Le salaire de la peur ou la peur du salaire

Par Cédric Verdier

 

"Enseigner c'est noble, vendre c'est sale"

Si l'on concevait un blason pour l'industrie de la plongée, cette devise irait à merveille avec, tant il semble que cette idée soit profondément ancrée dans les mentalités des moniteurs de plongée.

Il a fallu attendre de nombreuses années avant que le métier de moniteur de plongée soit réellement reconnu, évitant ainsi les éternels "Mais sérieusement, à part la plongée, vous faites quoi pour gagner votre vie?". Mais les habitudes ont la vie dure et passe encore que l'on puisse vivre de l'enseignement de la plongée sous-marine, mais vendre, ça jamais ! Le moniteur, le front orné des lauriers du pédagogue et le sourcil grave devant les lourdes responsabilités de sa tâche, reste admiratif devant la beauté de sa mission d'enseignant. Mais lorsque son élève, brisant soudain le protocole, ose rabaisser le débat à des considérations vilement matérielles, genre "Combien ça coûte un masque et où je peux l'acheter, dis ?", alors le jeune impudent se fait vertement tancé. Ici point de commerce. Mort au mercantilisme abject qui souille la plongée. "D'accord, mais pour mon masque, qu'est ce que je fait ?"

L'élève, le plongeur, attend du conseil. Auprès de qui l'obtenir, si ce n'est la personne la plus compétente qu'il connaisse, celle qui l'a formé. Mais là, point de réponse. Car on assimile encore le conseil et la vente. Quelle malédiction ancestrale a dû nous frapper pour que, dans notre esprit, le métier de vendeur de magasin devienne l'emploi le plus honteux que l'on puisse imaginer dans la plongée.

Désolé d'insister, mais notre activité nécessite du matériel (parfois même beaucoup) et l'industrie de la plongée tout entière dépend de la vente des équipements de plongée.
Sans un secteur de la vente solide, pas d'investissements, pas de conception de nouveaux équipements, pas d'évolution des techniques et pas de promotion vers le grand public. La mort, en somme !
Des gérants de magasin de plongée confiaient récemment leurs difficultés à trouver des moniteurs de plongée qui soient également des vendeurs de matériel. Bien qu'en réalité intimement liées, ces deux activités sont trop souvent perçues comme étant diamétralement opposées. On ne peut conseiller un client sur un équipement que lorsqu'on l'a testé réellement dans l'eau (l'équipement, pas le client !), ou que l'on a enseigné son utilisation à des élèves. Quel meilleur conseiller que celui qui a passé des heures dans l'eau, a essayé toutes sortes de matériel et connaît toutes les astuces (le mousqueton qui s'ouvre difficilement, la bouteille qui s'ouvre facilement, l'appareil photo qui ne s'ouvre pas du tout, le parachute qui s'ouvre tout seul).

Les valeurs nobles du Baron de Coubertin s'appliquent fort bien au désintéressement du sport olympique (et encore...) mais collent moins bien à la réalité d'un secteur économique orienté vers le loisir.
Des activités telles que les sport de glisse, ont su allier dynamisme économique et image Fun. Puisque la plongée a peu de chances d'être utilisée pour une publicité Holywood Chewing Gum, elle se doit d'être encore plus dynamique et comprendre que sa survie passe par les moniteurs et leur dynamisme commercial.

(Inédit)