... L'accompagnateur de plongée Handisport

Yannick RADENAC, moniteur de plongée, BEES1.

 

La pratique, l'encadrement, ou l'enseignement de la plongée handisport semblent pour beaucoup une tâche délicate, spécialisée et très compliquée. Depuis plusieurs années des plongeurs comme Michel POFIQUE et Jean-François PORRET mettent leur énergie pour prouver le contraire et pour faire admettre que si la cohabitation avec le monde de la plongée valide est possible, seule une réelle intégration a du sens.

Dans ce cadre, nous avons eu en 1996 l'occasion d'effectuer plusieurs séjours en mer qui étaient pour nous l'occasion d'entériner le mode de fonctionnement du club HP-SAS avec le plaisir de sorties loisir ouvertes à tous ses adhérents, sans distinction de niveau ou de fédération de tutelle. Durant ces sorties, j'ai eu l'occasion d'effectuer sous la direction de Jean-François et e Michel la confirmation mer de mon niveau "d'Accompagnateur de Plongée Handisport" (n'ayons pas peur des gros mots) délivré lors d'un stage FFl4 en mars 1996 à Grenoble.

L'accompagnateur n'est en rien un spécialiste du handicap. Il apporte au plongeur hardi déjà formé son expérience de l'organisation de la plongée, du milieu et son plaisir à partager sa passion. Rien de plus. Son intervention est beaucoup plus concentrée sur les aspects de direction de plongée (préparatifs, vérification de l'accessibilité du bateau, soin apporté au choix du site, attention prêtée aux conditions de mer, organisation des mises à l'eau pour disposer de l'espace mais aussi du petit coup de main nécessaire...) que sur l'encadrement technique pendant la plongée elle-même.

La phase la plus importante (ici plus qu'ailleurs) est la discussion de préparation. Cette préparation ne consiste pas en une mise en place de matériel ou de procédures compliquées mais en un échange d'informations sur les habitudes et les spécificités de chacun. Dans le cas de Jean-François, il s'agit par exemple de la position des plombs sur sa ceinture, de ses techniques d'expectoration, des précautions pour la mise à l'eau (la descente des deux barreaux de l'échelle perroquet étant d'après lui plus délicate que celle des pentes rocailleuses de l'Himalaya en Fauteuil Tout Terrain. Pour ma part, je pencherais plutôt pour la crainte de faire un accroc à la superbe combinaison Lycra si seyante), du confort comparé des différentes positions d'attente en surface, ou encore d'un ou deux signes supplémentaires qui viennent enrichir le vocabulaire conventionnel mais quelque peu limité.

Une fois ces précisions échangées et la mise à l'eau réalisée, c'est bien plus sa connaissance du milieu qui sera son meilleur atout pour la réussite de la plongée. Le plongeur handi étant le plus souvent totalement autonome, il ne reste qu'à anticiper les difficultés de progression qui peuvent se présenter afin de les contourner plutôt que de les affronter.

Dans le cas de Jean-François, il s'agit par exemple d'éviter les zones perturbées, les courants un peu prononcés, les zones un peu froides (monsieur est frileux !) et de bien surveiller le temps de plongée (pour les mêmes considérations thermiques). Il est également utile de bien choisir les autres compagnons de palanquée afin de pouvoir compter sur eux si cela s'avère nécessaire et de ne pas devoir passer son temps à les materner. Un serre-file expérimenté et débonnaire étant souvent un complément idéal pour composer un trio tranquille qui réalise sa petite plongée à l'écart des tribulations énervées des locomotives palmées ou autres débroussailleuses à gorgones. Cette organisation nous a même parfois permis d'aller en reconnaissance pendant que Jean-François se préparait ou de retourner terminer nos blocs alors qu'il se laissait déjà dorer au soleil pour récupérer quelques calories perdues au fond.

En conclusion, je dirai que le comportement d'Accompagnateur de Plongée Handisport n'est autre que celui que l'on adopte lorsque l'on encadre des Niveaux 1 fraîchement diplômés, voire celui que l'on devrait toujours avoir. En cela le positionnement de cette formation comme un complément du niveau 4 me semble très judicieux. Il est même souhaitable qu'il s'adresse à des plongeurs ayant acquis déjà une bonne expérience d'encadrement. Son contenu se doit d'être ciblé sur une sensibilisation aux spécificités du handicap, leurs contraintes sur la plongée et sur l'approche naturelle qu'il faut en avoir. C'est tout est cela est suffisant. Les spécialistes de la plongée handi c'est : le plongeur handi lui-même et le moniteur qui l'a aidé dans sa progression.

Pour ce qui est d'un moniteur de plongée, l'expérience de la plongée handi est une des plus enrichissantes. Elle permet de réfléchir sur la justification des gestes techniques que l'on enseigne presque mécaniquement habituellement et de travailler à deux sur leur adaptation. Le moniteur apportant son expérience, le plongeur apportant sa connaissance et ses sensations. Cela permet de réaménager les progressions techniques que l'on essaye d'appliquer à tous les plongeurs. Le seul exemple que je prendrai est l'utilisation de la Stab. Alors que la maîtrise de cette technique fut historiquement positionnée très tardivement dans l'apprentissage des plongeurs, elle s'avère être la première à devoir être enseignée pour les plongeurs à mobilité réduite. On en vient alors à se demander si cette règle ne pourrait pas se généraliser, permettant un pas de plus vers une intégration totale des plongeurs et l'établissement d'un cursus commun de formation.

Par la pratique très épisodique que j'en ai eu mais surtout le fait de côtoyer des acteurs aussi passionnés que Michel et Jean-François, j'ai l'impression que contrairement à "l'Accompagnateur de Plongée Handisport" on ne peut pas définir de cursus supplémentaire de formation permettant d'accéder à un titre de moniteur de plongée handisport. Enseigner la plongée handisport c'est enseigner la plongée un point c'est tout. La connaissance des spécificités de ses élèves et l'adaptation de son enseignement fait partie de la démarche du formateur. En ce sens la politique adoptée au niveau du Brevet d'état d'éducateur sportif me semble être la bonne. Une information générale sur le handicap est faite pendant le cursus mais il n'existe pas de mention ou de diplôme spécifique d'enseignant handisport.

L'objectif d'un moniteur est de former des plongeurs, le fait qu'ils soient handicapés ou valides ne change rien à sa démarche, il ne sert donc à mon avis à rien de vouloir lui coller une étiquette différente suivant qu'il s'occupe des uns ou d'autres et ce d'autant plus qu'à terme son but est de pratiquer avec tous.

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