CERTAINS PLONGEURS DILAPIDENT UN PATRIMOINE QUI NE SERA PAS ETERNEL

Le choc des palmes



Dame Nature a doté la Mer Rouge d'une merveilleuse richesse sous-marine, vantée par Henri de Monfreid puis par le Commandant Cousteau. Coraux en tous genres qui mettent des dizaines d'années à s'épanouir, volée de poissons multicolores, dauphins, tortues... Un Paradis malheureusement pollué par des palmipèdes habillés de néoprène et dont nous souhaitons fortement nous démarquer.


Le corail est délicat et sa croissance extrêmement longue. il est épouvantable de le voir sacrifié par des coups de palmes intempestifs, par des plongeurs nouvellement diplômés - ou dûment certifiés !!!- qui s'estiment de parfaits Dieux de l'Eau et qui s'étonnent incongrûment qu'on leur témoigne de l'hostilité pour avoir cassé en quelques secondes ce que la Nature a mis si longtemps à édifier.


Les fragiles alcyonnaires
teintent la Mer de rouge.
Yann Saint-Yves ©



Certains n'ont aucun égard
pour leur environnement.
Yann Saint-Yves ©


Triste à pleurer, sous le masque et en dehors. Comme en Egypte, nous avons été choqués lors de ce reportage par la vision de plongeurs massacrant allègrement le corail, sans aucune mauvaise conscience. Malgré les briefings, malgré les mises en garde, malgré les affiches placardées en face du club..., les palmes traînent, les plongeurs trop plombés atterrissent sans égards sur des patates de corail, des alcyonnaires ou des gorgones, les ustensiles de plongée (manomètre, double détendeur, console) pendent de toute part et tapent sur le corail au lieu d'être rangés...

Pour faire chic, pro ou tek, certains estiment même qu'il faut se promener avec des palmes de chasse ! Gigantesques, inutiles et surtout terriblement meurtrières.

Il y a vingt ans que les rangers de la Grande Barrière de Corail en Australie ont compris le danger qui menaçait leur patrimoine national. Un plongeur qui jette un mégot de cigarette à la mer est aussitôt sanctionné par le directeur de plongée : il cesse immédiatement de s'immerger.


Construit au fil des ans, le corail est détruit en quelques minutes.
Martine Carret ©



Plongez compact et loin des organismes vivants.
Martine Carret ©


Pas un bateau ne s'aviserait de jeter son ancre sur le corail, il serait aussitôt dénoncé par ses confrères ou par les petits avions qui survolent la grande Barrière. Le propriétaire du bateau et le capitaine iraient au tribunal et perdraient à vie leur licence d'exploitation du récif, sans compter l'amende colossale qu'il leur faudrait débourser.

Les Jordaniens ne disposent pas de ces onéreux moyens de surveillance, mais l'exploitation des sept kilomètres de récif bordant le Golfe d'Aqaba n'a débuté que récemment, et encore, avec une faible ampleur, aussi peuvent-ils éviter les erreurs commises ailleurs : " Nous apprenons des erreurs de nos voisins ", avoue Ahmad A. Al-Qatawneh, qui dirige le centre Royal Diving Club d'Aqaba.


Les filets nuisent à l'écosystème corallien.
Martine Carret ©



Le récif n'est pas une poubelle.
Yann Saint-Yves ©


Sans préciser que la Jordanie tire les leçons des dégâts qui se sont produits en Egypte et en Israël. " La mer est notre unique source de revenus, poursuit-il. Nous devons la protéger. "

Deux organismes œuvrent d'ores et déjà pour la protection de la nature : la RSCN, Royal Society for Conservation of Nature en association avec la JREDS, Jordan Royal Ecological Diving Society. Ainsi ont pu être évités les errements égyptiens ou israéliens, ce qui explique la beauté des récifs coralliens et leur bon état de conservation.


Restons humbles devant le
spectacle offert par la Nature.
Martine Carret ©


Alors, soyons conscients, nous plongeurs, nous les invités de Neptune, de la fragilité de cet écosystème et soyons les garants de la beauté et de la pérennité des sites. Pour que nos enfants puissent s'émerveiller un jour. Comme nous.


Martine Carret et Yann Saint-Yves