Le requin blanc : Sa réputation est-elle vraiment justifiée ?

 

Pour beaucoup, la plongée est un loisir, un moment de détente, pour d'autres, c'est un sport voire une profession. Les sites ne manquent pas pour contempler les merveilles du monde sous-marin. Tout plongeur qui commence sa descente espère faire des rencontres surprenantes, comme côtoyer une tortue, une raie Manta ou encore se retrouver parmi des centaines de petits poissons multicolores. Mais il y a des rencontres qu'on n'espère jamais faire, des silhouettes qu'on redoute, ce genre de situation qu'on n'aimerait pas rencontrer dans un milieu, qui dans le fond n'est pas le nôtre. Depuis toujours le nom de "requin" a souvent apporté frissons et peurs dans nos esprits, et le fait de se retrouver nez à nez avec un squale n'a jamais été un moment rassurant pour des plongeurs, malgré le fait que ces rencontres sont assez rares.

Tout d'abord il faut savoir, que sur les environs 380 espèces de requins recensés, seul une dizaine peut potentiellement s'attaquer à l'homme, dont le plus connu d'entre eux, car sans aucun doute le plus impressionnant, mais pas forcément le plus dangereux : le grand requin blanc (Carcharodon Carcharias) !! Oh, je sais ça va en surprendre plus d'un, mais le requin blanc gagne à être connu, afin de pouvoir mieux le comprendre. Comme la plupart des requins, le grand blanc n'a pas inscrit l'homme dans sa liste des menus. En effet la plupart des attaques sont des "erreurs" de la part des squales, erreurs souvent irréversibles. Depuis quelques années, un bon nombre de biologistes et de scientifiques ont décidé de porter secours à ce poisson menacé d'extinction, d'ailleurs, depuis environ deux ans, le requin blanc est sur la liste des espèces protégées dans toutes les mers et océans du globe.

Le requin blanc a eu le temps de pouvoir se développer, d'évoluer en un redoutable prédateur marin, en effet les tous premiers squales sont apparus dans le monde marin, il y a quelques 300 millions d'années, ce qui fait de lui un des plus vieux être vivant de la planète. Mais ce n'est que dans les années 60 qu'on a commencé à s'intéresser de près, d'abord pour le tuer, puis pour l'observer et ensuite pour le protéger…Malgré les nombreux travaux et recherches effectuées, on ne sait pas grand-chose de cet animal. Les raisons sont simples. Tout d'abord, le requin blanc est un poisson très fragile et le seul moyen de pouvoir l'étudier est de le rencontrer dans son milieu naturel, car le requin blanc ne supporte pas la captivité et donc pas moyen de le côtoyer en aquarium. D'où l'hypothèse que le "great white" a besoin d'espace pour vivre et ne se contente pas seulement d'un petit territoire limité. Je dis hypothèse car là encore une fois, on n'a pas encore la preuve formelle que notre requin fait de longues distances, comme parcourir suffisamment de kilomètres pour pouvoir "visiter" tous les continents. Comme il peut plonger à plusieurs centaines de mètres de profondeurs, les plaquettes d'identification ou les différents émetteurs utilisés sur les individus ne sont pas encore efficaces à 100 %.

J'ai eu la chance de pouvoir observer le grand blanc en Afrique du Sud, dans un endroit réputé pour les rencontrer. Afin de pouvoir les appâter, nous préparons une mixture à base de sang, d'huile et de morceaux de thon, appelé "chumm" en anglais. Car le requin ne prendrait aucun risque de s'approcher d'une embarcation ou d'un bateau, si ce n'est par sa curiosité. Le fait que le requin attaque dépend de plusieurs facteurs. Il se peut qu'on se trouve sur son terrain de chasse, près d'une colonie de lions de mer, de phoque ou que la zone dans laquelle on se trouve, soit riche en thon ou autre poissons d'une taille importante, et là, à part quitter cette zone à risque, il n'y a pas grand chose à faire. Certains plongeurs faisant de la pêche sportive peuvent se retrouver en face du grand blanc, attiré par le sang des poissons harponnés, il vous confondra avec une proie déjà blessée. Ce prédateur est également doté de nombreux capteurs sensoriels se trouvant à l'extrémité de son museau conique, appelé "ampoule de Lorenzini", ce qui lui permet d'avoir l'odorat très développé, mais également il peut grâce à ça, "sentir" une proie ou une personne paniquée, stressée, d'où l'importance de toujours garder, si possible, son sang-froid lors d'une rencontre avec un squale. Le requin blanc est également attiré par les champs magnétiques, toujours à cause des ampoules de Lorenzini, et souvent on a pu remarquer son énervement ou acharnement contre les barreaux de la cage ou les hélices du bateau.

Le face à face avec un requin blanc est une expérience enrichissante, surtout quand on se trouve à l'intérieur de la cage, bien qu'il y ait quelques scientifiques ou biologistes qui prennent le risque de plonger sans aucune protection particulière. Il suffit quand même d'avoir une bonne confiance en soi et surtout ne pas montrer au requin que nous sommes vulnérables. Bien que cette étiquette de tueur sanguinaire lui colle encore souvent à la peau, le requin blanc n'est pas un monstre, c'est simplement un animal sauvage qui vit, se nourrit comme d'autres animaux le font, et malheureusement quand une attaque se produit, celle-ci est difficilement comparable à celle d'un yorkshire, bien que le risque d'être la victime d'un grand blanc soit vraiment infime.

Pour ceux qui sont tentés par quelques frissons, je vous recommande de visiter les sites suivants, où il y a possibilité de plonger parmi les grands blancs. Vous pouvez également me contacter pour toutes remarques, questions concernant les requins blancs ou écrire à Michael Scholl (Mcscholl@sharkaware.org ou mcscholl@hermanus.co.za), biologiste suisse travaillant depuis deux ans environs dans une compagnie d'observation des requins blancs, à Gansbaai (200 km de la ville du Cap).

David Monnard
www.Gansbaai.net/wsdco
www.sharkaware.org/index.html