"Une peinture des années 1860, représentant le Denbigh forçant
le blocus de l'Union à Mobile, Alabama."
(coll. priv.)


le Denbigh


L'Institut d'Archéologie Nautique, Texas A&M University, nous a envoyé ce communiqué de presse et nous avons décidé de le publier intégralement.

A la faveur d'une nuit sans lune, fin mai 1865, le Denbigh, le discret - et pourtant fameux - forceur de blocus confédèré, embouquait un chenal proche de la cote du Texas. L'insaisissable navire essayait de se glisser dans le dos des unités composant le blocus de la Marine de l'Union. Il convoyait des fournitures militaires au dernier avant-poste confédèré : Galveston, a l'entrée de la Baie du même nom. Mais ce 27ème voyage du Denbigh au travers du blocus devait être le dernier. Le vapeur s'échoua et resta drossé sur des bancs de sables, qui eux aussi gardaient alors l'entrée de la baie.

Quand le soleil se leva ce matin du 24 mai, le navire, qui avait pendant 2 ans défié tous les efforts de l'amiral nordiste Farragut et de ses officiers, était abandonné par ses marins. D'abord canonné, il fut abordé par un équipage de prise, qui incendia le navire. Trois semaines après, la Confédération capitulait et les deniers soubresauts de la Guerre de Sécession s'apaisaient. Le Denbigh, dont le capitaine était qualifié de "franche canaille" par l'amiral Farragut, s'enfonça dans le sable, la vase et l'oubli.


"Une carte datant approximativement de 1864, montrant l'entrée de la Baie de Galveston. Le Denbigh pensait emprunter le chenal désigné par la flèche blanche.
Mais la flèche bleue montre sa véritable route, qui s'est fini par l'échouage sur une barre de sable nommée Bird Key."
(© Avec l'aimable autorisation des U.S. National Archives)

L'Institut d'archéologie nautique (INA) de la Texas A&M University localisa et confirma l'identité de l'épave en Décembre 1997. La nouvelle vie du Denbigh commençait, en tant que site historique soumis à des investigations archéologiques. Mené par Barto Arnold, directeur des opérations du Texas a l'INA, le projet Denbigh se poursuivit en 1998 par des relevés préparatoires. Cet été, le 1er juin 1999, commençait une saison de fouilles exploratoires de 2 mois. Menées par une équipe d'archéologues sous-marins, ces fouilles comprennent des ressortissants de France et de Grande-Bretagne. "J'ai trouvé particulièrement motivant le fait d'avoir des représentants de ces pays dans notre équipe. Sa composition internat ionale correspond ainsi à celle des propriétaires du Denbigh," explique Barto Arnold. En effet, les actionnaires de la société armatrice du Denbigh, l'European trading company, venaient des trois différents pays.


W.O. Brew et Cie était une firme de Mobile (Alabama) et Schoeder & Cie, britannique (Manchester). Enfin la maison Erlanger était domiciliée à Paris. Pour l'anecdote, l'armateur britannique avait d'autres projets : le premier câble transatlantique par exemple. Quant à la firme française, elle est fameuse dans les annales de la Guerre de Sécession pour avoir convoyé des balles de coton, qui finançaient une large part de l'effort de guerre sudiste.

"Afin d'essayer de déterminer ce qui reste du chargement du vapeur, notre équipe doit creuser le sable et la vase, et enfin passer à travers les structures du pont lui-même ! C'est n'est pas une voie facile, mais a priori la seule... En tant qu'instructeur, j'ai déjà expérimenté la plongée à but scientifique avec des chercheurs américains. Aussi je n'ai pas hésite une minute a joindre ce projet de l'INA, qui est un institut renomme. Ce qui rend cette aventure d'autant plus attirante pour un plongeur français, c'est qu'une société parisienne soutenait cette entreprise à la fois commerciale et politique. Nous pensons avoir maintenant l'habitude d'appréhender notre monde comme une entité globale, mais l'Histoire (et avec elle, le Denbigh) nous montre que c'est le cas depuis bien longtemps," estime Marc-Elie Pau, chef-plongeur en second du chantier d'été.


"Dessin de la chaudière du Denbigh,
émergeant du sable et de la vase."
(© Dessin Andy Hall)


"Photo de la chaudière à marée basse. Ce qui dépasse de l'eau sont les tubes du 'surchauffeur' de la chaudière, une technologie nouvelle en 1860, qui permettait de récupérer la chaleur de la cheminée pour augmenter la température de la vapeur."
(© Photo INA-Texas Ops)

Les fouilles actuelles ont révélé que les structures d'acier du navire, et notamment la coque et les entretoises du pont, sont presque entièrement intactes. Les plongeurs de l'INA creusent à présent à travers plus de 3 mètres de vase et d'argile pour atteindre les fonds du navire. Juste derrière la salle des machines, et dans un emplacement à l'avant de la chaufferie. La première tranchée a mise à jour une réserve de charbon. Des planches de bois qui en constituaient le plafond (à moins qu'elles n'aient été celles du pont) ont été exhumées à la mi-juillet. On espère trouver dans la seconde tranchée une couche contenant des artefacts, juste au-dessus de la coque.

L'histoire de ce navire a été en partie extraite de documents historiques et d'archives diverses. Le Denbigh fut construit en 1860 par les chantiers Lairds de Birkenhead, près de Liverpool. En son temps, il figurait comme l'un des bâtiments les plus avancés au point de vue technologique : une vraie merveille de rapidité et d'efficacité. C'était alors une période de changements rapide dans le dessin et le mode de construction des navires.


D'ailleurs, les relevés des restes du Denbigh ont permis de fournir des détails qui n'avaient pas été archivés. "C'est un excellent exemple de la façon dont l'archéologie nautique se combine avec l'Histoire pour produire de nouvelles informations pertinentes. Le Denbigh est une ressource considérable pour l'héritage qu'il laisse, pour la culture et le tourisme," souligne Barto Arnold. De plus amples informations sur le projet et le navire lui-même sont disponibles sur le site web de l'INA ou en effectuant une recherche sur les termes 'Denbigh' et 'shipwreck'.

"Le Sud peut ne jamais se soulever à nouveau ; le Denbigh, lui, se relèvera... Son esprit en tous cas !" sourit Barto Arnold.



Contact : Barto Arnold, INA/Texas A&M University.