POUR DESENGORGER LES ILETS PIGEON

Des épaves qui tombent à pic



Conscient de la fragilité des sites naturels et soucieux de leur pérennité, Dominique Déramé à décidé de diversifier les plongées à proximité des îlets Pigeon, il y a un peu plus de dix ans.


Le Gustavia

Sachant qu'une épave peut offrir la base d'un nouveau foyer de vie sous-marine, le directeur du Club des Heures Saines, Dominique Déramé a cherché un bateau auquel il offrirait une seconde vie.

Baptisé Géocéanique en 1953, un cargo de 49 mètres de long attirera son attention lorsque le cyclone Hugo de 1989 fera sonner l'heure de la retraite de ce bateau, renommé Gustavia depuis 1982. Les dégâts occasionnés rendant sa réparation beaucoup trop onéreuse, il croupit dans le port de Pointe-à-Pitre. Il attendra encore deux ans avant d'entamer son dernier voyage qui le mènera au centre de la côte sous le vent, au terme d'un an et demi de tractations avec l'administration. La mairie de Bouillante, comprenant l'intérêt que représente l'épave pour le tourisme, a financé la dépollution en règle du bateau. Dominique a obtenu en 1991 l'autorisation de saborder le bâtiment à quelques brasses de la côte, mais le bateau, prévu au départ pour reposer sur un fond peu profond, a coulé sur une quarantaine de mètres, rendant son accès impossible aux débutants.


Dominique connait les moindres recoins du bateau.
Martine Carret ©




Visite guidée

Dominique Déramé fait un check rapide et précis des directives : " Nous plongeons dans la courbe de sécurité, on essaie de ne pas passer plus de vingt minutes au fond. Au retour, paliers à 9, 6 et 3 mètres. Nous ne nous attarderons pas dans les cales, il n'y a presque rien à y voir. La passerelle arrière, l'hélice et la timonerie présentent plus d'intérêt ".
La descente se fait le long du mouillage relié à la mâture de la proue du bateau. Gisant droit par quarante mètres de fond, l'épave a déjà été adoptée par la flore et la faune locales : plus on descend, plus les colonies d'éponges et de gorgones y sont denses. Atteignant le plat-bord, notre palanquée prend la direction de l'arrière, glissant au-dessus des cales, puis le long de la coque, arrêtée dans sa progression par l'admiration contemplative des gorgones naissantes et des éponges ondulant dans le courant.

Descendant jusqu'à l'hélice, on y découvre un banc de surmulets ayant élu domicile à l'abri de la coque. Peu craintifs, ils déambulent à quelques dizaines de centimètres, et nous contournent avec dédain. Au profondimètre, quarante mètres s'affichent. Sous la coque, la colonisation semble moins marquée et l'absence de lumière rend les couleurs plus fades. Nous remontons vers la promenade arrière et suivons Dominique vers la passerelle. A l'intérieur, tout est méconnaissable, car la vie a tout envahi. Les couleurs se révèlent dans le pinceau de lumière blanche que l'on a emporté avec nous. Même habitués à la pénombre, les yeux ne peuvent percevoir aucune autre variante chromatique que le vert ou le bleu.

Nous avons abandonné quelques mètres plus haut le jaune, l'orange, le rouge et beaucoup d'autres. Au sol, une trappe s'ouvre vers le niveau inférieur… Intéressant, mais interdit. Il y a entre la surface et nous l'équivalent de 14 étages, alors aucun risque ne sera pris, d'autant que l'ordinateur commence à engranger des minutes de palier.

Remontée


Le palier de sécurité
se déroule calmement.
Yann Saint-Yves ©




Dominique nous fait quelques signes, et nous comprenons que la visite prend fin. Lors du trajet retour, deux anges français semblent nous narguer, juste au-dessus des cales, avant de disparaître dans le bleu. Nous remontons à l'oblique depuis le pont, la mature avant vient à notre rencontre. En haut du mât, un barracuda ondule doucement, nous dévisage quelques instants avant de s'en aller, ne nous laissant pour seule compagnie qu'un banc de demoiselles. C'est, paraît-il, un habitué de l'endroit. Après un premier arrêt à neuf mètres, puis un second à six, nous terminons la promenade dans un léger courant, par une dizaine de minutes entre trois et quatre mètres, imitant sans l'égaler le barracuda croisé quelques instants plus tôt. Comme d'habitude, la sortie de l'eau alimente la mélancolie… Alors on se plonge dans le planteur...



Le Franjack

Sorti en 1958 de chantiers navals suédois, un sablier de 50 mètres de long est longtemps employé à la récupération de moraines glaciaires avant de prendre racine à la Rochelle, en 1974, pour entamer une carrière dans des travaux de drainage. Rebaptisé " Gustavia " en 1982, il part voguer en Guadeloupe, mais lui non plus ne résiste pas au dévastateur cyclone Hugo de 89.

Sabordé près de la côte le 9 juin 1996, mais néanmoins à bonne distance des massifs de coraux, il est allé se coucher sur son flanc droit, sur un fond sablonneux de vingt-quatre mètres. Lors d'une tempête, Neptune a jugé bon de le redresser, ce qui en dit long sur ses sautes d'humeur dans cette région pourtant magnifique ! Depuis, il offre un abri à de nombreuses espèces de végétaux et d'animaux, pour le plus grand plaisir des plongeurs de tous niveaux. Comme pour le Gustavia, la mairie de Bouillante a financé le nettoyage du navire avant son immersion.


Les priacanthes, chasseurs nocturnes, se reconnaissant à leurs gros yeux
Yann Saint-Yves ©


Quelques minutes de bateau suffisent pour se rendre sur le site. Dès la mise à l'eau, on peut apercevoir l'imposante silhouette du Franjack, presque parallèle à la côte. Grâce à ce repère visuel, on descend en pleine eau sans aucune gène, ni désorientation. Un vrai plaisir ! On déambule dans les cales ouvertes, on descend dans la salle des machine où l'imposant moteur trône en maître silencieux. La prudence est de mise particulièrement à cet endroit, car il reste de nombreuses structures et enchevêtrements métalliques qui, corrodés, peuvent être blessants. Autour de la machine, sa cour, composées de vannes, d'armoires de contrôle, de tubes et de manomètres, rehausse sa majesté.


La silhouette du mât
Martine Carret ©


Un niveau au-dessus, de petites cabines d'accès facile cachent quelques poissons qui offriront volontiers leurs vives couleurs aux plongeurs ayant eu l'idée d'emporter une lampe. Dans une des pièces, un radiateur fait face à un petit lavabo, entre lesquels jouent quelques grogneurs et des rougets, amusante salle d'eau… Comme toujours, la maîtrise de sa flottabilité évitera un palmage inadéquat et le soulèvement d'un brouillard de particules. Dans le petit couloir qui mène vers le bleu, un escalier s'enfonce dans les profondeurs du navire. Sortant de là, des cabestans inutiles sont posés sur le pont.

En cherchant une vue plus large du bateau, nous croisons des pagres qui, comme nous, longent les bastingages, jouant avec nous à une partie de cache-cache improvisée, acceptant finalement de se laisser admirer sans trop gigoter. Les bancs de vivaneaux, toujours à l'abri le long de la coque, poursuivent leur manège autour de l'épave en nous ignorant superbement. Le temps passe vite, trop vite, et les ordinateurs signalent tour à tour les dernières minutes avant les paliers. Il est temps de faire surface.

La tête à peine sortie de l'eau, les palanquées tombent le masque, révélant de larges sourires. Des bouches des plongeurs sort un flot d'onomatopées variées, des " Wouaaaa, Fouuuu, Haaaa ! ", des " T'as vu le banc de…, T'as remarqué la… ". Visiblement, les souvenirs ont été stockés en masse sur cette épave ! Derrière la barre du Yaisa, Dominique Déramé sourit et décoche un clin d'œil : " Ce serait bien si nous pouvions proposer une troisième épave à nos amoureux de la mer ! ". Quand tu veux, Dominique, quand tu veux.


Un ange français nous salue.
Yann Saint-Yves ©


Yann Saint-Yves




Guide Pratique

  • Adresse utile:

    Les Heures Saines
    Le Rocher de Malendure
    97132 Pigeon-Bouillante
    Tél : 05 90 98 86 63 ou 05 90 98 71 62
    Fax : 05 90 98 77 76

    Plage de Petite Anse
    Tél : 05 90 98 70 29
    Email : heusaine@outremer.com
    Site web : www.heures-saines.gp


     

    Hôtel-restaurant Le Paradis Créole
    Poirier
    97132 Pigeon-Bouillante
    Tél : 05 90 98 71 62
    Fax : 05 90 98 77 76
    Email : paradis-creole@outremer.com
    Site web : www.paradis-creole.gp


     



     



  • Les colibris sont insaisissables.
    Yann Saint-Yves ©