CHARTE LG181 DU PLONGEUR RESPONSABLE



Les plongeurs doivent se sentir responsables des lieux qu'ils investissent, et concernés par les conséquences de leur consommation sur la vie des riverains qui les accueillent.


L'évolution très rapide des conséquences de la mondialisation sur les populations et l'environnement impose aux Etats, et surtout aux consommateurs, un changement éthique. Le tourisme de masse, facteur de la mondialisation des échanges, est une activité majeure des relations économiques Nord/Sud qui bouleverse l'équilibre environnemental, ainsi que le tissu social des populations d'accueil. Il exige une prise de conscience et de responsabilité des agences de voyages et des touristes-consommateurs.

Peu après le Sommet de Rio, en 1992, qui a mis en avant les questions éthiques dans les relations Nord-Sud en responsabilisant les Etats, l'Organisation Mondiale du Tourisme a adopté La Charte du Tourisme Durable (Lanzarote, 1995). Cette charte demande un dialogue prioritaire avec les populations d'accueil quelle que soit leur niveau de culture ou de préparation pour qu'elles soient associées au projet dès sa conception. En France, le Secrétariat d'Etat au tourisme a adopté la Charte Tourisme et Ethique, en l'an 2000. Les professionnels signataires de cette charte s'engagent, entre autres, à associer les populations locales aux activités touristiques. Ils s'engagent à favoriser le développement... Ils s'engagent à fournir aux touristes une information objective sur les lieux de destination...

Ces engagements très intéressants, mais assez généraux, ne prennent pas véritablement la mesure des spécificités du tourisme lié à la plongée sous- marine :

  • La plupart des sites de plongée sont situés dans des pays en développement de la zone intertropicale, où l'eau douce est rare.
  • Or la consommation d'eau douce des plongeurs est très importante à cause du rinçage du matériel et des douches. On estime que la consommation d'eau douce d'un plongeur est 15 à 20 fois la consommation d'un paysan pour arroser son champ !
  • Les centres de plongée et les plongeurs s'attribuent la zone côtière : il y a "privatisation" du milieu marin, et bien souvent exclusion, sans compensation, des pêcheurs locaux.
  • Les plongeurs, surtout dans les zones sur fréquentées, sont en grande partie responsables de la dégradation directe de l'environnement marin (casse, ancrages, prélèvements) ou indirecte (achat de souvenir, consommation excessive de produits de la mer qui poussent les pêcheurs locaux à une surexploitation).

Aujourd'hui, il n'existe aucune information systématique qui permette aux plongeurs de comprendre le milieu dans lequel ils évoluent, et aucun code de conduite pour les responsabiliser à l'égard des riverains qui les accueillent.

Pourtant, des centres de plongées, comme celui de Jean-Michel Cousteau aux Fidji, ont démontré toute la richesse d'une gestion durable. Des organismes, tels que CORAL, ou International Ecotourism Society, tentent d'imposer un nouveau regard à ceux qui vivent du tourisme lié à la mer. En France, des partenariats ponctuels, comme celui du Parc national de Port-Cros et des certains clubs de plongée, essaient de contrôler l'impact des plongeurs.

Mais, l'information reste parcellaire, voire inexistante, alors que, nous semble-t-il, l'enseignement d'un code de conduite aux plongeurs devrait avoir une place aussi importante que l'enseignement des règles de sécurité.


Ce code devrait non seulement permettre d'éviter les dégâts collatéraux de la plongée de masse, en utilisant au plus juste les ressources renouvelables du pays, mais il devrait permettre un essor des populations locales, qui offrent leurs ressources naturelles, en les impliquant et en partageant ces ressources plus équitablement.

Longitude 181

propose
à tous les acteurs concernés par le monde sous-marin
de réfléchir sur la proposition d'une


Charte du plongeur responsable :


1. Enseignement de notions d'écologie et d'un code éthique
L'enseignement de la plongée devrait comporter, au même titre que celui des règles de sécurité, l'enseignement de notions d'écologie, et d'un code de conduite à l'égard des populations d'accueil, avec une sensibilisation toute particulière au problème de l'eau douce.

2. Connaissance et gestion durable des sites de plongée
Chaque centre de plongée devrait avoir, au même titre qu'un médecin et des moniteurs, un biologiste chargé de faire l'inventaire et le suivi de l'évolution des sites de plongée, responsable de l'état de santé des lieux visités et de l'information des plongeurs.

Le biologiste ne se contente pas de faire une liste d'espèces, mais tente de comprendre les relations entre espèces, l'importance des facteurs physiques (température, salinité, phase lunaire, marée, courant) sur la biologie.
Il aurait la responsabilité d'une publication régulière de "l'état de santé" des lieux de plongée, et d'une information sur les événements biologiques majeurs.

Ces informations sont nécessaires à la gestion des sites (mise en jachère de sites fragilisés, surveillance d'espèces en reproduction, limitation du nombre de plongeurs sur certains sites lors de période de reproduction d'espèces fragiles).
Elles renforcent considérablement l'intérêt des plongées, en dévoilant aux plongeurs les espèces et événements biologiques les plus intéressants du moment. Ces informations permettent de choisir l'emplacement des mouillages fixes sur les lieux de plongée afin de supprimer les dégâts causés par les ancres.

Le biologiste est chargé de l' Information des plongeurs sur l'environnement sous-marin, spécifique à chaque site de plongée, mettant en avant leur originalité, leur fragilité en fonction des lieux, des saisons et du rythme nycthéméral :

  • Susciter une réflexion sur les dérives occasionnées par le nourrissage des poissons.
  • Décourager la demande, l'achat, la vente d'animaux marins et de souvenirs réalisés en coquillages, écailles de tortues, dents de requin... etc.
  • Interdire tout prélèvement au cours des plongées.

3. Partage équitable des ressources avec les riverains.
Ce partage doit être fait avec les habitants - organisations de pêcheurs, agriculteurs - après avoir défini les ressources limitantes les plus fragiles (poissons, crustacés..., eau douce...), et avoir estimé le potentiel renouvelable. Il faut s'accorder avec les riverains sur le partage de ces ressources, afin que la population ne soit pas privée d'une ressource vitale à cause de l'écart considérable de pouvoir d'achat.

Gestion de l'eau douce :
Dans les régions tropicales, un touriste utilise en moyenne 10 fois plus d'eau qu'un paysan pour arroser ses champs et nourrir sa famille, 16 fois plus lorsqu'il s'agit du client d'un hôtel de luxe, d'un joueur de golf, d'un plongeur.... Cette consommation excessive d'eau douce, dont on ne parle jamais au plongeur, a des conséquences dramatiques sur la population locale qui ne peut plus arroser correctement les cultures, souvent seule source de subsistance. Il faut non seulement expliquer aux plongeurs les raisons des nécessaires économies d'eau douce mais il faut surtout décourager le gaspillage par tous les moyens.

Gestion de la pêche destinée aux restaurants :
Biologiste et organisations de pêcheurs doivent définir le seuil de prélèvement soutenable pour les espèces les plus fragiles (langoustes, mérous...) , et orienter la demande des restaurants pour éviter que ces espèces trop fragiles ne viennent à disparaître du fait d'une demande excessive par les touristes.

4. Aménagement écologique des centres de plongée.
Les centres de plongée dont l'objectif est de faire découvrir les beautés de la nature devraient adopter des systèmes de gestion des déchets et des eaux usées (recyclage de l'eau douce), ainsi que des sources d'énergie alternative (solaire, éolienne).

5. Economie solidaire.
Un pourcentage du prix de la plongée (1 ou 2 euros, sur une plongée qui en vaut environ 30) devrait être directement affecté à un projet de développement local - école, irrigation, système d'économie d'eau, énergie solaire.


Longitude 181





Signer la charte :

Si vous désirez soutenir ce projet de charte du plongeur responsable, vous pouvez télécharger la pétition, la signer et l'envoyer à Longitude 181.

Pour plus de renseignements :

  • Longitude 181
    12 rue La Fontaine
    26 000 Valence
    France
    Site web : www.longitude181.com