Estimer une distance

Par Cédric Verdier

 

Dès que l'on est sous l'eau, les repères sont modifiés et s'orienter devient une tâche difficile. Les questions élémentaires que l'on se pose sont donc : " Où suis-je ? " " Où vais-je ? " et surtout la plus angoissante : " Comment en revenir ? ".

Connaître sa position repose essentiellement sur deux méthodes : avoir des coordonnées précises par rapport à des axes de référence, ce que nous donnent un GPS ou une carte, ou avoir des éléments de repère par rapport à un point précis. On parle alors de coordonnées polaires, données sous la forme d'un angle et d'une distance. C'est généralement la méthode utilisée par le plongeur, dont le but alors est de déterminer différents éléments :

Direction, profondeur et distance sont les trois éléments indissociables qui sont à la base même de l'orientation sous l'eau. Mais c'est l'estimation des distances qui reste la plus difficile à maîtriser, car souvent la plus négligée et la plus intuitive. Pourtant, sans la connaissance assez précise d'une distance, il est présomptueux de vouloir retrouver un site de plongée un peu éloigné du bateau ou du bord, surtout quand la taille du site est réduite comme dans le cas d'une épave. La distance est également fort utile lorsqu'il s'agit de retrouver un objet perdu au fond de l'eau par un plaisancier, et qu'il est nécessaire de limiter la taille de la zone de recherche car les informations se limitent à " ça doit être par là qu'il est tombé ". Enfin, lorsqu'on ne connaît pas la distance que l'on a parcouru sous l'eau, revenir à son point de départ s'avère un exercice périlleux, même si l'on a pris soin de prendre des points de repère ou de noter les directions successivement suivies.

Plusieurs moyens sont à la disposition du plongeur afin de mesurer plus ou moins précisément une distance parcourue ou à parcourir. Leur précision est généralement inversement proportionnelle à leur facilité de mise en œuvre et à leur degré de flexibilité.

 

Le palmage

elle consiste à estimer la distance en fonction du nombre de coups de palmes. Pour faciliter la tâche, il est recommandé de ne compter que les cycles de palmage, c'est à dire un coup de palmes sur deux, en se repérant toujours sur la même jambe.

 

d'abord, sa relativement bonne précision. De plus, cette méthode est assez pratique, car ne nécessitant aucun équipement particulier. Elle permet également de s'arrêter, car il suffit alors d'interrompre le décompte des cycles.

 

il faut compter ! Cela nécessite de la concentration et devient vite rébarbatif. Attention également aux résultats différents lorsqu'il y a du ressac, que l'on a changé de palmes ou d'équipement, ou que l'on est fatigué. L'efficacité peut alors être très variable. A noter enfin que la distance parcourue en surface est inférieure à celle parcourue sous l'eau avec le même nombre de cycles. On palme souvent moins efficacement en surface.

 

on peut tout à fait convertir un nombre de cycles en mètres. Ainsi vous pouvez dire " J'ai fait 52 cycles au 90 ", langage ésotérique qui vous vaudra l'admiration du néophyte ébahi. Ou votre esprit justement vulgarisateur pourra préférer un " J'ai parcouru 70 mètres vers l'Est " bien plus compréhensible. Pour pouvoir faire cette conversion, il suffit d'étalonner son palmage grâce à une distance connue, un bout de 30 mètres posé au fond, la distance entre deux corps morts, ou la longueur d'un quai ou d'une jetée. Une fois connu le nombre de cycles nécessaires pour couvrir cette distance, il n'y a plus qu'à diviser la distance par le nombre de cycles pour obtenir la distance moyenne parcourue à chaque cycle. Un plongeur peut ainsi parcourir 1,5 mètre par cycle, c'est à dire 30 mètres en vingt cycles.

 

 

Le temps

il s'agit cette fois de mesurer, au moyen d'une montre assez précise, le temps écoulé pour parcourir une distance séparant deux points.

 

avant tout sa facilité car il n'y a pas à compter, juste à vérifier sa montre à chaque changement de cap. On peut facilement se concentrer sur les éléments extérieurs, la faune et la flore, et non plus sur les cycles de palmage. Lorsque la direction suivie est bien déterminée, il suffit pour revenir à son point de départ, de suivre la direction inverse durant le même laps de temps.

 

de nombreux paramètres peuvent influencer le temps nécessaire pour parcourir une distance. Un peu de courant dans un sens et voilà toute l'estimation faussée. Cette méthode est donc peu précise mais peut fournir une évaluation suffisante. Mais il faut toujours nager au même rythme. Et pas question de s'arrêter quelques minutes pour regarder un poulpe, à moins d'arrêter le chrono pendant ce temps.

 

là encore, on peut tout à fait convertir une durée en mètres. Pour cette conversion, on mesure le temps nécessaire pour parcourir une distance prédéterminée, le long d'un bout par exemple ou tout simplement le long de votre yacht de 40 mètres mouillé à Saint Tropez. Une fois cette durée connue, on peut facilement en déduire la vitesse moyenne que l'on a sous l'eau ou en surface, en mètres par minute. Un plongeur peut très bien " faire " du 15 m/mn au fond alors qu'un autre va deux fois plus vite. C'est une question de morphologie, de matériel, de rythme et d'efficacité du palmage, mais aussi de style. Certains veulent parcourir des kilomètres sous l'eau alors que d'autres prennent leur temps, chacun retrouvant le charme des querelles qui opposaient jadis les défenseurs de la Nationale 7 aux enthousiastes de l'autoroute du Soleil. Enfin, pour estimer une distance parcourue par un groupe de plongeur, il sera souvent utile de se baser sur le plongeur le plus lent.

 

 

La pression d'air

elle consiste à estimer la distance en fonction de la consommation en air, grâce au manomètre indiquant la diminution du stock d'air.

 

c'est bien évidemment la simplicité. Rien à compter et pas besoin d'une montre précise. Le manomètre est un accessoire que l'on a toujours sur soi. Une petite soustraction et l'on connaît la pression d'air consommé.

 

sa grande imprécision. Il est nécessaire d'aller toujours au même rythme, en évitant les différences d'effort, en particulier lorsqu'il y a du courant, ainsi que les accès de stress. Mais il faut aussi tenir compte de la profondeur et éviter d'en changer, au risque de se retrouver à faire de difficiles calculs sous l'eau. Enfin il faut éviter les arrêts trop longs qui risquent de fausser l'estimation.

 

Cette technique est surtout un bon moyen de respecter la planification faite au préalable, la pression d'air étant intimement liée à la nécessité de revenir en surface. Estimer une distance en fonction de la pression permet ainsi de prévoir une plongée suivant par exemple la règle des tiers : un tiers du stock pour l'aller, un tiers pour le retour et un tiers pour la remontée. Ou d'effectuer un parcours selon un schéma général triangulaire : 50 bars pour chacun des côtés et 50 bar pour remonter.

 

 

La longueur

il s'agit maintenant d'utiliser un objet ayant une longueur déjà connue afin de mesurer une distance lorsqu'une grande précision est demandée ou lorsque la visibilité est limitée. On peut utiliser une mesure fixe telle que l'écartement des bras (la brassée), l'écartement des doigts (l'empan) ou l'écartement des jambes (l'acrobatie). On peut également se servir d'un instrument de mesure comme un décamètre ou plus simplement un bout gradué.

 

c'est évidemment la précision. Cela devient particulièrement important lorsqu'il s'agit de tracer une carte sous-marine ou un relevé archéologique par exemple, de rechercher un petit objet dans une zone délimitée, ou d'estimer une distance pour de la prise de vue sous-marine.

 

la précision de la mesure, qui limite la distance à mesurer. Cela n'est valable que pour des zones allant de quelques décimètres à quelques dizaines de mètres au maximum. Lors de l'utilisation d'un bout ou d'un décamètre, attention aux obstacles qui peuvent gêner, voire couper l'instrument de mesure.

Quelle que soit la technique utilisée, l'estimation des distances est un élément primordial des techniques d'orientation, que ce soit en surface ou sous l'eau.
Ces techniques reposent presque toutes sur la comparaison avec un élément déjà mesuré, que ce soit un nombre de cycles, une consommation d'air ou un temps nécessaire pour parcourir une distance témoin. Chaque plongeur doit donc faire un étalonnage préalable en utilisant la technique de son choix.

Encore quelques conseils pour vous aider à cela :

Grâce à ces mesures simples et rapides à réaliser, vous serez mieux à même de profiter de vos plongées, en vous repérant mieux et en gérant mieux les distances que vous parcourez dans l'eau.

Car en somme, estimer les distances c'est connaître ses limites.

 

Calculer votre consommation moyenne en air

En connaissant votre consommation moyenne, en surface, vous pourrez ensuite facilement déterminer votre autonomie en air à différentes profondeurs.

Vous devez utiliser la formule suivante pour calculer votre consommation d'air en plongée :

[(Pression Finale - Pression initiale dans la bouteille) X Contenance de la bouteille]/[Durée de la plongée X Pression absolue à la profondeur moyenne de la plongée]

A moins de passer de longues heures au palier, on considère la profondeur moyenne comme étant celle à laquelle la plus grande partie de la plongée s'est déroulée. Même s'il ne s'agit que d'une estimation grossière, évitez malgré tout ce type de calcul sur des plongées à multi-niveaux ou de type Yo-Yo.

Imaginons un plongeur ayant passé 45 minutes à quasi constamment 20 mètres. Sa bouteille de 12 litres est passé de 200 bar au début à 40 bars à la fin. Sa consommation moyenne en air, en surface, est donc de :

[(200-30bar) X 12 litres]/[30 mn X 3 bar ]
soit un peu plus de 22 litres par minute.

Cette mesure est à calculer régulièrement car elle dépend beaucoup de la condition physique et de l'expérience du plongeur. Elle est également fonction des efforts fournis durant la plongée et du matériel utilisé. Néanmoins chaque plongeur devrait la connaître, en particulier afin de calculer son autonomie lorsqu'il plongera à une profondeur donnée.

Pour obtenir une évaluation grossière de l'autonomie en air d'une bouteille à une profondeur donnée, il suffit d'appliquer cette deuxième formule :

[Pression initiale de la bouteille X Contenance de la bouteille]/[Consommation moyenne X Pression Absolue à la profondeur de plongée]

Le plongeur précédent pourrait donc rester à 10 mètres avec un bloc identique :
200 bar X 12 litres = 54 minutes.
22 l/mn X 2 bar

Cela ne tient bien sûr pas compte des efforts, de la réserve d'air à prévoir pour la remontée et des limites des tables de plongée, mais cette estimation est un des éléments déterminants d'une planification de plongée correcte.

 

Cédric Verdier