énorme banc de vivaneaux à raies bleues remplit notre
champ de vision. |
||
|
Nous devons battre des bras pour les écarter ! Puis nous tombons nez à nez avec
la nurserie, où tous les petits lutjans sont rassemblés... Une raie marbrée
décolle soudain d'un rocher, battant des ailes pour s'échapper au plus vite,
sans doute troublée par nos bulles. Une raie manta fait son apparition et vient
se scotcher sur le rocher où je me suis confortablement installée pour mieux
l'étudier. Nous passons plusieurs minutes avec elle, si grosse, si belle et si
peu farouche. |
|
Et alors, qu'ébahis par tant de beautés, nous nous frottons les
yeux, une raie manta d'environ deux mètres d'envergure vient nous saluer au
palier. Sa particularité est d'être totalement noire, ce qui la rend encore un
peu plus mystérieuse. Un sentiment de sérénité profond nous envahit. Le spot de
Tikapo nous réservera lui aussi d'agréables surprises : carangues bleues
énormes, bancs de carangues grises, vol d'une quinzaine de raies léopard, loche
géante d'environ deux mètres qui évoluait à 35 mètres de profondeur. |
||
|
Là encore,
nous avions dû insister pour nous rendre sur ce bout de rocher battu par les
vents. " Je vous propose une plongée calme et sympa ou un spot dur, pour des
guerriers, des plongeurs chevronnés car l'endroit est délicat, avec du courant,
des tourbillons... Mesdames, vous décidez ? ", avait questionné le moniteur, peu
enclin à se rendre sur Tikapo. Devant notre insistance, légitime, et malgré ses
avertissements alarmistes, nous avions décidé d'y aller et il avait dû
abdiquer. Tant mieux pour nous !!! Cela nous changeait des éboulis rocheux, à
l'abri du courant, où il préférait nous emmener pour aller examiner des fonds de
sable... Et il reste tous ces spots inconnus " La sentinelle aux Marteaux ", "
la pointe Matateteiko ", " Ekamako ", où nous nous rendrons forcément un autre
jour et dont nous vous rendrons compte. |
|
Centre de plongée Marquises Xavier Curvat BP 100 98742 Taiohae - NUKU HIVA Tél. / Fax : 00 (689) 92 00 88 N'accepte ni les CB, ni les chèques en FF. Prévoir des Travellers Chèques. Tarifs : plongée d'exploration : 5500 CFP, 46 euros. Deux plongées : 10 000 CFP, 83,80 euros. Réductions pour les licenciés FFESSM. |
|
Hôtel Keikahanui Pearl Lodge Laurence Baes BP 53 . 98742 Taiohae - NUKU HIVA Tél. : 00 (689) 92 07 10 Fax : 00 (689) 92 07 11 Tél. réservations: 00 (689) 43 16 10 Fax réservations: 00 (689) 43 17 86 Email : keikahanui@mail.pf Site web : http://www.pearlresorts.com/ |