AU MILIEU DU CANAL DES SAINTES

Un Sec qui se mérite



Il y a dans la vie d'un plongeur des endroits ou des rencontres qui résonnent comme le chant de sirènes à ses oreilles. Le Sec Pâté fait partie de ceux-là. Et comme tout ce qui est exceptionnel, l'accès n'y est pas des plus faciles. C'est pour cela, entre autres, que le club des Heures Saines n'accepte d'y faire plonger que des niveaux II minimum, et confirmés encore. Une décision qui va dans le sens de la logique et de la sécurité.


L'expédition débute au club des Heures Saines vers huit heures du matin par la préparation du CataDive. Une fois les plongeurs et tout le matériel embarqué, c'est le départ vers les Saintes. Il est huit heures et demie. Trois quarts d'heure de mer plus tard, longeant la côte vers le sud de la Basse-Terre, nous chargeons quelques passagers supplémentaires à la marina de Rivière-Sens (qui est en fait le port touristique lié à l'ancienne " capitale ", Basse-Terre). Reprenant la mer, le Catadive franchit peu après le Canal des Saintes, puis arrive à destination vers dix heures. Ceux qui ne plongent pas ce matin peuvent aller profiter des petites ruelles enchanteresses de Terre-de-Haut, la ville principale des Saintes, ou louer un scooter pour se lancer dans un tour de l'île, ou encore partir à l'assaut du Fort Napoléon qui surplombe la baie en offrant un panorama exceptionnel.



Check-up

Le bateau des Heures Saines repart en direction du canal des Saintes pendant que les palanquées se préparent. Dominique Déramé organise le planning et briefe les plongeurs : " Il y a pas mal de courant, ici, alors voilà comment on fait : un premier passage sur le site lors duquel on largue deux moniteurs.

Ceux-ci vont installer deux bouées en surface, reliées à un mouillage sous-marin. Sous la deuxième, il y a un pendeur avec une bouteille et un détendeur : si quelqu'un en a besoin, vous n'avez qu'à ouvrir le robinet. Au deuxième passage, les palanquées 1 et 2 se mettent à l'eau et retrouvent leurs moniteurs sur la corde entre les bouées. Pas de panique, on vous dépose juste au-dessus, dans le sens du courant, comme ça, vous n'aurez quasiment pas besoin de palmer. Troisième passage, les palanquées 3 et 4 se rejoignent entre les deux bouées. Les autres auront déjà commencé leur descente le long du bout. En fait, dès que votre palanquée est au complet, vous descendez. En bas, essayez de ne pas aller au-dessous de 35 mètres. Vérifiez régulièrement vos ordinateurs, dès que l'un d'entre vous affiche trois minutes de palier, il remonte avec sa palanquée. Dans la mesure du possible, remontez le long du bout, sinon, restez groupés avec celui qui possède un parachute. Si une des palanquée n'en a pas, nous en tenons à votre disposition dans un casier. Bonne plongée ! ".


Martine Carret ©



Go ! Go ! Go !

Rien ne laisse supposer la présence du " sec ", en surface. Juste un point qui clignote sur le GPS de la passerelle. C'est pourtant ici, au beau milieu du canal des Saintes, à mi-distance de Basse-Terre et des Saintes, que ce piton rocheux quitte le fond à 300 mètres pour venir chatouiller la surface, 15 mètres sous la coque.


Martine Carret ©

Sur le signal du commandant, deux moniteurs sautent de la plate-forme arrière et disparaissent aussitôt. Le bateau se laisse dériver puis refait deux fois la même approche, en lâchant à chaque fois lesdites palanquées, au signal " Palanquée 1 : go, palanquée 2 : go...".
En surface, entre les bouées, le courant doit être à six ou sept noeuds. Sportif, mais on nous avait prévenus! La palanquée est complète, nous avançons vers la première bouée et entamons la descente, durant laquelle le courant diminue peu à peu. Les pitons se dessinent plus clairement. Leur couleurs se font plus chatoyantes à chaque instant.

Quittant le mouillage, la descente se termine sans fil, alors que les premiers habitants des lieux viennent à notre rencontre. Des carangues jaunes, des perroquets de feu, des anges royaux nous accueillent dans un feu d'artifice animal !
La descente se poursuit en douceur le long du piton nord, envahi de multiples variétés d'éponges et de gorgones, où différentes espèces de poissons, de crustacés et de mollusques viennent chercher abri et nourriture.

Moins 37 mètres. La lumière fait un peu défaut, mais l'oeil s'adapte bien, et apprécie le théâtre miniature où évoluent deux araignées de mer rayées (localement nommées " crabes-goutte-d'eau " à cause de la forme allongée du rostre qui prolonge leur corps et leur tête), qui se nourrissent sur une éponge à l'aide alternée de leurs deux pinces. Levant le regard vers la surface, on admire les pitons rocheux qui dominent majestueusement ce décor fantastique et hétéroclite.
Faisant le tour du premier bloc, s'offre un petit plateau où des balistes océaniques à la robe inhabituellement blanche revendiquent entre eux leur territoire dans des courses effrénées. Ils sont vraiment imposants mais ne semblent pas être inquiétés par la présence des plongeurs, envers lesquels ils ne sont pas agressifs.


Yann Saint-Yves ©



Aquarium


Martine Carret ©

Le plateau se poursuit par une faille qui offre un passage entre deux des tours qui montent vers la surface. En s'y engageant, les bords tapissés d'éponges variées nous ouvrent la vue sur un décor aux teintes différentes, où le soleil est plus perceptible. Deux anges français surgissent d'entre deux gorgones pour jeter un œil curieux avant de disparaître, ne laissant que le souvenir incroyable de leur robe noire et jaune. Craintif, un poisson-coffre égare sa silhouette maladroite entre deux blocs de corail, surpris dans sa quête de nourriture par notre arrivée.

Tirés du rêve éveillé par notre chef de palanquée qui nous demande nos paramètres, le verdict tombe comme les trois cents mètres d'abysses qui s'ouvrent en-dessous de nous. La première minute de palier sonne comme le tocsin à nos oreilles. Pour profiter encore de ce Louvre aquatique, nous remontons doucement d'un dizaine de mètres, pour retarder un peu le moment redouté. Le courant se rappelle alors à nous, discrètement, d'abord, puis de façon plus marquée chaque fois que nous sortons du cône de protection que nous offrent les pitons.

La force du jour fait mieux ressortir les couleurs vraies, et les poissons prennent une aura plus vive. Notre quête du Beau est mise à mal par la troisième et fatidique minute de palier qui s'annonce comme la fin des festivités. Il est temps de sortir de l'aquarium. En amorçant la remontée, nous rejoignons trois autres palanquées qui, comme nous, ne pourrons pas rejoindre le bout de la bouée, autant à cause d'un sens émoussé de l'orientation que du courant qui reprend ses droits à chaque mètre gagné vers la surface. Trois parachutes vont presque en même temps signaler notre dérive sous-marine, alors que s'égrènent les minutes normales, puis sécuritaires de nos paliers. A notre sortie de l'eau, le CataDive est là. La houle nous marquera peut-être de quelques bleus pendant la remontée à bord, où Dominique attend, sourire au lèvres, les premières impressions, content de pouvoir partager son amour de l'endroit avec de nouveaux " Baptisés du Sec-Paté "...


Martine Carret ©

Les superlatifs ne cesseront qu'à notre retour au port des Saintes, où l'appétit grandissant aura pris le pas sur nos sensibilités d'esthètes.

Yann Saint-Yves




Guide Pratique

  • Adresse utile:

    Les Heures Saines
    Le Rocher de Malendure
    97132 Pigeon-Bouillante
    Tél : 05 90 98 86 63 ou 05 90 98 71 62
    Fax : 05 90 98 77 76

    Plage de Petite Anse
    Tél : 05 90 98 70 29
    Email : heusaine@outremer.com
    Site web : www.heures-saines.gp

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