SUBTILISEE AU NEZ DES FRANCAIS, LA VEDETTE A ETE RETROUVEE EN ISRAEL

Noël à Cherbourg pour 007



En 1969, un soir de Noël pas comme les autres s'annonce dans le port de Cherbourg : cinq vedettes lance-missiles, commandées à la France par Israël et mises sous embargo par le général de Gaulle, se volatilisent à la barbe des autorités. Elles réapparaissent dans les eaux territoriales israéliennes, où elles entrent officiellement en service. En 1992, l'une d'elles, baptisée " Ahi Soufa " (Tempête), prend ses nouveaux quartiers, par vingt-quatre mètres de fond en face d'Eilat. Désarmée et débarrassée de ses matières polluantes, elle a été immergée à une centaine de mètres du rivage.


Le rendez-vous est fixé au Red Sea Sports Club. Aujourd'hui, le soleil fait shabbat (fête traditionnelle juive, où tout travail est proscrit), ce qui n'est pourtant pas son habitude dans cette contrée, arrosée de seulement 25 millimètres de pluie par an. Derrière le comptoir du club, un moniteur définit le lestage idéal, au vu de ma combinaison, de ma carrure, et de mon carnet de plongée.
On peut leur faire confiance : ils ont l'habitude, et au pire, vous aurez à gonfler un peu la stab en cas de surcharge, ce qui est mieux que de passer sa plongée avec les palmes qui s'agitent frénétiquement pour tenter de rester loin de la surface...
La sanction tombe : 18 livres.
Je veux bien admettre que certains récents excès m'aient fait gagner quelque surcharge pondérale gracieusement placée, mais là, franchement, ça fait beaucoup. Enfin, confiance, a-t-on dit, confiance...
On termine la vérification du matériel et l'attrait de la fameuse épave commence à démanger ma curiosité : Prend-on un 4x4 ou un bateau ? Où embarque-t-on ? C'est loin ? Alon, notre moniteur, nous regarde du coin de l'oeil en souriant :
" On y va...à la palme. Vous me suivez. " Oh, petit, tu m'escagasses...

Epave déposée

On traverse gentiment la route qui sépare le club de la mer. Entre un café sur le front de mer et le début de la réserve naturelle d'Eilat, s'ouvre une petite plage de vingt mètres à peine. Prenant soin d'éviter l'habituelle population d'oursins-diadème qui ornent toute la côte, nous nous mettons à l'eau, suivons les dernières recommandations avant l'immersion. La familiarité des poissons me remet en mémoire la proximité immédiate de la réserve naturelle : ils viennent voir, curieux, ces poissons noirs qui font des bulles...


Martine Carret ©

La douce pente du tombant s'est aplanie depuis quelques minutes, quand une masse imposante se détache de l'uniformité du bleu. En nous approchant, les couleurs se contrastent, les contours se précisent. Le bâtiment semble avoir été surpris par une très grande marée : son parfait état général, et surtout sa droiture nous montrent qu'il a véritablement été " déposé " à cet endroit.


Martine Carret ©

Presque parallèle au rivage, la proue pointée au Nord, l'épave, qui mesure 27 mètres de long et s'étale sur 13 mètres de haut, nous offre d'abord son flanc bâbord, que nous parcourons doucement à la recherche hypothétique d'un élément à découvrir. Accrochée aux petites aspérités de la coque, une gorgone abrite de petites pousses de corail noir. C'est une joie de voir çà, car je m'étais entendu dire qu'on n'en voyait plus qu'à des profondeurs inavouables. Le corail noir est une espèce que certains " minus potens " préfèrent voir en pendentif plutôt que " in situ ", ce qui explique sa raréfaction. Ses branches sombres, comme entourées d'une aura blanchâtre, abritent souvent des petites espèces comme des apogons ou des poissons-faucons. Les pousses que nous admirons ici n'ont pas encore la taille d'abriter quoi que ce soit. J'espère vivement qu'une prochaine fois, ce sera le cas, mais je n'ose y croire, malheureusement.

Mâture colonisée

Remontant vers le pont, en direction de l'arrière, nous longeons la coursive et survolons la cale arrière. Au fond de celle-ci, un enchevêtrement de structure métallique sert de terrain de jeux à quelques bancs de petites espèces et à des anges-empereurs.

Partout, les trappes de visites ont été condamnées par de gros treillis de métal, qui autorisent quand même le coup d'œil aux curieux. Du fond de la cale, un regard vers le haut permet d'admirer l'imposante mâture, colonisée de corail mou. En sortant, au niveau du pont, le profondimètre affiche à peu près vingt mètres. Ça reste très raisonnable. La coursive sur tribord est aussi bien conservée que le reste, même le garde-fou est presque intact. A l'étage du dessus, la vigie de tribord, où l'on reviendra après avoir visité la cale avant, accessible par une ouverture circulaire de deux mètres de diamètre.
Par ce gros sas sans porte, un petit corridor débouche sur une salle aveugle, qui doit être tout près de l'étrave.


Martine Carret ©


Martine Carret ©

La seule lumière qui filtre ici à pris le même chemin que nous. Claustrophobes, s'abstenir. En entrant, dans cette pièce noire, on se prend soudain à craindre qu'un ptéroïs ou une murène ait eu la même idée. Une fois au bout de cet espace clos, la vision de corridor qui s'ouvre sur la cale éclairée est de toute beauté. Un peu partout, des ajours dans le sol laissent entrevoir la structure du bateau. Je quitte l'endroit presque à regret, retournant vers la lumière, direction la passerelle.

Poste de pilotage

Là, ce n'est plus une épave, c'est un zoo. Il y a des ptéroïs dans tous les recoins ! Sur le plat bord d'un des postes, un poisson-scorpion nous regarde de son oeil vert. Un as du camouflage. J'entre dans le poste de pilotage : un peu partout, des trous remplacent les instruments de navigation.

Quelques câbles électriques sortent de-ci, de-là. Sur la console, un très gros ptéroïs volitans, sous la console, au niveau du plancher, même chose ; par acquis de conscience, un coup d'oeil vers le haut (qui ne l'est pas), là aussi. Pas vraiment intimidés ! Il ne faut pas trop les embêter chez eux, quand même. Le temps de faire quelques photos, et on ressort bien poliment.


Martine Carret ©

Au centre du bateau, la mâture : s'élevant à plus de 10 mètres du pont, est complètement colonisée par des alcyonaires, et sert d'abri à de nombreux poissons dont un très gros mérou céleste, timide mais pas sauvage. Si l'on regarde vers la surface, on voit l'imposante armature qui se dilue dans la clarté des rayons du soleil. Il fait donc à nouveau beau en surface ! En s'approchant du corail mou, on peut y voir de nombreux sygnates, cousins des hippocampes.


Martine Carret ©

Et toujours des ptéroïs. Dans les recoins les plus sombres, il n'est pas rare de croiser un diodon armé. De part et d'autres du navire, les deux vigies sont, elles aussi, pleines de corail et leurs rambardes abritent de petites murènes tachetées. En dépit de leur taille, elles pourraient décourager certains de tenter de prendre la pose à cet endroit. Déjà 40 minutes sur l'épave, et le niveau du manomètre me rappelle que je n'ai pas de branchies. Et les moniteurs du coin n'ont vraiment pas l'habitude de remonter avec des plongeurs qui ont séché leur bloc. Encore deux ou trois petits tours, accompagnés de regards attentifs, comme pour graver quelques derniers détails dans la mémoire, et nous laissons le navire continuer son repos, en attendant une nouvelle visite.

Les rayons du soleil dansent dans l'eau, alors que s'égrainent nos minutes de palier. Nous sortirons donc de l'eau sous le soleil ! Pendant que le ciel virait au bleu, notre palanquée tournait au violet, et c'est avec bonheur que nous retournons au club, nous sans avoir fait une halte au café de la plage, où ils servent un thé-nana (à la menthe) bien revigorant.

Yann Saint-Yves





Guide Pratique

  • Adresse utile:

    Red Sea Sports Club
    Royal Beach Promenade
    P.O. Box 4151
    Eilat 88100
    Israël
    Tél: (972) 8 633 36 66
    Fax: (972) 8 633 33 07
    Email : manta1@netvision.net.il