La Mer de la Tranquillité


Par Cédric Verdier

 

Le vrai plaisir de la plongée sous-marine, c'est la sensation d'apesanteur ! Et pour pleinement profiter du plaisir incroyable de " voler " sous l'eau, il faut que la notion d'espace prenne tout son sens et que l'endroit où l'on évolue soit le plus vide possible.
Fidèles à cette doctrine, il semble que les plongeurs aient décidé de faire le ménage autour d'eux en détruisant minutieusement les sites de plongée qu'ils visitent.
En effet les gorgones gênent le palmage et masquent le paysage. Alors autant les cogner ou les arracher sans pitié. Il en va de même pour le corail qui sera bien mieux, avouons le franchement, sur une cheminée qu'à traîner au fond de l'eau. Ne parlons même pas des oursins et des coquillages qui représentent une des plus grandes menaces pour l'espèce humaine et qu'il vaut mieux décimer sans plus attendre. Les poissons dissipent notre attention du véritable but de la plongée ; alors en attendant d'avoir enfin de droit de les chasser en scaphandre, ce que les plus malins ne se privent pas de faire, autant les effrayer par des mouvements amples et désordonnés. Pourquoi ne pas déséquilibrer leur organisme et leur comportement en leur donnant des aliments qui ne leur sont nullement destinés, ou les empoisonner grâce à des sacs plastiques habilement jetés à l'eau. Enfin pour ceux qui ont vraiment besoin de place, employez les grands moyens, et alliez-vous aux capitaines de bateau en utilisant judicieusement les ancres pour écraser sans merci les roches et ceux qu'elles abritent. C'est à ce prix là que vous serez enfin tranquilles et à l'aise sous l'eau.

Si vous êtes vous aussi un passionné du Sahara subaquatique, un aficionado des paysages lunaires, un partisan farouche de l'éradication systématique, involontaire ou non, de toute forme de vie sous la surface des océans, alors inutile de continuer la lecture de cette chronique. Elle est destinée à ceux que l'on surnomme " les verts de la grande bleue " et qui prétendent que la plongée ne peut exister qu'en se préoccupant de la protection de l'environnement. Ces écologistes palmés ont pris conscience que le monde sous-marin est fragile et que pour continuer d'en profiter, il faut avant tout le préserver. Le comportement quotidien de chaque individu est important, et l'attitude de chaque encadrant l'est tout autant.
Mais il ne s'agit pas d'une échéance à moyen termes, lorsque dans une trentaine d'années chacun d'entre nous aura cessé de plonger. Le monde sous-marin est menacé dès maintenant et tout plongeur peut s'en rendre compte lorsqu'il découvre un site jonché d'objets qui n'ont rien d'archéologiques.
Il est tant de savoir prendre ses responsabilités et de comprendre qu'en minimisant le plus possible l'impact négatif que l'on a sur l'environnement sous-marin, on contribuera à la sauvegarde de nos sites de plongée mais aussi à la pérennité de la plongée sous-marine en tant qu'activité de loisirs pratiquée par tous.
On parle toujours d'éducation, sur le contrôle de la flottabilité et la connaissance de la faune et de la flore. Mais c'est avant tout une question d'attitude et de respect.

" Là où mes palmes passent, la posidonie ne repoussent pas ! "

Cédric Verdier