C'est une question d'attitude

Par Cédric Verdier

 

Le moniteur de plongée nous a trop longtemps habitué à une allure de Lino Ventura en néoprène, plus enclin à nous gratifier d'un commentaire bien senti sur nos capacités aquatiques qu'à nous féliciter des faibles progrès que nous faisions. Mais ce temps là est révolu.
Je ne pense pas que beaucoup d'apprentis plongeurs aiment participer à des séances d'humiliation collective et encore moins passer dans le moule d'une discipline de fer peu propice à un apprentissage sans stress. La plongée a changé et ses encadrants le doivent également. Le plongeur est aujourd'hui demandeur d'une plongée en tant qu'activité de loisir, pratiquée si possible en famille. Mais surtout la plongée n'est plus qu'une activité parmi d'autres activités, et l'époque des mono-maniaques passionnés semble maintenant éteinte.
Le moniteur de plongée doit tenir compte de cette mutation. Ce que chaque apprenti plongeur attend , ce sont avant tout des services adaptés à ses besoins, fournis dans une ambiance agréable.

Une étude récente montrait que les raisons principales motivant le choix d'un centre de plongée étaient :

Ces différents facteurs passaient même avant le coût de la formation. Il en ressort que nous, en tant que plongeurs, souhaitons avant toute chose nous faire plaisir en plongée, sans nous compliquer l'existence. Si la plongée nous pose trop de problèmes pratiques, nous opterons assez facilement pour une autre activité moins contraignante.

Le moniteur de plongée semble trop souvent oublier que la formation et le brevet ne sont que des outils. Le but final reste de plonger. Tout simplement. Il paraîtrait donc normal que la formation, étape indispensable pour passer de l'état peu enviable de bipède terrestre à celui de promeneur subaquatique, soit tout à la fois courte, efficace, concentrée sur l'essentiel tout en restant agréable et amusante. On en est encore souvent très loin.
Les moniteurs qui ne s'écoutent pas parler sont rares (et appréciés !). Ceux qui savent féliciter les progrès de leurs élèves le sont encore plus. Un débutant plongeur a besoin des éléments qui lui permettront d'acquérir en toute sécurité de l'expérience en plongée. Il n'a pas besoin d'une formation longue et contraignante qui lui donnera la forme physique d'un triathlète et les compétences techniques d'un plongeur démineur. Sans parler de la force morale nécessaire pour supporter les remontrances incessantes de frustrés refoulés se prenant pour des sergents recruteurs.

Un peu d'humilité de la part des encadrants ne ferait certainement pas de mal.
Cette humilité permettrait sûrement au moniteur, qui estime ses compétences pédagogiques bien au-dessus de la moyenne, de redéfinir précisément sa tâche.
Une chose que j'attend, en tant que plongeur, c'est du conseil. Et pour l'obtenir, il est normal que je me tourne vers la personne la plus compétente que je connaisse, celle qui m'a formé. Mais dès qu'il s'agit de conseiller un plongeur pour l'achat de matériel, tous les moniteurs disparaissent. Assimilant cette tâche, pourtant indispensable, à une action de vente, le moniteur se retranche derrière la noblesse de l'acte pédagogique pour rejeter cet indigne conseil vers le vendeur de magasin, emploi honteux s'il en est. Le moniteur, bien au-dessus de la noirceur de l'activité commerciale, nie ainsi une des parties essentielles de son métier, celle du service adapté au besoin de ses clients.

Un plongeur humilié, maltraité et à qui on ne donne pas la réponse à ses problèmes et ses questions, a de fortes chances de ne pas rester plongeur très longtemps. Rien ne force quelqu'un à plonger et peu d'encadrants tortionnaires l'ont compris. Aussi voit encore beaucoup de gens arrêter la plongée. Certains diront "ils ne sont pas fait pour ça". Je dirai plutôt "On ne leur a pas rendu la plongée accessible". La plongée doit être un loisir que tout le monde, quelque soient l'âge et la forme physique, peut pratiquer. Il s'agit simplement de l'adapter aux besoins de chacun.

C'est le rôle du moniteur.
Et c'est juste une question d'attitude...

(Paru dans Octopus)