L'OURSIN DIADEME DE MEDITERRANEE
Centrostephanus longispinus Philippi, 1845

Par Patrice Francour.

 

Les oursins diadèmes, uniquement des oursins tropicaux des Antilles ou de la mer Rouge ? Non il existe en Méditerranée une espèce d'oursin diadème, peu connu des plongeurs à cause de sa rareté. Pourtant il est difficile de le confondre avec une autre espèce : il possède de très longs piquants, 10 cm ou plus, pour un test de 6 centimètres de diamètre; il s’agit de Centrostephanus longispinus, littéralement l’oursin aux longs piquants.

Bien que présent partout en Méditerranée (Adriatique compris), il est tout de même peu fréquent de le rencontrer en plongée sur nos côtes. Comme tous les oursins de sa famille, les Diadematidae, il préfère les eaux chaudes, il est donc plus commun dans la partie orientale de la Méditerranée. Il est également abondant sur les petits fonds de l'Atlantique oriental (Mauritanie par exemple). Il est signalé le plus souvent sur la roche, à partir de 15 ou 20 m, mais il lui arrive de faire une escapade dans l'herbier de posidonies, ou même de s'installer sur un fond vaseux, bien loin de la surface, vers 200 m.

La reproduction, la nutrition et la biologie de cet oursin sont encore imparfaitement connues. Les zoologistes du début du siècle nous ont livré de remarquables descriptions de cet animal. Mais son mode de vie et son comportement restent encore bien mystérieux. On sait qu'au cours de sa vie, C. longispinus passe par une phase larvaire dans le plancton (en pleine eau, comme beaucoup d'oeufs de poissons), mais la larve est encore inconnue de nos jours ! Les très jeunes oursins, issus de ses larves, n'ont jamais été vus ... pas le moindre bout de piquants pour savoir à quoi ils ressemblent.

    

Les "plus petits" oursins connus ont déjà 1 cm de diamètre (sans les piquants). C'est un tour de taille respectable et on n'est pas très loin de l'adolescence. Ces derniers sont toutefois encore plus rares que leurs parents. Entre 2 et 5 centimètre de diamètre, l’oursin grandit d’environ 1 millimètre par mois. Ces jeunes oursins pourraient être apportés le long des côtes françaises par les courants marins, en provenance du sud de la Méditerraanée ou de la Sicile. Ces arrivées ne semblent pas continues et les observations réalisées en Corse ou ailleurs laissent plutôt penser à des arrivées épisodiques, espacées parfois de quelques années.

Selon le biotope que fréquente l'oursin, on retrouve dans son contenu stomacal des débris d'animaux (spicules d'éponges, restes de coquillages ...) ou une forte proportion de végétaux (algues ou posidonies). Une partie de sa nourriture est aussi absorbée sous forme particulaire (ce sont des particules de matière organique dissoutes dans l'eau, et cela nourrit très bien qui sait les utiliser !). Les grands piquants portent à cet effet de longs sillons longitudinaux, très visibles au microscope. Il est possible que la grande mobilité des piquants assure un brassage de l'eau efficace, et une bonne absorption des particules.

Devant la rareté de Centrostephanus le long des côtes françaises et des risques possibles de ramassage inconsidéré par les plongeurs (oh le beau souvenir !), cet oursin a été classé comme espèce protégée en novembre 1992 : son ramassage est désormais interdit. Si vous le rencontrez, il faudra juste l’admirer des yeux ou ne garder qu’une photo-souvenir. Mais ne garder pas cette observation pour vous seul(e), faites nous en part. Vous contribuerez ainsi à faire progresser les connaissances sur cette espèce encore mal connue.

 

Pour en savoir plus : francour@unice.fr