Un grand blanc à Marseille !



La baie de Marseille et sa Bonne Mère n'en sont pas revenus... Un grand requin blanc a été aperçu par des plongeurs début octobre au détour d'une balade sur une épave familière qu'ils croyaient tranquille. Le squale n'a pas été agressif, mais quelle frousse pour les palanquées!


Il fait beau ce matin du samedi 6 octobre. Le club Abyss Explorers dirigé par Claude Wagner effectue une sortie entre les îles du Frioul et l’île de Maïre, au large de Marseille. Là, est coulé un bateau de la première guerre mondiale : « Le Miquelon. » L’épave est belle, l’eau est claire, chaude pour la saison : à 50 mètres, où se situent les restes du bateau, le thermomètre affiche 18°C.

L’équipe qui plonge est expérimentée (moniteurs, NIV et III), complice, ayant l’habitude des sorties ensemble. Neuf plongeurs ont sauté à l’eau.

En surface, Claude Wagner assure la sécurité. Il est serein. La mer ne bouge pas, l’eau est limpide, il connaît les palanquées, même s’il sait qu’en plongée, il ne faut jamais se laisser endormir par « la routine ».

Deux plongeurs remontent : un couple ravi qui raconte son odyssée au milieu des poissons. Il s’étonnent aussi d’avoir vu des congres en pleine eau. Sans être capables pour autant d’en définir la raison. Ils se réchauffent à bord, discutant avec Claude Wagner qui scrute la mer en cherchant les parachutes de palier à l’horizon. Celui qui apparaît est celui de cinq plongeurs qui sortent de l’eau en hurlant avoir vu un requin énorme. Au départ, on prend leurs cris pour une « galéjade » d’automne. Mais leurs pupilles terrorisées convainquent vite Claude Wagner du sérieux de leurs dires. Ils sont hissés à bord vite fait. Un aileron apparaît alors en surface et le directeur du club se rend compte de la grosseur de l’animal : « Mon bateau fait six mètres. Il a longé le bateau, se collant à la coque. Il dépassait d’environ 20 à 30 centimètres... »

L’espèce ? Il est trop tôt pour l’évoquer. Ils ne savent pas. Malgré leurs mille plongées, certains sont totalement incapables de définir ce qu’ils ont vu si ce n’est un requin énorme, gueule ouverte, leur tournant autour.

« Puis on a vu sortir le second parachute, avoue Claude. Il me manquait deux plongeurs. Nous avons fait signe à un bateau de pêche qui croisait. Nous voulions essayer d’attirer l’animal pour qu’il nous suive et que les pêcheurs récupèrent les plongeurs. Et là, je me suis dit ils sont morts, car l’animal est allée droit sur eux. Un de nos plongeurs de bord a alors sauté à l’eau pour aller récupérer ses camarades. Il est revenu avec l’un d’eux. Le second s’était scotché sur 7-8 mètres, car le requin attendait dans la zone de surface. Il est finalement remonté à toute allure, se sentant voler hors du bateau, hissé par des mains secourables. Nous avons appelé les pompiers, demandant une aide d’urgence, car les paliers n’avaient pas été effectués correctement, mais là, je dois dire que j’ai été déçu, car ils n’avaient pas apporté le matériel adéquat. Je leur avais précisé qu’il me fallait de l’oxygène pour trois personnes, ils sont arrivés, en retard, pas au bon endroit, avec un seul appareil et un seul embout... »

Trois plongeurs sont allés se ressourcer quelques temps dans un caisson de recompression. Plus de peur que de mal. Ils n’avaient oublié que « deux minutes de palier ».

Longtemps après, autour d’un bon café chaud, ils ont rassemblé leurs souvenirs, regardé dans des livres. Un des plongeurs, dentiste, se souvenait particulièrement bien de la forme des dents du squale. Son ventre blanc et son dos gris ne souffraient d’autre incertitude : "carcharodon carcharias, le grand requin blanc, la mort blanche ». « Il n’a jamais été agressif, inquisiteur, mais il était si gros ! ».

Chaque année, on recense environ 20 témoignages sérieux attestant de la présence de grands requins blancs en Méditerranée. On sait qu’ils sont là, comme dans toutes les mers du globe. Mais il est rare qu’il s’approchent aussi près des côtes.

Celui aperçu à Marseille fut entrevu un peu après par des pêcheurs. Mais comme tous les prédateurs, il n’est pas resté au même endroit. Son territoire de chasse est vaste et son temps de résidence dans un lieu précis n’est que de quelques jours.

Martine Carret