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Projet Ganeko


Le Ganekogorta-Mendi



Le Ganekogorta-Mendi ©



Le Ganekogorta-Mendi était un cargo de 98 mètres, construit en 1908 aux chantiers Euskalduna, à Bilbao, pour la compagnie Sota y Asnar.
Août 1916. À cette époque, les navires neutres ne sont généralement pas inquiétés par les sous-marins allemands, même si jusqu'à la déclaration en février 1917 de la guerre sous-marine à outrance, quelques "incidents" entre navires neutres et U-Boote furent à déplorer : 26 navires espagnols furent torpillés avant cette date et le gouvernement de Madrid éleva de très vives protestations, très ému contre ces agressions.

Le 9 août au matin, le Ganekogorta-Mendi, les cales pleines de charbon de Newcastle, se trouve à une vingtaine de milles de Port-Vendres, faisant route vers Savone, en Italie. Malheureusement pour lui, le commandant Lothar von Arnauld de la Périère, l'as des as de la guerre sous-marine, croise dans les parages avec son U 35. Le submersible est allemand, mais ce jour-là, arbore un faux pavillon autrichien. De plus, le panneau portant son matricule est retourné la face contre le kiosque. L'objectif est de brouiller les pistes au maximum. Il convient en effet de ne pas être trop facilement identifiable, pour ne pas être suivi à la trace d'après les déclarations des rescapés des navires coulés.

Fidèle à son habitude, l'Allemand tire un coup de semonce et s'immerge aussitôt, puis refait surface à faible distance pour voir si le vapeur est armé. Après s'être assuré que tel n'était pas le cas, un enseigne de vaisseau se détache de l'U 35 pour inspecter la cargaison, puis fait monter le capitaine Hermino Gallarce à son bord. Von Arnauld, après avoir longuement examiné les papiers du navire, déclare en français que le charbon étant contrebande de guerre, il se trouve dans l'obligation de couler le vapeur. Mais Gallarce ne l'entend pas de cette oreille : une âpre discussion s'engage alors entre les deux hommes. Le capitaine espagnol proteste avec véhémence, arguant que son navire peut être saisi, mais non coulé. Excédé par les protestations de Gallarce, von Arnauld lui donne vingt minutes pour quitter le navire, en faisant valoir que le Ganekogorta-Mendi n'arbore aucun signe de neutralité. Il indique à l'Espagnol la direction à suivre pour gagner la côte au plus vite, et lui recommande de prendre garde aux mines qu'il pourrait y avoir dans les eaux françaises.

Trois heures après le premier coup de canon, et après avoir fait main basse sur toute l'huile, l'essence et l'argent qu'ils pouvaient trouver, les Allemands coulent le bateau en ouvrant les prises d'eau de la machine. Les 24 hommes d'équipage du vapeur basque, eux, débarqueront sains et saufs à Port-Vendres en fin d'après-midi, dans les deux embarcations de sauvetage du Ganekogorta-Mendi.



U 35 :



L'U35 ©



L'U 35 était un de ces grands sous-marins allemands de type U, qui furent les premiers à posséder les fameux moteurs diesel. Ce nouveau mode de propulsion allait se révéler beaucoup plus économique et plus sûr que les anciens moteurs à huile lourde utilisés jusqu'en 1913.
Deux moteurs de 1700 chevaux propulsaient ces croiseurs sous-marins de 64 mètres à une vitesse de 8 noeuds, pour une autonomie de 13 900 kilomètres en surface.
En plongée, deux moteurs électriques leur permettaient d'atteindre cinq noeuds pour 150 kilomètres d'autonomie.
Ces engins passaient donc le plus clair de leur temps en surface, réservant l'immersion à l'attaque ou à la fuite. La recharge des batteries se faisait à la surface, pendant la nuit.
Ces sous-marins étaient dotés de quatre tubes lance-torpilles de 500 mm, deux à l'avant et deux à l'arrière, et d'un canon de 105 mm.
Ne pouvant embarquer que six torpilles, ils étaient souvent contraints d'attaquer au canon, après avoir fait surface devant les navires ennemis.
Lancé à Kiel en 1913, l'U 35, commandé par Lothar von Arnauld de la Périère, appartenait à la Flottille de sous-marins de la Méditerranée. Ce fut le submersible qui se révéla le plus redoutable, toutes guerres confondues. Il coula 224 navires, totalisant 535 900 tonnes. Sa mission de juillet-août 1916 fut la plus fructueuse : 54 bâtiments, soit 91 000 tonnes, furent envoyés par le fond. La méthode de von Arnauld consistait généralement à couler les navires d'un tir au canon après un coup de semonce. Il avait à ses côtés un canonnier d'élite venant de la Flotte de haute mer. Durant toutes ses missions lointaines, von Arnauld ne fit tirer que quatre torpilles. Ce qui ne l'empêcha pas d'être responsable à lui seul du cinquième du total des pertes en navires de commerce enregistrées en Méditerranée.



La légende "de la Périère"


Lothar von Arnauld de la Périère, surnommé l'as des as de la guerre sous-marine, commandant de l'U 35. Son nom français lui vient de ses origines huguenotes. Il détient le triste record du nombre de navires coulés (224), toutes guerres confondues.