UNE ORGANISATION DE SAUVEGARDE DES RECIFS A VU LE JOUR EN 1992

HEPCA, déesse protectrice de l'environnement




Au début des années 80, la Mer Rouge devient une destination privilégiée pour les Européens et les plongeurs se font de plus en plus nombreux aux terminaux des grandes aérogares du vieux continent. En Egypte, Hurghada possède un aéroport international où les longs et moyens courriers peuvent se poser, ce qui permet à cette ville de bord de mer d'accueillir des avions en provenance d'Europe et d'Asie. Face à l'afflux incessant de plongeurs pas toujours expérimentés ainsi que des bateaux qui les accompagnent, l'essor massif du tourisme marin dans cette région augmente les dangers qui guettent récifs coralliens et rivages. Les ancrages sauvages à proximité des sites de plongée ont ainsi massacré une surface considérable de coraux.

En l'absence de règles précises édictées par le gouvernement, une poignée d'Egyptiens, conscients de la fragilité de ce patrimoine vivant, créent l'HEPCA en 1992 : Hurghada Environmental Protection and Conservation Association, organisation non gouvernementale de protection de l'environnement, qui regroupe une douzaine de clubs de plongée de Hurghada et Safaga. Chacun verse une cotisation au gouvernement qui est redistribuée à l'HEPCA, après taxation. Mais les différents intervenants de la chaîne s'octroient chacun un copieux bakchich (NDLR : commission).


L'organisation prône
des règles strictes.
Yann Saint-Yves ©


Les sommes finalement perçues par l'HEPCA permettent tout de même l'installation de 250 mouillages permanents, mais les bouées s'usent, se dispersent, et parfois même, sont subtilisées. Les centres se désengagent peu à peu, déçus de voir leur cotisations détournées. Les dirigeants d'HEPCA font alors appel à des aides internationales : les Etats-Unis par le biais de l'agence USAID (United States Agency for International Development) et l'Europe fournissent 250 nouvelles bouées. Les capitaines locaux reçoivent une formation et n'auront pas le droit de s'ancrer autre part que sur les bouées. Si un mouillage est déjà occupé, le nouvel arrivant doit se mettre à couple du bateau présent.


L'équipe d'intervention d'HEPCA.
Yann Saint-Yves ©


Pour permettre de contrôler l'application de ces nouvelles règles, un bateau de surveillance est offert par les Américains. Mais les Egyptiens n'ont pas la maintenance nécessaire pour le conserver en état de marche et il est aujourd'hui inutilisable. Fin 1997, l'attentat à Deir El Bahari, temple de la reine Hatchepsout situé près de Louxor, ferme la vanne touristique. L'Egypte est désertée. HEPCA touche le fond et périclite.



Renaissance

Depuis octobre 2001, l'HEPCA renaît de ses cendres, grâce à des fonds de la communauté européenne, de l'USAID et par la volonté d'une poignée d'hommes conscients des dangers grandissants qui guettent le milieu marin de la mer Rouge. Elle réunit désormais 36 clubs, dont celui de Zoheir Kheir El-Din, dit " Zizo ", qui dirige maintenant le Awlad Baraka Camp, près de Marsa Alam.

Sur la plage où se trouve le local de son club, Zizo raconte l'épopée environnementale de la côte égyptienne de la Mer Rouge : " Un ministère de l'environnement a vu le jour en 1999, qui a repris l'activité de l'EEAA, l'Egyptian Environmental Affairs Agency, une agence qui tentait avec de faibles moyens d'avoir une action sur la nature. Basée à Hurghada, cette agence qui employait un Egyptien et un Américain, possédait un département marin et un autre, terrestre. En 94, elle employait six rangers et un Zodiac pour les patrouilles, ce qui est vraiment insuffisant pour surveiller 800 km de côtes et 22 îles ! En 1996, il y avait dix rangers.
Financée par le gouvernement égyptien et l'aide américaine, elle compte maintenant 35 rangers. Mais c'est encore trop peu ! "


Zoheir Kheir El-Din,
dit « Zizo »,
membre actif d'HEPCA.
Yann Saint-Yves ©


Perdant son regard en direction du fabuleux lagon de Samadai, Zizo ajoute, pensif : " L'Egypte a des problèmes bien plus colossaux que ceux de l'environnement à résoudre. La protection de l'environnement est un souci que seuls les pays riches peuvent prendre en considération. Ce n'est pas encore la priorité de notre gouvernement. Nous comptons vraiment sur les aides extérieures et nous vous lançons un appel au secours. Nous avons besoin de sponsors, de financements, de dons en nature... "



Charité bien ordonnée

Un récif frangeant longe la Mer Rouge. Il n'y a donc presque pas de plages, mais un platier étendu, et les hôtels ont toujours tendance à construire des jetées sur le corail pour accéder à la mer ou à casser le corail pour créer des bassins.

La loi n° 4 de 1994 sur l'environnement, interdit " tout abus, toute activité qui nuit à l'environnement... ". Désormais, un propriétaire de terrain doit effectuer une étude préalable d'impact sur l'environnement et respecter scrupuleusement la charte EIA (Environment Impact Assessment), évaluation de l'impact sur l'environnement, pour avoir le droit de bâtir. Pendant la construction, des rangers viennent régulièrement vérifier le déroulement des opérations. En cas d'entorse aux règles environnementales, ils lancent une procédure d'arrêt de la construction. Si le chantier à dégradé l'environnement, une amende est dressée, et selon la gravité des dégâts, le chantier doit être mis en conformité, ou bien détruit. Si un promoteur a causé des dégâts irréparables, il peut se voir infliger une amende de plusieurs dizaines de milliers d'euros. Les responsables encourent même des peines de prison. Les autorités locales ont pris conscience du besoin de protéger ce patrimoine fragile : " Sahad Abu Reida, le gouverneur de la région de la Mer Rouge, nous aide beaucoup en ce sens ", confirme Zizo.



Pêche excessive

Vers les années 1980, il y a eu une recrudescence importante de la pêche à la dynamite, qui n'a heureusement pas duré trop longtemps. La pêche des requins est désormais interdite : avec d'autres espèces terminales dans la chaîne alimentaire (comme les mérous, les barracudas, par exemple), ils permettent une régulation efficace des espèces de récif, en le débarrassant des animaux trop faibles, vieux ou malades. Cela évite que les espèces ne pullulent de façon désordonnée et ne dégénèrent.


Embarcations traditionnelles.
Yann Saint-Yves ©


Il faut savoir que la Mer Rouge est un vrai désert liquide, dans lequel la vie se concentre seulement autour du récif corallien. Dans le bleu, c'est vide, il n'y a pas de poissons, donc pas de filets. Les petits pêcheurs traditionnels rabattent le poisson avec des massues, en tapant sur le corail affleurant à la surface de l'eau. Ils pêchent à peu près tout, même les poissons anges qui, une fois séchés, deviennent de la nourriture pour les poulpes qui sont plus côtés. L'absence de ciguatera (NDLR : algue toxique) les autorise à ne pas faire de tri dans leur prises.

Or la vie récifale ne se reproduit que très peu à cet endroit : 3% par an. C'est un écosystème autarcique, fermé. Dès que la pêche pratiquée rejoint ce seuil, les récifs régressent ! Même si la méthode employée est impressionnante, ces petits pêcheurs n'abîment pas réellement le récif, sur le long terme.

" A la fin des années 90, la capacité touristique a été multipliée par trois, explique Zizo. En haute saison, Hurghada reçoit 60 000 à 80 000 personnes par semaine. Et il faut bien les nourrir ! La surpêche devient un gros problème. Les pêcheurs sont venus de toute la vallée du Nil avec leurs familles, attirés par le travail à Hurghada : mérous, perroquets sont pêchés, et même le Napoléon ! Hurghada a perdu tous ses poissons en trois ans car la forte demande a entraîné cette pêche excessive. Pour que le récif se régénère, les autorités de protection de l'environnement se sont donc affairées à créer de nouveaux emplois pour ces pêcheurs. Comme ils connaissent bien les fonds, beaucoup travaillent maintenant comme capitaines pour les clubs de plongée, ou sont employés par les organismes de protection de l'environnement. "


Dommage que certains anges-empereurs terminent comme appâts pour poulpes.
Martine Carret ©




Des greffes de concombre...

Un autre type de commerce à malheureusement fleuri dans la région : les Chinois sont venus lancer une pêche massive de concombres de mer ou holoturies, qu'ils considèrent comme aphrodisiaques et achètent à prix d'or. Encore un élément qui joue en faveur du déséquilibre du milieu naturel, même s'il se heurte à présent à la fameuse " loi n°4 sur l'environnement ". Alors la solution idéale existe-t-elle ?


Le récif mérite d'être protégé.
Yann Saint-Yves ©


D'après Zoheir, oui : " Il faut, premièrement une prise de conscience de toute la population dans cette zone, deuxièmement des lois et des sanctions qui aillent dans le sens de la protection, et troisièmement, des solutions de rechange pour les locaux qui vivent grâce à des activités qui doivent disparaître ". Mais dites-moi Zizo, n'est-ce pas le credo de l'HEPCA ?...


Yann Saint-Yves

Pour plus de renseignements :
- Site web d'HEPCA: www.hepca.org