| Synthèse des travaux scientifiques |
Habitat :
Tous les mérous ont un gîte et peuvent parfois le partager à plusieurs.
Une concordance existe entre la taille du gîte et la taille corporelle du mérou comme l'indique le tableau suivant (concordance exprimée en % du nombre total d'individus observés):
| Gîtes | |||
| Blocs | Eboulis | Failles | |
| Gros mérous | 60 | 35 | 5 |
| Mérous moyens | 31 | 46 | 23 |
| Petits mérous | 0 | 33 | 67 |
Comportement :
L'activité des mérous sur le site présente des variations saisonnières marquées.
La proportion de mérous rencontrés hors des trous passe par un maximum en été et en automne. Elle est plus faible au printemps et minimale en hiver.
Durant la période hivernale, les gîtes visités sont toujours occupés. Les mérous aperçus hors des trous sont plus craintifs et leur vitesse de fuite plus importante. La distance minimale de fuite dépend de la clarté des eaux. En eau turbide, les mérous semblent être surpris par l'apparition du plongeur. Cela pourrait être également dû à un engourdissement lié à l'abaissement de la température des eaux.
Durant la période estivale, en revanche, la distance d'approche est plus faible et la fuite lente. Le mérou est rarement surpris. Il semble être plus vigilant et s'habituer très tôt à la présence du plongeur.
Durant une même saison, les mérous fréquentent la même zone et le même gîte. Toutefois, des exceptions à cette règle ont été notées. Un certain nombre d'individus disparaissent et semblent avoir été chassés par leurs congénères. Des manifestations d'agressivité ou d'intimidation entre individus, visant à conserver ou à conquérir un gîte, ont été observées. Ces luttes sont invariablement le fait de gros mérous. Pour signaler sa propriété à un nouveau venu de passage, le mérou prend une livrée grisâtre, se précipite sur l'intrus et s'arrête face à lui. Si cette dissuasion n'est pas suffisante, il agresse physiquement l'intrus. Pour conquérir un territoire, les deux mérous se tiennent ostensiblement prés du gîte jusqu'à ce que l'un des deux parte. Cette dernière manifestation peut durer plusieurs jours.
Démographie :
L'étude démographique des populations de mérous a été rendue possible grâce à une série historique de recensements effectués à Port- Cros depuis 1983.
Autour de l'îlot de la Gabinière, les
recensements montrent que la population de ce site a peu varié
de 1983 à 1989 (tableau ci- dessous), notamment en ce qui
concerne les gros individus (Fig. 4).
| Année | 1983 | 1984 | 1985 | 1987 | 1988 | 1989 |
| Effectifs | 26 | 28 | 23 | 27 | 29 | 34 |
| Variations annuelles de septembre 1983 à septembre 1989
|
Variations
saisonnières de septembre 1987 à septembre 1989
|
| Figure 4 : Variations des effectifs de mérous autour de la Gabinière. | |
Le nombre plus faible de mérous répertoriés en
1985 semble du à un mauvais dénombrement des individus de la
côte ouest de l'îlot de la Gabinière.
L'augmentation d'effectifs observée en 1989, peut être attribuée principalement à un recrutement exceptionnel de petits mérous matures (50 cm<LT<60 cm). Des mérous de cette taille avaient été signalés en assez grand nombre depuis le printemps de la même année dans les eaux du Cap Creus entre Cerbère et Rosas.
La structure démographique globale demeure inchangée d'une année sur l'autre de 1983 à 1988. L'abondance relative des individus âgés suggère une organisation non aléatoire de la colonie. La plupart des individus qui la composent est probablement arrivée sur place avec une taille déjà importante (Fig. 5).
Tout se passe comme si une structure démographique particulière était immuablement conservée et cela grâce à des mécanismes de nature sociale toujours identiques. Sans les marquages et les notes prises sur la taille, la livrée et le comportement des mérous pour une reconnaissance individuelle, la colonie semblerait figée.
Ces déductions sont confortées par des observations de déplacements d'individus marqués ou bien identifiés de la Gabinière à la pointe du Vaisseau et de Bagaud à la Gabinière.
Ces résultats montrent que les mérous ont tendance à se regrouper en colonies sédentaires ou "bandes anonymes" au sens sociologique du terme. Cependant, les individus qui constituent cette bande anonyme ne sont sédentaires qu'à l'échelle de l'année (ou de quelques années) et sont appelés à plus ou moins long terme, à en partir. Les plus gros individus possèdent les meilleurs gîtes et semblent être les pivots de la colonisation d'un site. Leur renouvellement est obtenu de longue lutte par un individu souvent de même taille ou par décès. Des territoires sont ainsi délimités et renferment un, deux ou trois individus, cinq au maximum, pendant la période du frai.
| Gros | Moyens | Petits | ||||
| Effectifs 1987 Effectifs 1988 Effectifs 1989 |
14 16 16 |
51,9% 55,2% 47,1% |
10 11 10 |
37,0% 37,9% 29,4% |
3 2 8 |
11,1% 6,9% 23,5% |
| Ligne 1 : La Gabinière, PN de Port-Cros 1989 Ligne 2 : Ligne 3 : Ligne 4 : Ligne 5 : |
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| Figure 5 : Démographie comparative | |
Rythme annuel :
Les mérous adultes
Après un hiver de vie au ralenti durant lequel l'activité trophique a diminué fortement, les mérous, amaigris, quittent leur gîte à la recherche de nourriture.
D'avril à juin, la plupart d'entre eux errent. Ils finissent par se regrouper en juillet dans des zones particulières telles que chaos autour des îles, pointe de caps, hauts-fonds, contrebas de falaises sous-marines... Là, restent à demeure quelques individus dont les plus gros. La colonie augmente donc d'effectifs. Certains gîtes sont partagés et une partie du peuplement est renouvelée. La démographie ainsi reconstituée présente une image de la distribution des tailles à peu prés identique à celle de l'année précédente. Ceci laisse donc supposer qu'une structure démographique particulière pourrait être nécessaire à l'harmonie sociale de la colonie.
En septembre, à la fin du frai, la densité des frayères diminue. Une certaine quantité d'individus, en rapport avec le nombre de gîtes véritables, s'en va errer durant l'automne à la recherche de nourriture. Au printemps, la proie principale des mérous est représentée par les crustacés. Alors qu'en été, ces mêmes mérous puisent leur nourriture dans le nuage de bogues, mendoles, oblades et castagnoles que l'hydrodynamisme maintient au-dessus d'eux.
En automne, ce sont les poulpes qui vont faire les frais de leurs agappes. Ces errances trophiques automnales vont quelquefois amener les mérous très prés de la surface où ils seront plus vulnérables que pendant le reste de l'année. Puis peu à peu, sans doute avec le refroidissement des eaux de surface, ils vont redescendre vers des profondeurs plus habituelles, au niveau où ils se trouvaient en période estivale.
Les juvéniles
Ils vivent dans les petits fonds, à l'écart des adultes et partagent quelquefois leur abri à deux ou trois.
Ils auront beaucoup de mal à survivre la première année. Ils auront tout d'abord des difficultés à trouver un abri qui les protège efficacement de la prédation. Ensuite, au printemps puis au cours de l'été, la pêche à la ligne et les filets maillants vont faire des ravages dans ce groupe d'âge rarement pléthorique.
La réussite des pontes diffère
considérablement d'une année sur l'autre. En 1988, elle a été
bonne en Tunisie, Sardaigne et sur les côtes espagnoles (où
elle avait été également importante en 1984). L'année 1989 a
été exceptionnelle
et cela, semble-t-il, dans l'ensemble du bassin occidental. Elle
n'a pas d'équivalent depuis plus de quinze ans, notamment sur
les côtes maghrébines. En été 1990, des mérous dont la
taille était comprise entre 11 cm et 18 cm ont été vendus par
centaines sur les marchés aux poissons tunisiens. Toujours de ce
point de vue, l'année 1986 semble avoir été particulièrement
bonne au sud de la Corse et en Sardaigne. Les pêcheurs sardes
signalent également, en 1989, de grandes quantités de petits E.
alexandrinus et de petits E. caninus nés en 1988.

Les travaux du G.E.M. apportent ainsi la preuve que peu de mérous sonts strictement sédentaires.
La plupart changent de gîte d'une année sur l'autre. Ils se regroupent préférentiellement en bandes anonymes sur les mêmes aires. Des échanges d'individus ont lieu entre ces aires. Il s'en suit des déplacements progressifs de plus ou moins grande envergure sous forme de "cheminements saltatoires".
Ces migrations de petite amplitude sont responsables du renouvellement de la population située au delà du 41°5 de latitude nord en méditerranée Occidentale où aucun mérou né dans l'année n'avait été observé avant les années 90.
Depuis 1991/1992, la
présence des mérous juvéniles atteste d'un succès local de la
reproduction, phénoméne nouveau pour cette région.