OPERATION "LA CIOTAT" (janvier 98)

par Patrice FRANCOUR

 

Depuis sa création en décembre 1986, le GEM a réalisé de nombreux inventaires des populations de mérous dans les espaces marins protégés de Méditerranée française : Port-Cros (Var), Banyuls-sur-mer (Pyrénées orientales) et Scandola et Lavezzi en Corse. Pourquoi des espaces protégés ?
Une des raisons de la création du GEM était la raréfaction des mérous sur le littoral méditerranéen. Les quelques individus que l'on avait une chance d'apercevoir ne subsistaient, ne survivaient, que dans les espaces protégés. Ils auraient pu, en quelque sorte, devenir les derniers représentants d'une race de grands poissons... un mythe! Alors, des gestionnaires d'espaces protégés et des scientifiques se sont réunis pour tenter de comprendre les raisons de cette raréfaction ou de cette disparition en certains endroits. Il fallait déjà dresser un état des lieux, savoir ce qu'il pouvait bien subsister de cette population autrefois prospère, avant de proposer des mesures de protection ou d'aménagement. Les membres du GEM se sont donc, naturellement, tournés vers les espaces protégés, derniers havres de paix pour ces serranidés géants.


Depuis ces premières opérations, 10 années se sont écoulées. La situation a maintenant bien changé, ou du moins, elle est en train d'évoluer. Les effectifs des populations de mérous semblent en net progrès partout le long de nos côtes. Cette impression semblait confirmée par les plongeurs et les différents interlocuteurs du GEM. Il a donc été décidé lors de la dernière assemblée générale du GEM (Carry-le-Rouet, mars 1997) d'appliquer les techniques habituelles de recensement à des zones situées en dehors d'espaces protégés. La première zone sélectionnée a été La Ciotat. Pourquoi ? Plusieurs de nos informateurs' signalaient dans les eaux de La Ciotat une augmentation sensible du nombre de mérous, mais, comme souvent dans ce genre d'information, il nous manquait beaucoup d'éléments (effectif précis, structure démographique, comportement) pour apprécier à sa juste valeur une telle augmentation de la population de mérous. Les contacts étroits existant entre l'Atelier Bleu (Centre d'Initiation à l'Environnement à La Ciotat) et le GEM ont permis la mise au point d'une opération commune de recensement au début du mois de septembre 1997.

 

 

Le recensement effectué confirme l'augmentation d'effectif de la population de mérou dans les eaux de La Ciotat. Mais surtout, il apporte une estimation fine de sa structure démographique (graphique). Il y a une dizaine d'années, les seuls mérous signalés ou observés à La Ciotat étaient des mérous de grande taille (plus de 80 cm de long).

En septembre, lors du dernier recensement, les plongeurs du GEM ont décrit une structure démographique de la population très différente : des mérous de toutes les tailles (de 40 cm à près de 1 m de long) ont été observés. Ceci signifie que la diversification de la structure démographique observée jusqu'à maintenant dans les espaces protégés est confirmée (et chiffrée... les scientifiques ont besoin de données chiffrées pour travailler et étayer leurs hypothèses et conclusions). Sur le graphique représentant la distribution des tailles, deux pics s'individualisent nettement. Ils correspondent aux mérous dont la longueur totale est comprise entre 50 et 60 cm (33%) et entre 70 et 80 cm (33%). Par contre, les mérous de grande taille (plus de 80 cm) sont moins bien représentés (4% seulement). Les deux pics correspondent à des mérous de 6-7 ans ans et 10-11 ans ans approximativement. Leur présence en plus grand nombre dans les eaux de La Ciotat pourrait alors s'expliquer par une ou deux arrivées de mérous au cours des dernières années, synchronisées avec les arrivées constatées dans des espaces protégés comme Port-Cros.

Les fonds de la zone littorale (de la surface à 10 m de fond) sont peu favorables à l'installation de très jeunes mérous (moins de 1 an). Cela signifie que si la population de mérous en place à La Ciotat ou dans les régions voisines se reproduisait (les mâles et les femelles sont là, tout est envisageable), il serait peu probable que les jeunes mérous se fixent dès leur plus jeune âge à La Ciotat. Par contre, les fonds rocheux dans la zone 15-35 m offrent des abris parfaits pour les mérous : leur retour progressif dans ces eaux le démontre. La poursuite de ce retour ne peut se faire qu'à deux conditions impératives : le respect des habitats potentiels (le coralligène, donc attention aux ancres et aux plongeurs trop plombés) et la protection des mérous déjà en place (pas de pêche, pas de braconnage... la chasse sous-marine est théoriquement interdite).

 

Pour en connaître plus sur le Mérou : visitez le site du G.E.M.