Les détendeurs de secours

Par Cédric Verdier

 

Chaque fois que nous montons dans un avion de transport, nous en sommes quitte pour une démonstration du matériel de sécurité (gilet de sauvetage pour un amerrissage, masque a oxygène en cas de dépressurisation de l'avion, etc..). Heureusement, peu d'entre nous ont réellement eu a utiliser ces équipements, a tel point que les voyageurs habitués finissent pas ne porter que peu d'attention aux démonstrations du personnel de cabine.

En plongée sous-marine, les équipements de secours font petit a petit partie intégrante de la panoplie du voyageur subaquatique, et l'on finit par atteindre progressivement une situation similaire a celle des transports aériens : on les néglige et peu d'entre nous leur consacre quelques instants avant le début de la plongée. Qui d'entre nous prend la peine de montrer son matériel de sécurité aux plongeurs qui l'accompagnent et qui pourtant pourraient être amenés a l'utiliser.
Le plus indispensable et pourtant souvent le plus oublié reste le détendeur de secours.

L'utilité du détendeur de secours est indéniable : fournir de l'air a celui qui n'en a plus. Mais sous un aspect noble et philanthropique se cache une vérité cruelle et dure a admettre. En cas de panne d'air survenue au fond pour diverses raisons (problème mécanique, givrage du détendeur, stock d'air contaminé ou tout simplement oubli du contrôle fréquent du manomètre), tout plongeur a appris diverses méthodes lui permettant de remonter en surface. Cela va de la remontée sur expiration contrôlée a la remontée en respirant a deux sur un seul détendeur, en passant par des solutions encore moins académiques telles que la respiration "en circuit semi-fermé" sur le gilet d'équilibrage. Le point commun entre ces différentes méthodes est qu'elles ne sont pas toujours aisément applicables dans des situations stressantes. La solution la plus simple a mettre en œuvre alors est bien de respirer continuellement sur un détendeur individuel et c'est la qu'entre en piste le détendeur de secours.

Longtemps réservé uniquement aux encadrants, il tend maintenant a se généraliser un peu partout dans le monde, et l'on rencontre de plus en plus de plongeurs qui en sont équipés, alors qu'ils auraient jadis subi les quolibets acerbes d'"anciens" qui considèrent l'ajout de tuyaux supplémentaires comme autant de tentatives de ressembler a un sapin de Noël.
Deux grandes familles de "sources d'air de secours" se partagent actuellement sur le marché. D'un coté les détendeurs reliés au stock d'air principal que l'on a (normalement) sur le dos, de l'autre ceux dépendant d'un stock d'air complètement séparé et autonome.
La première catégorie est certainement celle qui nous est la plus familière.

On y retrouve en effet les diverses configurations auxquelles nous sommes habitués, c'est a dire l'Octopus, l'inflateur-détendeur, et le deuxième détendeur sur une sortie séparée. La solution idéale n'existant malheureusement pas, chacune de ces solutions hérite d'un cortège d'avantages et d'inconvénients que chaque plongeur est prêt a défendre bec et ongles.

 

L'Octopus :

il n'est en fait qu'un deuxième étage supplémentaire relié au premier étage du détendeur du plongeur. Idéalement accompagné d'un flexible d'une longueur plus importante et d'une couleur plus visible (jaune fluo par exemple) que celui du 2eme étage principal, il n'est malheureusement souvent constitué que d'un vieux détendeur qui, plutôt que d'être mis au rebut, servira encore quelques années "en secours". Qui ferait cela avec une ceinture de sécurité ou un Air-bag ?
Le détendeur de secours se doit d'être visible car utilisé la plupart du temps dans des situations nécessitant rapidité et efficacité. Il doit aussi permettre une ventilation importante et sans effort supplémentaire. Enfin, on doit pouvoir le saisir et l'utiliser facilement, ce qui exclus souvent les mousquetons au niveau du 2e étage et l'intérieur des poches de stab. Il existe maintenant de très bonnes fixations a installer sur le gilet, afin que le détendeur ne traîne sur le fond et dans le sable, ne se cache dans le dos du plongeur ou ne s'accroche dans la première gorgone venue. Certains fabricants ont même en catalogue des détendeurs prévus spécialement pour cet usage, avec un encombrement plus réduit et la possibilité de les utiliser dans n'importe quel sens. En somme, il doit être présent et disponible au moment opportun et savoir se faire oublier le reste du temps.

 

L'inflateur-détendeur :

il propose une autre solution afin de palier a l'inconvénient du tuyau supplémentaire. Il s'agit de combiner un 2eme étage et l'inflateur moyenne pression du stab. Et voila il suffisait d'y penser. Et tous les fabricants y ont pensé et proposent sur leurs catalogues différents produits avec plus ou moins de bonheur. On peut en effet tout intégrer dans un seul boîtier, ce qui rend l'ensemble extrêmement compact et discret, ou garder les deux éléments séparés mais raccordés au même tuyau, avec la prétention de gagner en performance respiratoire ce que l'on perd en ergonomie. La querelle est loin être finie mais une chose est sûre, c'est qu'il est peu concevable de donner son inflateur-détendeur a un plongeur en panne d'air. Le tuyau étant généralement trop court pour cela, il faut se résigner a faire attendre le plongeur en détresse afin de lui donner le détendeur principal (a moins qu'il ne le saisisse de lui-même dans votre bouche…) et conserver pour soi ce détendeur de secours, ce qui rend parfois malaisées les manœuvres de gonflage et de purge du gilet.

 

Le détendeur séparé :

il est la solution plébiscitée par différentes catégories de plongeurs (Moniteurs, spéléos, plongeurs sous-glace) qui estiment que l'inconvénient d'avoir un équipement plus volumineux (bouteille avec deux sorties, voire deux bouteilles séparées et indépendantes, deuxième détendeur complet) est largement contrebalancé par l'avantage d'être sûr que même en cas de problème mécanique avec un détendeur, le deuxième est toujours là prêt a remplir son office. Cette solution est bien entendu la plus onéreuse.

 

La Pony-Bottle :

il est une solution très proche de la précédente mais que l'on ne trouve majoritairement qu'au Royaume-Uni ou dans certains pays anglo-saxons. Il s'agit en fait d'un petit scaphandre autonome fixé au scaphandre principal. Constitué d'une petite bouteille avoisinant les 4 litres et d'un détendeur séparé dont le deuxième étage est fixé de façon a être facilement accessible par le plongeur, ce dispositif assez volumineux permet cependant de faire face a diverses situations. L'ensemble peut être éventuellement détaché pour être donné a un autre plongeur en panne d'air mais peut également servir lorsque l'on est soi-même en panne d'air, ce qui est impossible a faire avec un Octopus ou un détendeur-inflateur branché sur le stock d'air principal.

 

La "micro-bouteille" :

(différentes tailles aux alentours de 0,4 litres) est, selon le même principe mais venant d'outre-Atlantique, proposée munie d'un minuscule détendeur intégré, ce qui réduit considérablement l'encombrement par rapport a la Pony-Bottle (mais réduit dans les mêmes proportions l'autonomie en air). Ce micro-scaphandre est rechargeable directement sur une bouteille normale a 200 bar et est parfois même utilisé en scaphandre d'appoint pour de très courtes incursions sous-marines (plaisanciers, snorkelers, etc..).

 

Comme on peut le constater, et cela est valable pour l'ensemble du matériel de plongée, il n'existe pas de solution parfaite qui remporterait tous les suffrages. Il faut cependant se rappeler qu'une source d'air de secours ne doit pas être trop onéreuse (sinon tout le monde n'en achète pas une et le résultat escompté n'est pas atteint), ne doit pas gêner le plongeur, et doit être facilement utilisable et donc repérable, la solution la plus logique étant de la placer de façon visible sur le devant du plongeur afin qu'elle puisse être saisie par lui-même ou par un autre. Considéré longtemps comme un accessoire, voire comme un luxe inutile, le détendeur de secours devient un élément normal, pour ne pas dire indispensable, de l'équipement du plongeur. Là encore, libre a chacun de le configurer et de l'adapter en fonction de son utilisation et de son équipement. Mais autant éviter les bricolages et demander conseil a un magasin spécialisé.
En parachutisme, on imaginerait assez difficilement quelqu'un se bricoler lui-même un parachute de secours…

 

Cédric Verdier