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Il fait beau ce matin du samedi 6 octobre. Le club Abyss Explorers dirigé par
Claude Wagner effectue une sortie entre les îles du Frioul et l’île de Maïre, au
large de Marseille. Là, est coulé un bateau de la première guerre mondiale : «
Le Miquelon. » L’épave est belle, l’eau est claire, chaude pour la saison : à 50
mètres, où se situent les restes du bateau, le thermomètre affiche 18°C.
L’équipe qui plonge est expérimentée (moniteurs, NIV et III), complice, ayant
l’habitude des sorties ensemble. Neuf plongeurs ont sauté à l’eau.
En surface, Claude Wagner assure la sécurité. Il est serein. La mer ne bouge
pas, l’eau est limpide, il connaît les palanquées, même s’il sait qu’en plongée,
il ne faut jamais se laisser endormir par « la routine ».
Deux plongeurs remontent : un couple ravi qui raconte son odyssée au milieu des
poissons. Il s’étonnent aussi d’avoir vu des congres en pleine eau. Sans être
capables pour autant d’en définir la raison. Ils se réchauffent à bord,
discutant avec Claude Wagner qui scrute la mer en cherchant les parachutes de
palier à l’horizon. Celui qui apparaît est celui de cinq plongeurs qui sortent
de l’eau en hurlant avoir vu un requin énorme. Au départ, on prend leurs cris
pour une « galéjade » d’automne. Mais leurs pupilles terrorisées convainquent
vite Claude Wagner du sérieux de leurs dires. Ils sont hissés à bord vite fait.
Un aileron apparaît alors en surface et le directeur du club se rend compte de
la grosseur de l’animal : « Mon bateau fait six mètres. Il a longé le bateau, se
collant à la coque. Il dépassait d’environ 20 à 30 centimètres... »
L’espèce ? Il est trop tôt pour l’évoquer. Ils ne savent pas. Malgré leurs mille
plongées, certains sont totalement incapables de définir ce qu’ils ont vu si ce
n’est un requin énorme, gueule ouverte, leur tournant autour.
« Puis on a vu sortir le second parachute, avoue Claude. Il me manquait deux
plongeurs. Nous avons fait signe à un bateau de pêche qui croisait. Nous
voulions essayer d’attirer l’animal pour qu’il nous suive et que les pêcheurs
récupèrent les plongeurs. Et là, je me suis dit ils sont morts, car l’animal
est allée droit sur eux. Un de nos plongeurs de bord a alors sauté à l’eau pour
aller récupérer ses camarades. Il est revenu avec l’un d’eux. Le second s’était
scotché sur 7-8 mètres, car le requin attendait dans la zone de surface. Il est
finalement remonté à toute allure, se sentant voler hors du bateau, hissé par
des mains secourables. Nous avons appelé les pompiers, demandant une aide
d’urgence, car les paliers n’avaient pas été effectués correctement, mais là, je
dois dire que j’ai été déçu, car ils n’avaient pas apporté le matériel adéquat.
Je leur avais précisé qu’il me fallait de l’oxygène pour trois personnes, ils
sont arrivés, en retard, pas au bon endroit, avec un seul appareil et un seul
embout... »
Trois plongeurs sont allés se ressourcer quelques temps dans un caisson de
recompression. Plus de peur que de mal. Ils n’avaient oublié que « deux minutes
de palier ».
Longtemps après, autour d’un bon café chaud, ils ont rassemblé leurs souvenirs,
regardé dans des livres. Un des plongeurs, dentiste, se souvenait
particulièrement bien de la forme des dents du squale. Son ventre blanc et son
dos gris ne souffraient d’autre incertitude : "carcharodon carcharias, le grand
requin blanc, la mort blanche ». « Il n’a jamais été agressif, inquisiteur, mais
il était si gros ! ».
Chaque année, on recense environ 20 témoignages sérieux attestant de la présence
de grands requins blancs en Méditerranée. On sait qu’ils sont là, comme dans
toutes les mers du globe. Mais il est rare qu’il s’approchent aussi près des
côtes.
Celui aperçu à Marseille fut entrevu un peu après par des pêcheurs. Mais comme
tous les prédateurs, il n’est pas resté au même endroit. Son territoire de
chasse est vaste et son temps de résidence dans un lieu précis n’est que de
quelques jours.
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