Opération Cavalaire - Galère, vous avez dit Galère...





Après quelques petites heures de repos, nous rejoignons le Maeva. Le départ est fixé à 8h30. Bruno, Dominique et Frédéric rejoignent Arnaud au bateau. A leur arrivée, ils apprennent que François Muller est bien arrivé et qu'il devrait les rejoindre sous peu. Au programme de la journée, deux épaves dans la zone des 40 mètres : l'Espingole et le Rubis.



L'Espingole
Photo : Arnaud Niel ©


L'Espingole était un contre-torpilleur de 56 m de long et 6 de large qui a été construit au début du siècle au Havre. En 1903, aux cours d'exercices, l'Espingole heurte à grande vitesse le Petit Sec du Cap Lardier où il s'échoue. C'est en cours de remorquage qu'il rompt ses amarres et coule par 40 mètres de fond à quelques encablures de la Pointe Andati. L'Espingole gît actuellement sur un fond de 39 mètres. Il ne reste plus du contre-torpilleur que les superstructures ce qui lui donne un caractère particulier. Comme beaucoup d'épaves, il abrite une faune très riche. Congres, Murènes sont souvent au rendez-vous.




Le Rubis
Photo : Arnaud Niel ©


Le Rubis était un sous-marin mouilleur de mines de la série Saphir de 60 m de long, 7 m de large et de 8 m de haut. Il a été lancé dans les années trente. Il est l'un des tout premiers sous-marins français à rejoindre les Forces Navales françaises Libres dès le mois de juillet 1940. Son palmarès durant la deuxième guerre mondiale est édifiant. Près de 700 mines larguées, plus de 20 navires coulés et un U-Boot endommagé. A la fin de la guerre, il est désarmé et servira de sous-marin école. Le 31 janvier 1958, après une carrière bien remplie, il est sabordé au large du Cap Camarat par un de ces anciens commandants de la guerre, qui refusa de livrer sa dépouille aux acheteurs de ferraille.

Le Rubis est une des plus belles épaves de Méditerranée et un des rares sous-marins accessibles en plongée.
Posé sur un fond de sable blanc à la profondeur de 40 mètres cette épave est très poissonneuse. Un sous-marin est vraiment une épave particulière qui laisse un souvenir inoubliable.

8h30, le bateau jette les amarres. L'équipe n'est pas au complet mais nous faisons connaissance. Après des mois à discuter via Internet nous pouvons enfin mettre des visages sur des e-mails :-) Et nous voilà partis à discuter d'Internet, d'Aquanaute et des listes de diffusions. Soudain, Françoise nous dit de nous équiper. Nous sommes en vue de l' Espingole. Nous nous équipons à la hâte, ca y est cette fois c'est parti. L'opération Cavalaire va enfin commencer. Nous sommes quatre, nous plongerons groupés mais en binôme : Dominique et Frédéric, Bruno et François. Françoise jette la bouée et demande à Bruno de s'occuper de la dégager de l'épave et de gonfler légèrement le parachute lors de la remontée. Entre temps Arnaud, se repositionne sur la bouée et c'est le GO ! Nous sautons à l'eau, rendez-vous en surface à la bouée. Après les vérifications d'usage, nous descendons. Direction l'Espingole.




A 20 mètres, l'Espingole commence à se détacher du sable. Effectivement, il ne reste plus que les superstructures. C'est bizarre une épave dans cet état. On a l'impression d'une vue en coupe. Arrivé au fond, je m'approche de l'ancre et décide de l'éloigner un peu de l'épave. L'exploration va pouvoir commencer. Dominique commence quelques clichés. Les murènes et les congres sont au rendez-vous ainsi que les sars et les rascasses. Après 20 minutes d'exploration, Fred et Dominique décident de remonter.
Je fais signe à François que je viens de passer les 100 bars. Direction l'ancre. En chemin, nous croisons deux langoustes et nous nous arrêtons quelques instant pour les regarder. Arrivé à l'ancre, je commence à gonfler le parachute avec le détendeur. C'est une première, et je dois m'y reprendre plusieurs fois. Trop d'air, pas assez... Bref ca traîne un peu en longueur. François voulant bien faire commence à gonfler le parachute avec son octopus. Tout a coup son octopus explose et se met en débit continu...
Dans un nuage de bulles, François me demande de fermer une des robinetteries de son bi. Après quelques instant, la robinetterie est enfin fermée. Je demande à François, si tout va bien et je regarde machinalement l'ancre. Elle est toute proche de l'épave...
Pendant notre "sauvetage" nous l'avons lâchée trop près de l'épave. Je décide de redescendre pour l'éloigner à nouveau. En rejoignant François, je regarde mon manomètre... 50 bars !!! Un coup d'œil sur l'ordinateur, une vingtaine de minutes de paliers... Ca va faire juste nom de nom. Il faut remonter rapidement dans la zone des 10 mètres afin de préserver l'autonomie. Je fais signe à François que je suis sur réserve et je lui montre mon manomètre. Fin de plongée, on remonte. Je commence ma remontée un peu soucieux et surtout pressé de rejoindre la zone des 10 mètres. Je gonfle la stab et je commence ma remontée. Je regarde en bas, et je vois François remonter doucement...
Je décide de ralentir ma remontée pour l'attendre, mais ça commence à se bousculer dans ma tête. Qu'est ce qu'il fait François à remonter si doucement ? Il a un problème ? Je jette un oeil sur le mano, 40 bars. Profondeur 20 mètres. Il doit bien être à dix mètres en dessous. Je ne peux pas redescendre ou je risque la panne sèche arrivé à sa hauteur. Je ralentis encore un peu... Je regarde la surface en espérant voir Dominique et Fred. Mon binôme habituel me manque ! Ca y est, j'aperçois Fred. Je regarde une dernière fois en bas. François est toujours aussi loin. Il faut que je me décide. La visi est bonne, je pourrais garder un oeil sur lui. Bon c'est décidé, je remonte cette fois. Je rejoins Fred, Je lui fais signe que j'ai plus d'air. C'est presque vrai, il me reste 20 bars. Nous nous rapprochons l'un de l'autre. Il me tend son détendeur de secours que j'attrape avec plaisir. Un regard sur son manomètre, il lui reste 70 bars. Cela ne sera pas suffisant mais nous avons un peu de temps pour nous organiser. Que faut-il faire déjà ? Les idées se bousculent toujours dans ma tête : prévenir la surface, ne pas mettre en danger mes équipiers, je devais faire un palier à combien déjà ? C'est quoi cette sonnerie ? Ah l'Aladin, ce vieux compagnon m'indique que je dois faire un palier a 9 mètres et que je n'y suis pas. J'essaye d'expliquer à Fred qu'il faut que je redescende à 9 mètres. Je suis un peu confus et nous tardons. Ca y est nous nous sommes compris et nous redescendons au palier. Bon un point de réglé, maintenant faudrait penser à faire venir de l'air.
Au fait, il est où François mon binôme ? Ah ca y est, je le vois. Il nous a enfin rejoints. J'essaye de parler à Fred. Il ne me comprend pas. C'est bon, je peux remonter à 6 mètres pour le prochain palier.




Dominique vient alors vers moi et me propose son octopus. Regard sur son mano, 70 bars. Bon ça devrait le faire cette fois. Je demande à Fred son ardoise pour que je lui note mes idées. Et me voilà parti dans un roman avec une écriture en patte de mouche. Dès que quelqu'un a fini son palier, aller sur le bateau et ramener une bouteille. Bref, illisible et personne ne comprend... Je fais des signes, pas simple d'expliquer qu'il faut un autre bloc. On finit par se comprendre. Les paliers de 6 mètres sont terminés. Direction 3 mètres. Ouf... Je commence à retrouver ma sérénité. On y est presque cela devrait finalement bien se terminer.

Soudain, je vois arriver Aldo serein. Il vient de la surface. Cette fois c'est sûr je vais m'en sortir indemne. Plus de problème d'air. Aldo me tend son détendeur. Tiens, son air n'a pas le même goût. La déco devrait bien se passer. Nous échangeons quelques "mots".
Je refais mentalement la plongée. Qu'est ce qui a bien pu se passer pour que nous en arrivions-là ?
Ce n'est pas la première fois que je descends à cette profondeur pourtant.

Comme souvent, un accident survient suite à de nombreuses petites erreurs...
Excité par le fait de pouvoir enfin se voir nous avons oublier une partie du briefing d'avant plongée. Lorsque j'ai fait signe à François que j'étais à mi-bouteille, il n'a pas compris mon signe...
Lorsque je lui ai montré mon manomètre, il a été incapable de le lire, car son masque n'est pas encore équipé de verres correcteurs...
Tout cela aurait dû être discuté avant de partir. Nous aurions dû vérifier nos signes et j'aurais dû savoir qu'il avait un problème de vue.
Ensuite, nous nous sommes attardés auprès de ces deux langoustes alors que nous aurions du filer sur l'ancre pour gonfler le parachute. Ensuite, l'incident lors du gonflage du parachute nous a fait perdre de précieuses minutes.
Je n'aurais jamais dû redescendre pour le gonfler sans regarder mon manomètre. François a mal évalué la situation. Alors qu'il ne me restait que 50 bars, il a décidé de remonter à son rythme estimant qu'il n'y avait pas de danger.
Enfin, j'ai trop tergiversé lors de ma remontée. Je ne pouvais pas le rejoindre et j'aurais dû remonter directement auprès de Fred et de Dominique et leur demander d'aller le récupérer. Bref, une succession de petites erreurs et de mauvaises décisions qui prises individuellement ne portaient pas à conséquence mais qui mises bout à bout auraient bien pu conduire à un accident très grave. J'en suis quitte pour bon coup d'adrénaline. Demain, je ne plonge pas ! Je me remets de mes émotions et je me repose !

Bruno



Profil de la plongée sur l'Espingole


A suivre...