5- Causes

 

5. Causes

5.1 Non-respect des temps de paliers

5.1.1 Oubli ou ignorance

5.1.2 Erreur de lecture de la table

5.1.3 Mauvaise évaluation de la profondeur

5.1.4 Paliers approximatifs

5.1.5 Ordinateurs de plongée

5.2 Non-respect de la vitesse de remontée

5.2.1 Remontée trop rapide

5.2.2 Plongée « Yo-Yo »

5.3 Hyperpression pulmonaire

5.4 Facteurs favorisants

5.4.1 Fatigue

5.4.2 Le froid

5.4.3 Travail musculaire

5.4.4 Tissus adipeux

5.4.5 Age

 

La majorité des plongeurs confirmés sont persuadés que les accidents de décompression n’apparaissent généralement que dans les deux cas suivants :

Ce n'est que depuis ces quelques années qu'une nouvelle notion a été introduite dans le langage du plongeur : l'accident « immérité ». Il s’agit d’accidents consécutifs à des procédures de désaturation considérées comme techniquement irréprochables. En réalité, l'analyse soigneuse des circonstances de tous ces accidents a permis la mise en évidence de facteurs que l'on a très rapidement considérés comme suffisants pour être à l'origine d'un dégazage. C’est ce type d’accidents qui est à l'origine de la rénovation des tables de plongée de la Marine Nationale.

 

5.1 Non-respect des temps de paliers

Bien que les paliers de désaturation demeurent une nécessité absolue, leur rigueur d'exécution échappe à certains plongeurs et leur non-respect représente la première grande cause des accidents de décompression.

 

5.1.1 Oubli ou ignorance

Certains plongeurs débutants ignorent leur existence et plongent sans encadrement ou, au contraire, chez certains plongeurs confirmés, l’accoutumance et les petites fautes de plongée sans conséquences sont autant d'incitations à négliger les règles de sécurité.

 

5.1.2 Erreur de lecture de la table

L’utilisation des tables de plongée implique la connaissance de la profondeur maximale et la durée de la plongée. Il peut y avoir, en particulier dans le cadre des plongées d'exploration où le début de la remontée est quelquefois mal précisé, une ambiguïté provenant du fait que le plongeur pense que le temps passé à remonter lentement le long d’un tombant n'a pas à être inclus dans la durée de la plongée. En réalité, la saturation de certains compartiments se poursuit et justifie des durées de paliers plus longues que celles qui vont être effectuées.

 

5.1.3 Mauvaise évaluation de la profondeur

Certains profondimètres mécaniques, subissant l’usure du temps et des éléments, n’indiquent plus forcement la profondeur maximale avec une grande précision. L’erreur de lecture peut avoir des conséquences dramatiques alors que le plongeur a respecté les tables.

 

5.1.4 Paliers approximatifs

Les paliers peuvent subir une approximation en temps ou en profondeur, en particulier en cas de houle pour le palier de 3 mètres lorsque ce dernier se fait en pleine eau. Il ne faut pas hésiter à descendre un peu et à majorer la durée dans des conditions difficiles.

Le palier peut être écourté ou non fait par suite d'un incident : malaise, panne d'air ou de matériel, panique, mauvais contrôle du gilet gonflable, plongeur insuffisamment lesté.

 

5.1.5 Ordinateurs de plongée

En l'état actuel des statistiques d'accidents, il est impossible de dire si l'utilisation aveugle et croissante de ces appareils accroît le risque d'accident de décompression. Ce qui est sûr, c'est que l'algorithme utilisé calcule pour le plongeur utilisateur un profil de désaturation moyennement ajusté et non exactement, comme il le croit, à l'état de saturation que l'appareil a évalué en permanence pendant la plongée en fonction des couples pression/durée. Dans l'optique d'une optimisation de la durée des paliers par rapport à la durée de la plongée, c'est bien entendu l'idéal. Mais en l'état actuel de la conception de ces ordinateurs, le risque d'accident existe, bien que difficilement quantifiable, car les paramètres de l'algorithme sont ceux qui ont été validés pour un plongeur moyen, provenant d’une étude statistique. En réalité, l'expérience actuelle montre que le plus grand risque provient du fait que bon nombre de plongeurs considèrent ces ordinateurs comme la garantie universelle de leur sécurité et dès lors s'autorisent toutes les fantaisies : multiples plongées quotidiennes de préférence à profondeur variable. Dans ces conditions d'utilisation, les règles physiques et physiologiques de la plongée sous-marine sont totalement bafouées : les accidents qui en résultent sont donc bien souvent la traduction de l'ignorance des limites d'emploi de ces appareils qui ne doivent rester que des aides à la plongée.

 

5.2 Non-respect de la vitesse de remontée

5.2.1 Remontée trop rapide

Il n'est pas facile d'estimer ce paramètre lorsque le retour vers la surface se fait dans « le bleu », sans repères visuels. L'expérience, la pratique régulière de la plongée doivent résoudre cette difficulté. Cependant, dans la recherche des causes de l'accident, cette remontée rapide est difficile à mettre en évidence.

En fait, l'expérience et l'analyse fine des circonstances des accidents montrent que le dépassement de la vitesse de remontée est un incident fréquent. Cette constatation a d'ailleurs conduit les concepteurs de la table MN 90 à conserver une vitesse de remontée jugée rapide par les plongeurs : 17 m/mn. Et pourtant il s'agit d'un facteur de sécurité. En effet, calculer une table de plongée avec une vitesse de remontée de 15 m/min ou moins, favorise le risque, lors d'une remontée plus rapide, de ne pas effectuer le palier le plus profond que le calcul fait avec 17 m/mn indique, alors que le calcul avec 15 m/mn peut (pour certaines plongées de la tranche des 40/60 mètres) l'avoir effacé. Paradoxalement, une vitesse de remontée à 17 m/mn est donc une sécurité en imposant un palier profond.

 

5.2.2 Plongée « Yo-Yo »

Les plongées dites «Yo-Yo», c'est-à-dire effectuées avec des variations de niveaux importants, sont suspectées de faire subir aux bulles situées dans les capillaires pulmonaires une sorte de recompression. Dans ces conditions, leur réduction de volume peut favoriser leur passage sur le versant artériel. Il faut toujours respecter la procédure qui indique de redescendre au moins à mi-profondeur pendant 5 minutes.

 

5.3 Hyperpression pulmonaire

Une hyperpression pulmonaire en cours de remontée, quel qu'en soit le mécanisme (manoeuvre de Valsalva, gonflement de la bouée à la bouche, toux, effort physique, apnée soit pour «économiser» l'air, soit dans le cadre d'un exercice, effort de vomissement en cas de mal de mer), peut être responsable du passage de bulles d’azote dans le circuit artériel. Les poumons se comportent comme un filtre vis à vis des bulles d'azote car il les retient. Lorsque le plongeur provoque l'augmentation de la pression dans ses poumons et donc de la pression sanguine pulmonaire, il force le filtre pulmonaire, d'où la dénomination d'hyperpression pulmonaire. Ces bulles peuvent provoquer un accident neurologique.

 

5.4 Facteurs favorisants

La prévention de l'accident de plongée passe par le respect des paliers, de la vitesse de remontée et des conditions normales d’évolution sous-marine pour la plongée sportive. Mais, une connaissance suffisante de la physique et de la physiologie de la plongée doit permettre à chacun, d'une part, de fixer ses limites et, d'autre part, de comprendre que la plongée sous-marine autonome ne soit pas sans risque, selon les tolérances que le plongeur s'accorde.

 

5.4.1 Fatigue

Habituellement, on incrimine un fléchissement de l'état général : un état de fatigue chronique par manque de sommeil, surmenage physique ou intellectuel est souvent retrouvé.

 

5.4.2 Le froid

Dans sa lutte contre le refroidissement, le plongeur va diminuer l’irrigation des membres pour se concentrer sur les organes vitaux. Le processus de désaturation va donc être perturbé.

 

5.4.3 Travail musculaire

Lors d’un effort pendant la plongée, la circulation sanguine et la respiration vont s’accélérer augmentant la quantité d’azote dissoute. Au palier, le plongeur étant au repos, le temps de désaturation prévu par les tables ne sera pas suffisant pour éliminer l’azote dissous pendant l’effort. Les tables sont déterminées pour un « effort moyen » qui n’est pas quantifiable car cela dépend des capacités physiques de chaque plongeur.

 

5.4.4 Tissus adipeux

L'azote étant plus soluble dans les graisses que dans l'eau, l'excès de tissus adipeux, plus que l'excès pondéral bien que les deux soient très souvent liés, représente un « réservoir » d'azote dissous à élimination lente qui n'est que partiellement pris en compte par les tables de plongée. Si des bulles se forment dans les graisses, elles passent rapidement dans les veines et deviennent des bulles circulantes.

 

5.4.5 Age

Bien qu'il soit communément admis qu'il n'y a pas de limite supérieure d'âge pour plonger, il est toutefois nécessaire de prendre en considération le fait qu'un bon nombre de victimes d'accident neurologique chez lesquelles on ne retrouve aucune erreur de procédure ont plus de 40 ans. En réalité, ce sont davantage les maladies chroniques associées à l’âge qui représentent des facteurs favorisants.

 

Auteur: Stéphane ROCHON