Les épaves des Mille Îles en Ontario.

Le Roy A.Jodrey...



Les épaves ne sont pas toujours forcement dans les océans ou les mers profondes...
La région nord américaine des Grands Lacs ainsi que son canal d'accès principal, le fleuve Saint-Laurent, sont depuis des siècles une région au trafic maritime intense.
Ce qui fait du secteur des Mille Îles en Ontario un véritable trésor pour les plongeurs où toutes les épaves sont protégées par la loi sur le patrimoine historique.
Nombreuses sont celles accessibles pour tous niveaux de plongée mais il est recommandé pour certaines une solide formation technique.


Le 20 novembre 1974, sous une pluie calme en fin d'après-midi, le capitaine Hugh McDonald faisait route plein ouest sur le fleuve St-Laurent à la barre du Roy A. Jodrey, transportant 20,450 tonnes de minerai de fer venant de Sept-Îles au Québec pour Détroit, Michigan.


Spécialement conçu pour naviguer sur les grands lacs et les fleuves ces immenses "barges" pouvant aller jusqu'à 35 mille tonnes ont souvant fait les frais de naufrages dans ces parages...
Collection de William Forsythe de Ogendsburg, NY ©

Malgré le vent calme, le capitaine McDonald appris que son navire était trop proche du Récif Pullman , un écueil au large de l'île Wellesley dans la Baie d'Alexandria, N.Y.
Ne pouvant manœuvrer son navire à temps, la collision avec l'écueil fut inévitable...


Les super structures et la timonerie à la proue du bateau sont à environ 50m de fonds et peuvent aisement se plonger à l'air...
Dan Mackay, Northern Tech Diver Corp. ©


Une énorme brèche s'ouvrit à l'avant sous la ligne de flottaison et le cargo gîta très rapidement de 10 degrés à tribord.
McDonald essaya de pointer l'avant de son bateau vers l'île proche du poste de la Garde Côtière américaine pour tenter de l'échouer.

Le compartiment étanche avant étant ouvert et noyé, l'eau s'engouffra dans les cloisons de la demi-coque sous les cales. Les pompes furent inefficaces devant pareille quantité d'eau et le capitaine ordonna d'abandonner le navire à ses 29 membres d'équipage et à la mascotte le chien Chin-chin. Malgré les efforts de plusieurs bateaux pompes, le Jodrey sombra dans les eaux profondes du Saint-Laurent.

Aussitôt un dispositif de prévention se mit en place pour palier à l'éventuel pollution de fuel venant des réservoirs.
De plus, en coulant, il sectionna le câble électrique sous-marin qui alimentait les îles avoisinantes.


Les millions de moules zébrées qui participent activement à la clareté de l'eau dans le fleuve, sont en train de recouvrir progressivement l'épave...
Dan Mackay, Northern Tech Diver Corp. ©


Aujourd'hui, cette épave longue de 194 mètres et gisant à 75 mètres de profondeur fait partie des sites d'entraînement et de plongée technique les plus fréquentés par les plongeurs nord américains.



Une descente comme dans "Abyss"...


La loi sur la protection des épaves en Ontario et sur les grands lacs a permis de les conserver et on y trouve encore des ambiances insolites...
Dan Mackay, Northern Tech Diver Corp. ©


Pour ceux qui pensent que plonger en fleuve est synonyme d'eau froid, sombre et sans visibilité, détrompez-vous car cette région, à quelques miles du Lac Ontario, est exceptionnelle en terme de qualité de plongée en milieu fluvial.
Malgré ces conditions il faut quand même considérer la pratique de cette épave comme une "technique" voire une "trimix" pour ceux qui veulent se rendre jusqu'au fond du canal de navigation et se rendre sous la quille.

Le charter est mouillé dans une petite crique, à l'abris du courant, juste au-dessus du mur qui tombe droit vers l'avant de l'épave, ce qui facilite les mises à l'eau et les longues décompressions au retour.

Cette sensationnelle descente le long d'un mur vers les ténèbres rappelle à tous ceux qui ont fait le Jodrey le fameux passage du film Abyss...


La remontée se fait par le même chemin emprunté lors de la descente, où les "stages" de décompression sont identifiés. Certaines déco. peuvent facilement dépasser 1 heure si l'on descend pendant plus de 20 minutes au fond du canal.
Dan Mackay, Northern Tech Diver Corp. ©


Les petites lumières venant des casques des plongeurs qui longent le mur sont visibles de très loin et illuminent les passerelles de l'épave comme si elle était éclairée de l'intérieur.
Parfois la visibilité est telle que la surface vous paraît proche alors que votre profondimètre indique entre 60 et 75 mètres...


L'épave étant couchée sur le flanc le long du mur, le courant du fleuve y est parfois important. La progression avec toutes les bouteilles doit être efficace...
Dan Mackay, Northern Tech Diver Corp. ©


Le choix des gaz doit être judicieusement calculé pour apprécier pleinement et en toute sécurité cette plongée. Malgré cela, les temps au fond restent toujours trop courts et les remontées interminables...
Cette épave est tellement grande que plusieurs plongée sont nécessaires pour l'explorer entièrement.

Cette région étant reconnue pour son nombre impressionnant d'épaves plongeables, de nombreux clubs de plongée pour tout niveau, organisent du printemps à l'automne des sorties qui s'avèrent en plus être de très agréables croisières.

Malheureusement, cette destination épaves reste encore peu connue des plongeurs européens.

Stéphane Coucke,
Directeur de plongée
(http://www.percenautic.com)


Pour ceux qui veulent descendre et passer le long du tombant et sous la quille de l'épave à 240 pieds, le trimix présente une option intéressante, même si les planifications et les configurations sont lourdes.
Dan Humble/Dive Tech Training Center ©






Guide Pratique

  • Carte de la région :


  • Carte de la région des Mille Îles en Ontario


  • Remerciements :