Déjà le retour.

Par Cédric Verdier

 

La fin des vacances est arrivée et nous voilà repartis pour plusieurs mois de grisaille, de pluie, de tourmente, d'orage, de grêle, de manifestations et de soucis. Et déjà l'idée de retravailler revient dans notre esprit encore embrumé par les miasmes tropicaux du soleil de l'été.

Finie la plongée, pour quelques semaines ou quelques mois !

Le retour du plongeur à une vie de mammifère terrestre ne se passe pas toujours dans le calme et la sérénité, et quelques éléments, parfois subtils, laissent à penser que cette métamorphose n'est jamais tout à fait complète...

En effet pour celui ou celle qui a passé son été sous l'eau, au grand désespoir de sa cellule familiale inscrite aux abonnés absents, quelques modifications physiques sont perceptibles. Lorsque l'on a battu des records de durée d'immersion, que l'on sent l'azote à plein nez et que la seule pensée d'une journée sans plonger fait frémir d'horreur, il y a de fortes chances que l'organisme ait subi des modifications aussi profondes et dévastatrices que celles subies par un ermite philanthrope et taciturne après quatre ans d'études pour devenir avocat d'affaires.

Par exemple votre dos, malheureusement habitué au poids du scaphandre, et qui doit à présent retrouver sa prestance et sa droiture légendaire. Votre bouche, ayant acquis une mollesse labiale au contact prolongé de l'embout du détendeur, et qui doit énergiquement reconquérir cette tonicité et ce sourire carnassier qui faisait votre réputation dans les dîners mondains. Vos mains, jadis caractérisées par leur finesse et leur agilité, maintenant calleuses, flétries par les heures passées dans l'eau et engourdies par le port répété de la bouteille et du sac de plongée. Sans parler de votre visage. Ah ! ce visage dont on vantait hier encore l'ovale parfait et le teint d'albâtre et qui est dorénavant orné d'une marque rouge indélébile, trace d'un masque maintes fois soumis à la pression. Votre corps enfin, dont le bronzage semblerait particulièrement mystérieux aux yeux d'un ethnologue ignorant les habitudes vestimentaires du plongeur. Une étude plus approfondie lui permettrait même d'y découvrir d'étranges marques en zig zag curieusement tatouées à l'emplacement des coutures de votre combinaison de plongée.

Inutile donc de dire que sans une nécessaire métamorphose physique, impossible d'envisager une quelconque activité en short ou un hypothétique essai du smoking taillé à vos mesures (d'avant les vacances) ou de la robe du soir si hardiment échancrée dans le dos.

Mais il n'y a pas que des dégâts physiques. Force est de constater que le comportement du plongeur temporairement repenti est lui aussi affecté. Et les bulles dans le cerveau n'excusent pas tout. Il suffit de transposer dans la réalité quotidiennes les habitudes du plongeur en vacances pour constater avec dépit que l'inadéquation est bien réelle.

Ainsi le matin, au réveil, inutile de vous précipiter pour capter la météo marine sur France Inter. Elle précise que la mer est agitée et que le vent de Nord-Ouest souffle Force 5 dans le Golfe du Lion, mais oublie généralement de préciser le taux de précipitation dans les grandes agglomérations. Et pourtant chacun sait que la précipitation y est grande.

Inutile également de prévoir trente minutes uniquement consacrés à la phase d'équipement, à moins que vous ne soyez très lent ou que vous ne choisissiez vos vêtements deux tailles en-dessous. Ou peut-être avez vous pris deux tailles de plus pendant les vacances...

A ce propos, les repas citadins, au nombre de trois par jour, n'ont absolument pas besoin d'être aussi riche en calorie que durant les vacances, l'excuse de l'activité physique ayant malheureusement disparue. Exit aussi la bière et les barres énergétiques toutes les deux heures !

Pas de briefing non plus le matin avant de partir et n'oubliez pas que les seuls brevets qui vous seront demandés sont sans nul doute votre Carte Orange ou votre permis de conduire.

Sachez également que le déplacement à reculons avec les palmes ne correspond pas au mode de locomotion majoritairement pratiqué sur les trottoirs des grandes villes.

Quelques règles concernant les transports en commun où la pression règne en maître: les palanquées sont toujours de plus de quatre personnes, le guide de palanquée porte un uniforme et contrôle les billets, et si vous manquez d'air, inutile de demander son détendeur de secours à quelqu'un d'autre. Attention : le saut droit et la bascule arrière sont pour le moment toujours formellement interdits pour descendre du métro.

Dans la rue, porter votre stab ne vous servira pas à passer au-dessus des autres piétons, mais pourra éventuellement conforter leur opinion quant à votre état de santé mental. Quant aux signes de communication standards, ils sont mal adaptés aux conversations fort peu courtoises que vous pourriez avoir avec des automobilistes sujets aux affres de la circulation, ou du manque de circulation.

Enfin, si vous comptez sur votre ordinateur de plongée pour vous indiquer votre retard pour arriver au bureau, vous risquez rapidement de vous retrouver à l'état de vacancier permanent, ce qui est peut-être le but de tout plongeur en manque d'hyperbarie.

Notez aussi que les ascenseurs des immeubles de bureau ne respectent que rarement la vitesse de remontée préconisée, mais que vous ne risquez d'accident de décompression que si vous y êtes particulièrement sujet. Et une fois arrivé à votre travail, n'ayez pas l'imprudence de confondre un palier de sécurité de trois minutes et une pause café de vingt minutes. Leur caractère obligatoire n'est sûrement pas perçu de la même manière.

Un conseil à suivre malgré tout : rappelez vous de ne pas faire d'effort après la plongée. Or vous avez plongé pendant plusieurs semaines d'été. Les médecins et les spécialistes de la physiologie de la plongée ne peuvent donc que vous recommander plusieurs semaines de repos relatif à la rentrée. Pas d'excès donc !

Pourquoi ne pas profiter de ces heures de repos forcés, au bureau, pour lire avec intérêt votre magazine de plongée préféré. C'est bien plus salvateur pour votre réadaptation progressive que de montrer votre carnet de plongée à vos binômes, pardon à vos collègues de bureau, qui n'apprécient pas à leur juste valeur les hiéroglyphes barbouillés d'eau et vantant les charmes mystérieux de sites aux noms aussi peu évocateurs que " La Seiche à l'Huile " ou " La Fourmigue ".

Cette lecture sera sans conteste le meilleur moyen de choisir la destination de votre prochain voyage plongée et de rêver en attendant de partir.

Ah oui, j'oubliai ! Si on vous regarde bizarrement depuis plusieurs jours, c'est que tout le monde sait que le couteau et le tuba ne se portent pas à la jambe, sur un pantalon en velours...