Et un Doppler, qu'est-ce que c'est ?

Par Cédric Verdier

 

Autriche, début du siècle dernier. Lorsque Christian Doppler découvre l'effet acoustique qui porte son nom, il est loin d'imaginer que 150 ans plus tard des plongeurs en scaphandre autonome exploreront les fonds sous-marins en se sentant un peu plus en sécurité grâce à lui. L'effet Doppler, c'est avant tout la relation physique entre la hauteur d'un son et la vitesse. L'exemple le plus couramment utilisé pour décrire ce phénomène est la sirène de l'ambulance. Le son de la sirène semble différent lorsque l'ambulance s'approche ou s'éloigne de nous.

Cet effet trouve son application dans différents domaines techniques et la médecine utilise le détecteur Doppler depuis très longtemps. Ce que l'on appelle familièrement le détecteur Doppler, c'est un petit appareil qui émet des ultrasons et les réceptionne à leur retour. Les ultrasons se propagent en ligne droite dans le corps et lorsqu'ils rencontrent un corps dur, sont renvoyés vers leur origine. Si le corps dur est immobile, il n'y a aucun changement de fréquence. Si par contre il y a changement de fréquence, on en déduit que le corps est en mouvement. Pour des ultrasons, une bulle de gaz dans l'organisme est un corps dur.

Il faudra attendre le début des années 70 pour que l'on commence à utiliser le détecteur Doppler afin de déterminer la présence de bulles circulantes dans le corps d'un plongeur après une plongée. Ce sont les travaux des Docteurs Guillerm et Masurel en France et de Spencer aux USA qui permirent l'application réelle de cette technique. A un temps déterminé à l'issue de la plongée testée, le capteur est placé sur la poitrine du plongeur plus ou moins consentant, et une interface audio sert à déterminer la quantité de micro-bulles circulantes dans le sang à cet endroit, généralement près du coær, pendant une durée précise. Or on peut trouver une relation entre le nombre de micro-bulles circulantes et les probabilités de survenue d'un accident de décompression. Lors du relevé du nombre de micro-bulles, l'observation est classé en cinq stades présentant un facteur de risque graduellement plus levé. Cela va du stade 0 (pas de micro-bulles détectées) au stade IV (tellement de bulles que l'on arrive même plus à les compter !). Avant l'utilisation de cet appareil pour déterminer les protocoles de décompression, seule l'apparition ou non de symptômes d'accident permettait d'élaborer des tables de plongée. A partir des années 70, on utilisera le détecteur Doppler, au grand soulagement des cobayes humains qui se prêtent à la validation des tables. Les micro-bulles circulantes deviennent un moyen d'observation plus affiné que la simple survenue d'accidents de décompression.

Même si d'autres techniques sont maintenant utilisées, le détecteur à effet Doppler est encore très largement utilisé de par son côté pratique, bon marché et utilisable partout. Par exemple, le Divers Alert Network (DAN) effectue actuellement des observations sur le terrain pour déterminer la réalité des profils de plongée et utilise pour cela ce type de détecteur.

(Paru dans Plongée Magazine)