Les débuts d'un magasin

Par Cédric Verdier

 

Les premières années d'existence d'un commerce sont toujours les plus dures - La création d'un commerce en France relève de l'épreuve de force - Scubazur, un magasin de plongée sur Toulon, fête sa première année d'existence et son gérant nous raconte les difficultés qu'il a pu rencontré.

Ouvrir un magasin de plongée de 200 m2 sur trois niveaux en plein centre ville de Toulon n'est pas un défi facile à relever. Il a fallut une dose considérable d'énergie et de patience à Stéphane Hague pour que ce magasin ouvre officiellement ses portes le 1er Février 1997. Et une foi dans son projet que beaucoup d'autres n'ont pas toujours. Mais Stéphane n'est pas inconnu de deux catégories de plongeurs, ceux qui sont passés à l'école de plongée de la Marine, où il a été longtemps instructeur, et ceux qui habitent la région du Havre, où toute sa famille s'occupe d'un magasin de plongée.

Au sortir de la Marine, Stéphane a créé un centre de plongée à la Seyne sur Mer, l'Hippocampe, puis s'est attelé un an après à son projet de magasin. "J'ai choisi Toulon d'abord parce que j'aime cette ville et son climat, et parce que les magasins de plongée ont tendance à s'installer dans les zones d'activités proches des supermarchés. Le détaillant de plongée situé en centre ville tend à disparaître, alors que c'est un lieu de rencontre et de discussion. Mon but a été de faire plutôt un espace convivial où les gens viennent parler plongée, sans nécessairement acheter du matériel à chaque visite. Certains clients de Scubazur viennent ici pour regarder des vidéos de plongée ou lire des revues".

Et il faut dire que l'endroit est agréable avec ses bureaux ou son espace vidéo en mezzanine, ses salles de classe et de grandes vitrines sur une rue animée. "Mais trouver ce local n'a pas été facile. L'agence immobilière n'avait pas confiance dans ce type d'activité, tout comme les banques qui ne m'ont guère aidé, d'autant que j'ouvrais dans une période creuse et dans un endroit à forte concurrence. Dans les environs de Toulon, il y a bien sûr d'autres magasins de plongée, mais il y a surtout deux Décathlon dont les rayons plongée sont les plus importants en France."

Malgré une épouse comptable et une famille déjà dans le commerce de la plongée, Stéphane s'est trouvé confronté à un certain nombre d'écueils. "Les formalités de création ressemblent à un vrai labyrinthe administratif. Les collectivités locales s'intéressent peu ou pas à la plongée qui représente à leurs yeux un micro-marché. Cela veut dire absence de promotion ou d'aide de toute nature. Tant qu'aux fabricants, ils ont parfois une politique assez étrange. Par exemple, toutes les nouveautés apparaissent dès début Décembre dans les magazines spécialisés. Mais les plongeurs qui veulent les acheter pour Noël, ne les trouverons que 2 ou 3 mois plus tard dans les magasins, en plein dans la saison du ski. Finalement la saisonnalité de la plongée est aussi la faute des fabricants qui ne peuvent livrer les nouveautés au moment de Noël".

Le but de Stéphane est de proposer dans son magasin tous les services liés à la plongée : vente, location, réparation et formation du débutant au moniteur. Son objectif est que "quelqu'un qui rentre ici ait toute les raisons de vouloir y rester", grâce à des efforts évidents d'accueil, de service et d'expérience.

Il faut croire que la recette fonctionne car son chiffre d'affaires de la première année, 800 000 FF, lui a permis d'équilibrer son budget et de songer à des investissements futurs. "Mais il y a peu de magasins qui peuvent réellement être rentables avant trois ans d'existence. Vue la faiblesse des marges sur les produits, les investissements sont très longs à amortir. Cela reste une passion, pas un moyen de s'enrichir".

(Paru dans Plongée Magazine)