CERTAINS PLONGEURS DILAPIDENT UN PATRIMOINE QUI NE SERA PAS ETERNEL

Carton Rouge aux inconscients




Dame Nature a doté la Mer Rouge d'une merveilleuse richesse sous-marine. Coraux en tous genres qui mettent des dizaines d'années à s'épanouir, volée de poissons multicolores, dauphins, tortues... Un Paradis malheureusement pollué par des palmipèdes habillés de néoprène et dont nous souhaitons fortement nous démarquer.

Nous avons été choqués lors de ce reportage par la vision de plongeurs français imbus de leurs prérogatives fédérales, déjà narcosés au sol, arborant leurs tous nouveaux diplômes acquis en piscine avec une arrogance décevante. A vous dégoûter de plonger ou d'entamer une croisière avec de tels énergumènes !


A proscrire: laisser traîner pieds,
bras et consoles.
Yann Saint-Yves ©



Ne stressez jamais
les animaux.
Yann Saint-Yves ©


Déjà défigurés par les ancrages sauvages et les tempêtes, dévorés par la fameuse et volumineuse étoile de mer baptisée Couronne du Christ (acanthaster planci) et abîmés par certains plongeurs, les récifs de Hurghada reprennent vie peu à peu, depuis que des organismes comme HEPCA ont fleuri ou tout simplement, que l'implication de certains dirigeants de clubs a permis de faire prendre conscience au public de la fragilité de ces micro-organismes vivants.

Ainsi par exemple, Gérard Besse, directeur du centre Dune-Beuchat de Safaga, organise, pour tous les plongeurs débarquant dans son club, une soirée diapositives afin de les sensibiliser à la fragilité du milieu corallien : " Certains plongeurs se comportent comme des goujats, explique-t-il, navré. Ils cassent tout, n'ont aucun respect et nous font des bras d'honneur quand on a le malheur de leur signaler que leur comportement n'est pas correct. Les Allemands sont à part : ils ont 10 à 15 ans d'avance sur nous en ce qui concerne le respect de la nature. Nous, Français, sommes les parents pauvres au niveau de l'éducation de la plongée. Aucun cursus environnemental n'est prévu au niveau I. Alors, ceux qui coupent les oursins en deux en Méditerranée, qui s'affalent sur un champ de posidonies, sont aussi ceux qui cassent le corail en Mer Rouge. La formation française est de type militaire, sans aucun rapport avec la réalité de la plongée loisirs. Comment voulez-vous qu'un niveau II qui débarque ici, en zone corallienne, sans aucune plongée d'exploration en mer, sache s'équilibrer correctement! Impossible ! Pourtant, la France avec ses départements et territoires d'Outre-Mer, dispose aussi de zones coralliennes. Or, ses ressortissants ne possèdent aucune culture liée à cet environnement. Regrettable."


A Safaga, Gérard Besse
ne cesse de parler prévention
aux plongeurs.
Yann Saint-Yves ©


Les briefings de tous les moniteurs que nous avons rencontrés, que ce soit dans les centres Seafari de Hurghada ou Dune de Safaga, sont suffisamment explicites, mais chaque plongeur se déresponsabilise facilement, haussant les épaules : " Mon expérience me dispense de toutes ses précautions. C'est bon pour les débutants. Ca ne risque pas de m'arriver! "



Répression

Le corail est délicat et sa croissance extrêmement lente. Il est épouvantable de le voir sacrifié par des coups de palmes intempestifs, par ces plongeurs nouvellement diplômés - ou dûment certifiés !!!- qui s'estiment de parfaits Dieux de l'Eau et qui s'étonnent incongrûment qu'on leur témoigne de l'hostilité pour avoir cassé en quelques secondes ce que la Nature a mis si longtemps à édifier.


Les autorités locales militent pour la
sauvegarde des sites.
Yann Saint-Yves ©


Triste à pleurer, sous le masque et en dehors. Malgré les briefings, malgré les mises en garde sur les bateaux, malgré les affiches placardées en ville..., les palmes traînent, les plongeurs trop plombés atterrissent sans mégarde sur des patates de corail, des alcyonnaires ou des gorgones. Les ustensiles de plongée (manomètre, double détendeur, console) pendent de toute part et tapent sur le corail au lieu d'être rangés... Pour faire chic, pro ou tek, certains estiment même qu'il faut se promener avec des palmes de chasse ! Gigantesques, inutiles et surtout terriblement meurtrières.

Il y a vingt ans que les rangers de la Grande Barrière de Corail en Australie ont compris le danger qui menaçait leur patrimoine national. Un mégot de cigarette jeté à la mer et c'est un plongeur qui cesse immédiatement de s'immerger. Banni pour la fin de croisière.

Pas un bateau ne s'aviserait de jeter son ancre sur le corail, il serait aussitôt dénoncé par ses confrères ou par les petits avions qui survolent la grande Barrière. Le propriétaire du bateau et le capitaine iraient au tribunal et perdraient à vie leur licence d'exploitation du récif, sans compter l'amende colossale qu'il leur faudrait débourser.

Les Egyptiens ne disposent pas de ces onéreux moyens de surveillance. Ils possèdent un bateau pour en surveiller des centaines d'autres ! Les clubs sont incapables, pour des raisons commerciales, d'interdire à certains plongeurs l'accès aux sites.

Mais alors... soyons au moins conscients, nous plongeurs, nous les invités de Neptune, de la fragilité de cet écosystème et soyons les garants de la beauté et de la pérennité des sites. Pour que nos enfants puissent s'émerveiller un jour. Comme nous.

Pour que plus jamais un biologiste ne soit obligé d'autopsier une tortue qui a ingurgité un sac en plastique, en l'ayant confondu avec une méduse.

Martine Carret & Yann Saint-Yves


Message compris!
On plonge avec les yeux.
Martine Carret ©






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