VASTE OPERATION DE NETTOYAGE DANS LES LAGONS POLYNESIENS

Le jour le plus propre



Le 21 septembre 2002, les clubs de Polynésie se sont livrés à une grande journée de nettoyage des lagons. N'hésitant pas pour certains à fermer leurs centres, ils ont accueilli gratuitement des bénévoles. Sous l'eau, ils ont découvert bien des surprises...


" La vie sous-marine paraît immortelle. Mais elle ne le sera plus autant si l'on ne fait pas attention à notre environnement ", explique Gilles Jugel, trésorier du GIE Plongée (Groupement d'intérêt économique) de Tahiti et ses îles. Pour compléter la journée de " Clean Up Day " de l'organisation Padi, qui par le biais de sa commission PROJECT Aware (Aquatic World Awareness, Responsability and Education), avait organisé le samedi 21 septembre 2002 une journée internationale de nettoyage des fonds marins, celui qui est aussi directeur du centre Iti Diving International, situé sur la presqu'île de Tahiti, avait voulu convier le peuple polynésien, les résidents et les touristes à une grande journée de nettoyage. A cette occasion, une affiche avait été éditée par le ministère du tourisme et de l'environnement. Avec pour slogan : " Vos plages et vos lagons vous remercient ! "


Didier Alpini et Gilles Jugel, respectivement président et trésorier du GIE.
Yann Saint-Yves ©


" Nous voulons que cette journée permette une prise de conscience de chacun sur l'intérêt de respecter son environnement pour que, demain, nos îles ne deviennent pas des îles-poubelles, soulignait Gilles Jugel. Il y va de la survie de notre planète et donc de chacun d'entre nous. Seule la base peut obliger, par son comportement, à faire que les pollueurs massifs puissent prendre les mesures nécessaires afin que la planète retrouve une nouvelle santé. Commençons par ne plus jeter par terre ce qui n'est que pollution et montrons que tout le monde, à tous les niveaux, est concerné."


450 ans pour disparaître...
Martine Carret ©


Sur Tahiti, les deux centres Aquatica Dive Center et Iti Diving, qui accueillaient gratuitement les plongeurs bénévoles, ont récupéré une tonne de détritus à eux seuls. Didier Alpini, président du GIE Plongée et directeur du centre Aquatica Dive Center a comptabilisé 18 plongeurs, avec lesquels il a exploré le site dit des " Trois épaves ". Il a rapporté huit sacs et constaté que les restes étaient dus aux festins dominicaux (canettes, plastiques...) Sachant qu'une boîte de conserve met entre 50 et 100 ans avant de disparaître, que les canettes en alu ont besoin de 450 ans et les billes de polystyrène 500 ans pour se fondre dans la nature... vous imaginez aisément que notre pollution nous survivra facilement ! Le centre Eleuthera, situé à la marina Taina, près de Papeete, a même ramassé un jacuzzi, coulé par 15 mètres de fond !



Baignoires et couche-culottes

A Huahiné, Didier Forget, le tout nouveau secrétaire du GIE Plongée, mais aussi le responsable du centre Pacific Blue Adventure, avait déniché six volontaires, Johnny, Tiare, Cathy, Marc, Ameria et Christophe pour nettoyer le quai de Faré, la ville principale de l'île " l'endroit le plus sale. " Six sacs ont été remplis par des morceaux de ferraille, des boudins en plastique, des dizaines de pneus... sous l'oeil abasourdi de la foule. Il a même fallu mobiliser des engins mécaniques pour gruter une baignoire qui avait atterri dans le port ! " C'est bien que la foule ait vu tout ce qu'on a ramassé, précisait Didier Forget. Mais ce n'est rien, il en reste beaucoup. On a du travail pour tous les week-end de l'année... " Il déplorait surtout que les poubelles du supermarché local débordent chaque fin de semaine, notamment de sacs plastique. " Les éboueurs ne passent que le lundi matin, quand tout ce qui débordait s'est déjà envolé à cause du vent et a atterri dans le port. Et la situation est aggravée quand les gens, qui ne savent plus où mettre leurs déchets du fait des poubelles pleines, jettent tout par terre et que cela s'envole ! "

Même constat à Raiatea pour Hubert Clot, propriétaire du centre Hémisphère Sub, qui déplorait lui aussi l'utilisation de sacs plastiques dans les supérettes locales. Une pratique qui choque les Américains de passage, habitués aux sacs papiers. En deux plongées, les cinq à six volontaires venus à son club ont ramassé six gros sacs. " On aurait aimé qu'il y ait plus de monde, avouait-il. Mais l'information est passée tard. J'ai dû moi-même aller à l'aéroport chercher les affiches. Personne ne se sent concerné. "
La volonté du gouvernement est de mettre une taxe sur les pollueurs : " Celui qui jette paie ". Des pancartes avec le prix des amendes à payer pour tout jet de papier, de bouteilles en plastique et autres détritus seront installées un peu partout et le fragrant délit sera taxé. Et pourquoi pas après tout? " Mais on n'est pas en Suisse !, s'insurge Hubert. Pourquoi ne pas faire plutôt la promotion des sacs en papier ? Il y a des solutions. Le plastique pollue, alors trouvons des remplaçants au plastique... Et si le papier est trop cher, abaissons la TVA sur les sacs en papier ! Il y a beaucoup de choses à faire ici. A Uturoa, la ville principale de l'île, on interdit aux enfants de rentrer dans l'enceinte du collège avec leurs emballages de sandwich..., mais aucune poubelle n'a été disposée pour qu'ils jettent leurs papiers, n'est-ce pas là la plus grosse des incohérences ? Et pourquoi ne dispose-t-on pas de bacs pour ramasser les piles usagées ou les huiles de vidange ?"


Moniteur au club Hémisphère
Sub de Raiatea, Laurent
participe à l'opération.
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Teiki et Stéphane, moniteur au Tahaa Blue Nui Dive Center devant les sacs ramassés en quelques heures.
Yann Saint-Yves ©

A Tahaa, l'île qui partage le même lagon que Raiatea, Stéphane Hamon et Teiki respectivement moniteur et pilote du bateau du tout nouveau centre de plongée Blue Nui Dive, qui se situe au sein de l' hôtel Pearl Beach Resort sur le motu Tautau, ont eux aussi participé activement au nettoyage du lagon. Et pas seulement lors de la journée du Clean Up Day du 21 septembre. Neuf sacs de 200 litres de détritus ont été ramassés en six heures de plongée par Stéphane qui a essentiellement remonté de vieux cordages qui étaient incrustés dans le corail jaune et l'étouffaient, des canettes en aluminium, des bouteilles plastique... Des déchets qui sont dans la lignée de ceux récupérés par les autres clubs un peu partout sur le territoire. Une pollution visuelle et écologique qui a désolé Stéphane lorsqu'il a effectué ses plongées de reconnaissance sur les sites. " Je suis heureux d'avoir pu nettoyer quelques spots où il est évident que des déchets avaient été amassés depuis des années, a-t-il expliqué. Si l'ouverture de notre centre fin août 2002 a permis de pouvoir contribuer à nettoyer quelques mètres carrés du lagon, tant mieux. J'ai travaillé méthodiquement pour cette opération de dépollution. Je me déplaçais et j'enlevais les détritus que je mettais en tas. Une fois la zone balayée, je remplissais un sac que je remontais. J'ai ainsi plongé à trois reprises durant deux heures. J'espère que cette journée du 21 septembre aura permis à tous de prendre conscience de la fragilité du monde corallien et que beaucoup d'entre nous auront compris qu'il faut stopper de jeter n'importe quoi n'importe où. "



Pollution locale

A Rangiroa, dans les Tuamotu, nous avons participé avec Marc Delécluse, moniteur au Raie Manta Club, à cette plongée de nettoyage. Dans la passe d'Avatoru, il a fallu arracher des filets de pêcheurs qui s'étaient pris dans les blocs de corail et finissaient par l'étouffer. Un travail de titan, pas facile, car il fallait désincruster les mailles en tentant de sauvegarder les pousses de corail. Mais la bonne volonté était au rendez-vous et seule la limite d'air de nos blocs nous a incités à stopper l'opération, qui a été relayée par deux palanquées. A la sortie, le maire Manua, attendait sur le quai pour prendre en charge les détritus.


Manua, le maire de Rangiroa, recueille les détritus rapportés par le Raie Manta Club.
Yann Saint-Yves ©



Marc Delécluse nettoie
régulièrement le corail.
Martine Carret ©


Bruno Sandras, ministre de l'environnement et de la ville en Polynésie française, a été stupéfait par les résultats de cette journée : " Nous avons tous le sentiment que la Polynésie est de plus en plus sale. Ce sont les Polynésiens qui salissent et polluent leur pays et personne d'autre ! (...) La défense de l'environnement est une partie difficile à jouer, certes, mais gagnable pour peu que l'on s'en donne les moyens, du bon sens, de la bonne volonté et un esprit critique. "

Les clubs de plongée n'ont pas attendu la journée du " Clean Up Day " pour nettoyer leurs sites. Ils le font au quotidien, mais le mal est profond, les habitudes de saleté sont ancrées au fond des mémoires, de génération en génération. Les Occidentaux et les Américains ont exporté leur civilisation canettes-plastique, sans leur donner les moyens de traiter ces détritus. Il n'y a pas d'usine de retraitement des déchets sur le territoire... Un vrai cercle vicieux.
" Le but aujourd'hui n'est pas uniquement que les communes ramassent ces détritus, mais que les gens arrêtent de les jeter, lance Gilles Jugel. Il faut commencer par le début et que la base fasse son travail de citoyen. Chacun doit se prendre en main. Que celui qui boit une bière ne jette pas sa canette à terre, que celui qui fume ne jette pas son mégot, que les enfants ne lancent plus leurs papiers par la fenêtre du truck (minibus local). "


Eduquer les jeunes enfants
est primordial.
Yann Saint-Yves ©

Martine Carret et Yann Saint-Yves

Contact : www.diving-tahiti.com, gieplongee@mail.pf