IL EXISTE UNE POSSIBILITE DE VOIR DES CETACES EN ZONE CARAIBE

A la recherche de cétacés



En compagnie des Heures Saines, l'association Evasion Tropicale propose des sorties à la demi-journée pour observer les cétacés qui vivent dans les parages de la Guadeloupe. Avec un peu de chance, les animaux sont parfois au rendez-vous.


Le Cata-Dive est à quai. Ce somptueux catamaran équipé pour la plongée sous-marine peut accueillir 36 personnes à bord, sans que l'on se gêne. Cet après-midi, les combinaisons et autres détendeurs ont été remisés au placard. Ils ne serviront pas. Personne n'aura le droit de se mettre à l'eau. En collaboration avec le club des Heures Saines, l'association Evasion Tropicale utilise le Cata-Dive pour partir à la recherche des cétacés qui vivent dans les eaux guadeloupéennes. On observera, on photographiera, mais de loin.

Alors que Loran prend les commandes du bateau, Renato Rinaldi se présente comme un guide de la mer. C'est lui qui orchestrera les opérations. Installé en Guadeloupe depuis 1988, il a créé avec son épouse Caroline, spécialiste des tortues marines, l'association Evasion Tropicale, dans le but de recenser les espèces de tortues, baleines et cétacés de la zone caraïbe. Il nous explique quelles sont les différences entre les cétacés à dents (odontocètes) et ceux à fanons (mysticètes). Sur les 80 espèces recensées à travers le monde, 28 sont susceptibles d'être étudiées ici. Mais la rareté de la population mondiale des baleines bleues ou la discrétion des baleines à bec fait que la probabilité d'en observer durant vos vacances sera fort rare.


Dominique, Loran et Renato, l'équipage du CataDive.
Yann Saint-Yves ©



Quand un dauphin vient en surface pour respirer...
Yann Saint-Yves ©


Par contre, il est plus vraisemblable que vous allez rencontrer des dauphins ou des globicéphales qui vivent ici toute l'année : " Nous avons un groupe d'une dizaine de grands dauphins (tursiops truncatus) qui est sédentaire et qui vit au bord de la côte, annonce Renato. Le tursiops, c'est celui de votre série télévisée favorite : Flipper ! " Avec un peu de chance et de patience, vous pourrez même surprendre des cachalots qui " habitent toute l'année sur zone, même si les mâles partent une fois la reproduction assurée " ou des baleines à bosse lors de leurs migrations hivernales, de décembre à mai.

Dix-huit espèces ont déjà été étudiées par l'association. Renato précise encore que ce sont des mammifères marins, qui doivent venir en surface pour respirer, ce qui nous offre une possibilité de les voir. Autre point commun avec l'espèce humaine : les femelles donnent naissance " à des petits formés, qu'elles allaitent pendant des durées variables. "



Consignes

Il souligne que l'observation des cétacés est " un privilège rare et que le danger de les perturber existe ". Aussi, pour la pratique de cet écotourisme baleinier, une charte de bonne conduite a-t-elle été mise en place. Ce texte n'a aucune valeur légale, il engage juste ses acteurs à utiliser leur bon sens et leur intelligence. La région et le parc national de la Guadeloupe, la direction régionale de l'environnement, Evasion Tropicale, les Heures Saines et d'autres encore se sont engagés à utiliser des méthodes spécifiques pour l'approche des animaux, règles qui diffèrent selon qu'ils se déplacent, sont regroupés ou séparés. Les bateaux sont tenus de rester à une distance de cent mètres, le bruit doit être réduit, les petits non accompagnés doivent être évités. Si un jeune trop curieux vient à la rencontre du bateau, le moteur doit être aussitôt coupé pour empêcher que son attrait pour l'hélice ne se transforme en catastrophe. Il faut aussi veiller à ne pas provoquer l'éclatement des groupes d'animaux.


Renato veille à ne
pas perturber les animaux.
Yann Saint-Yves ©


Rien à redire sur cette conduite, qui privilégie les animaux plutôt que notre bonheur, d'autant que pour une fois, seule la bonne conduite des hommes est mise en œuvre, sans législation officielle...


Killian, 7 ans, profite
de chaque moment.
Yann Saint-Yves ©


" Une femelle et son petit ne doivent jamais être approchés à moins de cent mètres, confirme Renato. Un cachalot peut décider de venir tout près. Il plonge durant une quarantaine de minutes environ, ensuite, il réapparaît. Les dauphins nagent très vite : 45 km/heure. Ce sont eux qui viennent vers nous. Essayer de nager avec eux ne servirait à rien : ils vont trop vite ! Nous ne nous mettrons donc pas à l'eau et nous ne nourrirons pas les animaux. Sachez enfin que le risque de ne rien voir existe aussi. Nous ne téléphonons pas aux animaux avant de venir. Les portables ne passent pas sous l'eau ! Ce sont des animaux sauvages, qui vivent en totale liberté, donc nous ne sommes pas en mesure de vous garantir leur présence, où que ce soit. Nous les rencontrons souvent, à 80%, mais ils arrive que l'on revienne bredouille. "



Bonheur

Une fois ces directives connues, le repérage visuel peut commencer et toutes les bonnes volontés sont mises à contribution. Chacun sort sur le pont du bateau et tente maladroitement de scruter l'horizon, d'apercevoir un souffle, un indice. Renato annonce ensuite qu'il va procéder à un repérage acoustique, à l'aide d'un hydrophone. " Un cachalot fait entendre des clics et des clacs. Un dauphin siffle ou émet des tics-tics... Nous profitons de ces sorties pour recenser les populations, notamment celle du grand cachalot (physeter macrocephalus). Nous photographions les nageoires dorsales et caudales. Nous mettons ensuite ces données sur ordinateur et nous essayons de voir si on retrouve les individus d'année en année. Si les femelles ont eu des petits, comment se constitue un harem. Nous correspondons aussi beaucoup avec les chercheurs qui se trouvent sur l'île de la Dominique."


Une recherche classique à
l'aide d'un hydrophone.
Yann Saint-Yves ©



Un groupe de dauphins
s'approche du bateau.
Yann Saint-Yves ©


Nous sommes au large de la côte sous le vent. Le bateau a stoppé sa course. Nous attendons. D'après les indications de Renato, qui nous fait écouter les sons émis par les animaux, un groupe de dauphins se trouve non loin. Après quelques minutes d'attente, les ailerons se dessinent dans le lointain. Un colonie s'ébat au large, visiblement en train de chasser, comme en témoignent les oiseaux qui frôlent l'eau au-dessus des dorsales sombres qu'on devine sous la surface. Il y a festin cet après- midi et les oiseaux se sont invités au repas... Ce sont eux qui peuvent aussi nous signaler la présence d'un banc de cétacés en train de chasser.

Monopole

Les dauphins observés ce jour-là sont des dauphins tachetés pantropicaux (stenella attenuata). Cette espèce vit en groupe d'environ 50 individus. Ils aiment jouer et chevaucher la lame d'étrave des bateaux. Les contempler en train de sauter en l'air et un vrai régal. Ils tourbillonnent et retombent gracieusement dans l'écume qu'ils soulèvent. Le poids maximal d'un tel animal est de 120 kilos, pour une moyenne de 80 kilos. Sa taille varie de 1,70 mètre à 2,30 mètres.

Durant deux heures, ils vont nous offrir un festival de sauts, de frôlements, se cachant et partant au loin pour mieux revenir vers nous. Un petit teste sa capacité à folâtrer et à sauter. Il se dresse, la queue en l'air et retombe avec un " splash " bruyant. A la proue du bateau, une jeune fille s'est confortablement installée à demeure. On regrette que Renato, contrairement à d'autres opérateurs que nous avons rencontrés à travers le monde, n'ait pas eu l'idée d'instituer un système de roulement, pour que chacun profite au maximum des animaux qui s'ébattent dans l'étrave...


Une jeune fille va
monopoliser la proue.
Yann Saint-Yves ©


Le cachalot espéré n'a pas eu le bon goût de venir nous chatouiller sur le Cata-Dive. Tant pis, ce sera pour une autre fois ?


Concours de dessins
d'enfants.
Yann Saint-Yves ©


Le bateau rentre au port, alors que le soleil commence à baisser sur l'horizon. Renato invite les clients à le suivre au siège de l'association, où l'on peut acheter tee-shirts et affiches. Sur les murs du local, des posters, des dessins d'enfants. En l'an 2000, un concours a eu lieu sur le territoire et les dix enfants primés ont été emmenés en mer. " Nous essayons d'éduquer les enfants, car ce sont eux ensuite qui éduqueront leurs parents. Ici, il y a beaucoup de sacs plastiques rejetés en mer. Les animaux, dauphins, tortues, baleines... peuvent les avaler et en mourir. Il y a tout un travail d'éducation de la population à effectuer. Songez que pour le seul petit supermarché de Bouillante, 1000 sacs plastique sont distribués chaque jour ! Avec notre travail, nos expositions, nos affiches, nous espérons que certains comportements irresponsables vont évoluer, que les décharges en plein air vont disparaître. Mais cela prendra du temps. "

Martine Carret




Guide Pratique

  • Adresse utile:

    Evasion Tropicale
    Rue des Palétuviers
    97125 Pigeon-Bouillante
    Tél : 05 90 92 74 24
    Fax : 05 90 57 19 44
    Email : evastropic@wanadoo.fr
    Site web : www.chezcom/evastropic

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