Elle a voulu être monitrice d'équitation, puis vétérinaire. De la banlieue parisienne où elle a passé son enfance, Sophie Donio est partie en Israël. Tour à tour guide dans le désert du Sinaï, puis monitrice de plongée, cette licenciée ès psychologie a finalement découvert sa voie. Désormais, les dauphins d'Eilat, qui vivent au " Dolphin Reef ", un enclos ouvert en permanence sur la Mer Rouge, comblent sa vie palpitante.
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Tendrement, maternellement, avec une douceur infinie, Sophie Donio approche sa main du
museau de Pashoh, une femelle dauphin de la famille des tursiops truncatus, âgée de neuf
ans et demi, qui souffre d'une allergie. Elle applique une pommade sur son nez, sans que
le cétacé ne bronche. Entre Sophie et Pashosh, la confiance est totale et
réciproque. Elles se connaissent bien. Aux côtés de Sophie, Yann, cinq ans,
observe sa mère. Lui aussi connaît bien les dauphins.
On peut même dire que les
dauphins l'ont adopté avant sa naissance : " Au tout début de ma grossesse,
explique Sophie. Ils venaient scanner mon ventre lorsque je nageais avec eux.
Ils étaient intrigués, leur sonar leur indiquait la présence d'un autre être
humain. Plus je grossissais, plus le bébé bougeait et plus ils venaient. Ce
n'est plus moi qu'ils désiraient voir, mais mon ventre et ce qu'il y avait
dedans !
A deux mois, Yann nageait déjà avec eux. Mais leurs réactions étaient
bizarres. Ils ne semblaient pas intéressés par le bébé. Peut-être en avaient-ils
peur, car il était tout petit. Puis ils se sont apprivoisés mutuellement. " |
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Sophie soigne, mais distribue aussi des poissons. Quelques kilos, pas plus.
Chaque dauphin possède sa ration, répartie dans plusieurs seaux. Les entraîneurs
se postent à divers endroits du bassin de 80000 mètres carrés et donnent à
chacun son dû. Les doses sont insuffisantes pour couvrir les besoins quotidiens
des cétacés qui doivent continuer à chasser pour se nourrir. Soit ils
pourchassent les poissons qui passent à travers les mailles du filet, soit ils
sortent chasser en pleine mer. Ce sont eux qui décident, l'ouverture qui existe
dans les filets du Dolphin Reef étant ouverte 24 heures sur 24. Les femelles qui
allaitent bénéficient de plus de nourriture que les autres. Elles ne sortent
pas chasser, sachant que le monde extérieur peut être dangereux pour leurs
petits. |
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Le public assiste au nourrissage des animaux, auxquels aucune acrobatie n'est
demandée en échange. Les dauphins ne sont pas liés par un stimuli " nourriture
-récompense ", comme c'est le cas dans tous les delphinariums du monde. Il
existe une heure pour la nourriture, qu'ils connaissent. Personne ne se trouve
dans l'eau à ce moment-là. Les entraîneurs en profitent pour les examiner,
vérifier qu'ils sont en bonne santé et leur demandent de réagir à certains
gestes. " Ils savent qu'on peut les aider et viennent à nous spontanément quand
ils sont malades ou blessés, précise Sophie. "
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PLAISIR |
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Le soleil irradie de rouge les montagnes jordaniennes, juste en face. Les dauphins sautent, heureux, dans le soleil qui se couche très tôt. Jamais les treize cétacés ne sont ensemble dans le Dolphin Reef. Il y en a toujours à l'extérieur : " La mer leur est ouverte, souligne Sophie. Ils sont libres, mais on aime garder un œil sur eux, on les observe de loin, car c'est la jungle à l'extérieur et on ne peut pas les protéger de tous les dangers qu'ils connaissent dans la vie sauvage. On veut éviter qu'ils se prennent dans les hameçons ou les filets des pêcheurs. On sait qu'ils ne vont pas près des villes d'Aqaba, en Jordanie ou de Taba, en Egypte. Ils restent dans la baie d'Eilat. " |
Quand ils ont envie de compagnie, ils s'approchent des plages. Mais là aussi,
c'est dangereux pour eux. Sans le vouloir, les hommes peuvent toucher leurs
évents, abîmer leurs ailerons, les nourrir avec n'importe quoi, jeter des sacs
en plastique qu'ils vont avaler par mégarde. Les soigneurs ont déjà dû dégager
des hameçons dans les intestins de cétacés blessés. Récemment, deux jeunes ont
été perdus, noyés dans des filets : " Avec les dauphins, la vie est faite de
joies et de tristesses", commente sobrement Sophie.
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S'ils décident d'escapades nocturnes ou de chasses en plein jour, les dauphins maîtrisent aussi les contacts et le sort qu'ils réservent aux humains. Soit ils viennent, soit ils les délaissent, mais jamais aucun moniteur de plongée ou un entraîneur ne leur donnera l'ordre de venir voir quelqu'un. Les jeux, les câlins ou l'entrée des plongeurs dans le bassin ont lieu à des horaires décalés de ceux du nourrissage. S'ils se précipitent pour taquiner nos palmes, c'est par attrait pour nos yeux écarquillés dans le masque et non pour le poisson qu'on cacherait dans la stab! L'animal a toujours le dernier mot. Et quand il décide de s'approcher, quel bonheur ! Que ce soit hors de l'eau ou en surface. |
SENSUALITE |
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Ronni Zilber, le créateur du Dolphin Reef est un biologiste. C'est avec sa
volonté qu'est né ce Delphinarium qui n'est pas un parc d'attractions
sensationnelles où les animaux exécutent des tours pour être nourris. Il a
toujours eu la volonté de privilégier l'animal. L'endroit est conçu pour leur
tranquillité, ainsi que pour celle des hommes. Des matériaux naturels ont été
choisis pour les constructions, le bar, le snack, le club de plongée, les
piscines. De la petite plage de sable blanc, on peut observer les animaux sans
les troubler. |
![]() S'ils le désirent, les dauphins viennent voir les humains qui se baladent sur les pontons. Yann Saint-Yves © |
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En août 90, des dauphins russes arrivent de Mer Noire. Hindu s'accouple le soir
même avec Dicky. " Elle leur a expliqué comment était le parc, raconte Sophie.
Lui imitait tout ce qu'elle faisait. Puis elle a progressivement été rejetée du
groupe. Dicky a été le dernier à la repousser. Elle a alors reporté toute son
affection sur moi, elle se collait à moi, elle nageait avec moi. " Hindu, qui
souffre du comportement de ses congénères se laisse dépérir. |
PARC EVOLUTIF |
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Au départ, les dauphins étaient enfermés totalement. Puis au bout de cinq ans,
la Mer leur a été ouverte. Un risque énorme, car ils auraient tous pu déserter.
Ils sont restés. Les femelles mettent des petits au monde, signe qu'elles sont
heureuses. Un endroit du filet leur est exclusivement réservé et n'est
accessible à aucun être humain. Les dauphins le savent. S'ils désirent la paix
totale, ils se réfugient dans leur domaine. S'ils veulent aller à la rencontre
des hommes, ils le peuvent. Ce ne seront jamais des animaux domestiques qui
réagiront au doigt et à l'œil. Et c'est tant mieux ! |
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Attirés par les plongeurs, ils ont vite compris que ceux-ci rentraient par une
trappe dans le filet. Et du bout du nez, ils poussaient l'ouverture et
pénétraient sur la plage. Les gens réagissaient de manière hystérique, en
croyant voir des requins. Certains par contre voulaient les toucher n'importe
où, les attraper par leurs ailerons. " Face aux hommes, ils étaient en danger,
ajoute Tal Takumi, chargée des relations publiques. On sait éduquer les
dauphins, mais pas les gens ! " |
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La trappe a donc été fermée il y a quelques temps. Les plongeurs accèdent
aujourd'hui à l'univers des dauphins à partir d'un petit banc de sable peu
profond, qui s'évase dans leur enclos où a été coulée une coque de bateau. Un
reef coloré est né, avec toute la faune habituée des lieux: poissons clowns,
papillons, perroquets... |
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" Le dauphin est un animal sensuel et chacun a son moniteur préféré, poursuit
Sophie. Shy est très sauvage, c'est une maman hystérique. Elle s'approche de
très peu de gens. Elle aime les enfants à problèmes, qu'elle laisse alors
s'approcher. Domino , c'est la plus belle, la plus crâneuse. Elle est aimée des
hommes et des dauphins. Dana est aveugle d'un œil. C'est le garçon manqué de la
troupe. Elle a plus de marques sur le corps que les autres femelles. " |
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Il n'y a pas que les hommes qui aiment les dauphins. Chaque jour, un chien, Joker, vient de la ville en stop. Les habitants d'Eilat le connaissent et lui offrent l'hospitalité dans leurs voitures. Il passe ses journées avec les dauphins, les observant du ponton ou s'ébrouant avec eux dans l'eau… Puis, au coucher du soleil, il repart, aussi dignement qu'il est venu. |