L'Astrée

Extrait de l'ouvrage "Les épaves de la Côte Vermeille" d'Hervé Levano



crédit : "anciens de la Navale Caennaise" ©


L'Astrée était à l'origine un navire charbonnier anglais, construit en 1921 par la Blyth Dry Docks and Shipbuilding Corporation, à Blyth en Angleterre. Sous le nom de Bellbro, il appartenait à la Halifax Shipping Corporation, filiale de Bell, James & Co, basée à Hull.

En mai 1933, la Société Navale Caennaise, voulant remplacer son vieux vapeur Astrée, trop petit, achète le Bellbro, et le rebaptise Astrée 2. En 1939, le navire dépendra de la Société Maritime Nationale, et sera affecté au transport de marchandises pondéreuses (charbon, minerai, phosphates, acier). Ses destinations: Oran, Sousse et Tunis en Méditerranée Occidentale, Casablanca et Safi sur l'Atlantique. À bord, 26 hommes d'équipage, dont deux mitrailleurs chargés d'assurer la protection du navire contre les avions ennemis. Leur armement est assez maigre: une mitrailleuse double Hotchkiss, un fusil et un revolver.

Le 5 décembre 1942, l'Astrée est réquisitionné par les Allemands, puis navigue sous pavillon italien, rebaptisé Siena (ou Elena selon les sources) et affecté au trafic avec la Tunisie.

Le 1er mai 1944, soit cinq mois après son retour en France, l'Astrée, revenant d'Égypte, est torpillé à proximité de Port-Vendres par le sous-marin anglais H.M.S.Untiring.

Le H.M.S. Untiring, comme tous les sous-marins britanniques dont le nom commençait par la lettre U, appartenait aux sous-marins de la U-Class (Unity Class). Petits (59,8 m) mais très maniables, ils rendirent de grands services à la Royal Navy. Basés à Malte, puis à Maddalena (une île au nord de la Sardaigne) pendant la plus grande partie de la guerre, les sous-marins de la Xe flottille portèrent des coups sévères aux puissances de l'Axe. Propulsés en surface par deux moteurs diesel de 800 chevaux, ces bâtiments atteignaient 11,5 nœuds pour un rayon d'action de 4 050 milles. En plongée, deux moteurs électriques de 760 chevaux leur permettaient d'atteindre 9 nœuds et de faire des incursions jusqu'à une soixantaine de mètres de profondeur. Les 31 hommes d'équipage pouvaient compter sur quatre tubes lance-torpilles, un canon de 76,2 mm, et trois mitrailleuses. Mais ne disposant que de huit torpilles, ils devaient les utiliser avec parcimonie. Ils les réservaient donc aux cibles militaires ou aux navires de commerce lourdement chargés, tels l'Astrée, l'Alice Robert, le Saumur et le Saint-Lucien, qui figurèrent tous à leur tableau de chasse.



Plongée sur l'Astrée :


L'Astrée repose part 46 m de fond au large de Port-Vendres et de Collioure (42° 31' 715 N, 03° 08' 020 E)


crédit : Eric Pipard ©

Orientée au nord, l'épave repose en deux tronçons sur un fond de 46 mètres. La partie arrière, de loin la plus importante, est aussi la plus intéressante. Assez bien conservée, elle englobe la totalité du château et la salle des machines.



Côté poupe, un deck arrière surplombant l'hélice et le safran est encombré de treuils et de câbles, et le mât arrière est couché sur tribord. La salle des machines est un peu plus loin, en forme de petit hangar. On y accède par une porte à l'arrière, ou bien par une lucarne sur le toit du "hangar". La porte donne sur un escalier suivi d'une passerelle en lattes passant entre les tuyaux et batteries et orientée vers l'avant. La lumière du jour pénètre par deux lucarnes et par une dizaine de hublots au plafond.
Sans quitter la passerelle, on débouche après un court passage dans le noir sur la base de la cheminée. Le seul passage possible est alors celui de droite, un pan de tôle bloquant l'accès bâbord : il faut donc se glisser sous une rambarde et remonter légèrement avant d'atteindre une porte donnant sur l'extérieur, au niveau d'une petite pièce du château. C'est la cuisine, seulement suggérée par le fourneau concrétionné. Les autres pièces, dont les plafonds ont disparu, sont beaucoup plus mystérieuses : seules les toilettes, sur bâbord, sont encore intactes.


crédit : J.-L.Bernes-Heuga ©



crédit : J.-L.Bernes-Heuga ©

Sans quitter la passerelle, on débouche après un court passage dans le noir sur la base de la cheminée. Le seul passage possible est alors celui de droite, un pan de tôle bloquant l'accès bâbord : il faut donc se glisser sous une rambarde et remonter légèrement avant d'atteindre une porte donnant sur l'extérieur, au niveau d'une petite pièce du château. C'est la cuisine, seulement suggérée par le fourneau concrétionné. Les autres pièces, dont les plafonds ont disparu, sont beaucoup plus mystérieuses : seules les toilettes, sur bâbord, sont encore intactes.

À l'avant du château, une petite trappe, à côté d'un mur effondré, permet d'accéder à ce qui devait être la salle à manger : entre des colonnes, émergeant de la vase, quelques bouteilles cohabitent avec des restes de tables en bois. Deux issues permettent de sortir, l'une étant une petite ouverture dans un coin de la salle (en fait une brèche dans la coque), l'autre une porte s'ouvrant sur la gauche et donnant probablement sur la salle de bains du capitaine. Une baignoire, un lavabo et un miroir sont encore là pour en témoigner. On sort par une trappe au plafond, pour se retrouver sur le côté bâbord du château, à côté des toilettes. Au-dessus, la passerelle remonte assez haut, mais a perdu tous ses plafonds.


La cassure commence à l'avant du château, au beau milieu de la cale. La visibilité étant souvent médiocre, il faut rester le plus possible sur bâbord, puis suivre les membrures sur le sable avant de pouvoir atteindre la partie avant, assez bien conservée, avec ses ancres encore à poste. Cette partie, d'une quinzaine de mètres de long, a piégé quelques filets. Depuis 1997, une corde est tendue entre le haut du château et la proue. Cela permet d'atteindre relativement vite la proue, où une désagréable surprise attend les plongeurs : juste avant l'étrave, sur le pont, une dizaine d'obus de l'époque sommeillent encore.

Du fait du courant dominant qui apporte les alluvions du Rhône et des autres fleuves côtiers, la visibilité moyenne est de 4-5 mètres, parfois moins, mais peut exceptionnellement atteindre 10 à 15 mètres. On a alors la chance de découvrir une bien belle épave, avec son lot de loups, sars, et autres congres.

Hervé Levano