Ma curiosité naturelle m'avait amené à m'informer sur la plongée à Tahiti. En métropole, les réponses étaient à peu près toutes uniformes et me renvoyaient vers des noms évocateurs de rêves: Moorea, Bora Bora, Rangiroa... Péremptoires, certains m'affirmaient: " à Tahiti, il n'y a rien à voir ", " c'est vide ". Pourtant, je décide de laisser sur la touche ces blasés qui ont tout testé, tout vu. Ma décision est vite prise : le prochain avion à destination de Papeete décolle dans 48 heures...
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En ce premier matin polynésien, l'île de Tahiti, " la nouvelle Cythère " des
écrivains, se dévoile comme un tableau coloré et parfumé.
Les principales couleurs? Le bleu, que le lagon décline en d'indescriptibles
camaïeux, le vert d'une végétation luxuriante, le blanc du corail brisé qui
constitue quelques plages, le noir du sable hérité des volcans.
Les autres teintes sont offertes par des fleurs aux formes alambiquées:
frangipanier, qu'on appelle tipanier, au centre jaune ou rose, hibiscus,
bougainvillée ou tiare, l'emblème de la Polynésie, ce mystérieux gardénia blanc
qui ne pousse qu'ici et qu'on porte au coin de l'oreille gauche si on est
engagé, droite si on est célibataire. |
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Niché dans un virage, près de l'aéroport international de Faaa, le luxueux hôtel Beachcomber de Papeete est posé sur une colline qui tombe dans la mer. Les bâtiments, recouverts de ni'au (chaume local en feuilles de cocotier) encadrent l'extraordinaire piscine ouverte sur l'océan. Posés sur le lagon, des fare (prononcer faré, bungalows) individuels attendent les amoureux de la mer ou les amoureux tout court. Au cœur de ce décor de rêves, le centre nautique, l'Aquatica Dive Center propose kayaks de mer, pirogues, pédalos... |
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Et bien sûr, de la plongée! Le local technique inclut douches de taille
familiale et station de gonflage étonnamment discrète, un autre fare de forme
ronde abrite les stab, combinaisons et autres PMT, un spacieux club-house permet
de se requinquer devant une tasse de thé ou de café.
L'ensemble forme un mini-village devant le ponton. |
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" A Tahiti, nous sommes les oubliés de la Polynésie, la plaque tournante vers
les autres îles ", regrette Didier Alpini, l'accueillant directeur du club.
" Les touristes filent vers Bora Bora ou Rangiroa, sans prendre la peine de s'attarder
ici. Pourtant, je peux vous montrer des endroits superbes... " Banco! |
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Après avoir franchi la passe vers l'océan, il me prévient de la présence
probable d'un groupe de dauphins à long bec (stenella longirostris) qui croise
souvent dans ce coin, à quelques encablures de la barrière de corail. Je scrute
la surface dans cet azimut... |
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Deux minutes plus tard, quelques-uns sautent dans
notre direction. Le banc nous a entendus et, curieux, se rapproche pour nous
offrir une démonstration d'acrobaties. En anglais, on les qualifie de " spinning
dolphins ", dauphins sauteurs, les stenella sont en effet les seuls à effectuer
naturellement le saut en vrille. Féerique. Les premiers dauphins sauvages que je
vois! Jusqu'à maintenant, je n'avais pas eu la chance d'en croiser, en
Atlantique ou en Méditerranée. Ils semblent si joueurs, si attentifs... J'ai
toujours refusé de les voir en captivité, où leur durée de vie est écourtée. Là,
je suis gâté. Une dizaine de minutes après leur apparition, ils repartent de
leur côté. " Ils sont souvent à cet endroit, sourit Didier. Ce sont des
sédentaires, ils partent chasser en mer, mais reviennent toujours ici ". La
plongée démarre en fanfare. En vue du site, le bateau ralentit. Sur bâbord, une
tortue à écailles sort sa tête de l'eau, souffle bruyamment à plusieurs reprises
en nous toisant d'un regard en coin, puis disparaît. Cette journée est placée
sous le signe de la découverte... |
"Les gorgones de Paea"
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Visibilité? J'ai du mal à estimer, je n'ai pas l'habitude de voir si loin sous
l'eau... au moins 20 mètres. Plus peut-être?
A la fin de la plongée, Didier rira de mon estimation très pessimiste :
"20 mètres? c'est quand le temps est très mauvais... En général, la visibilité
est de 50 mètres !" |
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Les rayons du soleil filtrent jusqu'à nous en suivant la pente de moins en moins douce qui descend du platier. Vers 20 mètres, c'est encore très clair et le tombant est vertical... Les mètres s'égrènent sur mon ordinateur. 30-35 mètres : la paroi se défile en une sorte de grotte qui abrite de magnifiques gorgones. |
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Didier et notre moniteur se sont munis de lampes. La cavité où nous nous
trouvons est vaste, mais en retrait et leur lumière remplace celle du soleil qui
fait défaut ici. Ce qui paraissait bleu clair devient maintenant orange, jaune,
rouge. Les poissons dévoilent aussi leurs robes naturelles. Les gorgones
derrière lesquelles ils s'abritent parfois sont disposées comme des éventails de
80 cm de diamètre, pour les plus grandes, perpendiculaires au rocher, dans un
plan vertical, comme pour mieux absorber ce que les courants offrent à leurs
branches. De minuscules algues colorées se partagent ce qu'il reste d'espace
rocheux avec de petites éponges. Paul Gauguin aurait-il perdu tous ses tubes
dans l'océan? |
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J'ai l'impression d'entendre le flash de Didier se charger de façon intermittente. Hors de l'eau, il m'a expliqué que j'avais entendu chanter les stenella... La prochaine fois, je saurai que ce bruit strident annonce les dauphins et je les chercherai ! Un peu plus bas, un tout petit morceau de corail mou s'abrite sous une gorgone le long de la paroi. Emerveillé par ces dizaines de spécimen, je me demande comment je vais réussir à tout mémoriser! Le fond de la caverne rejoint la pente originale du tombant. Nous nous retrouvons au bord de la grotte, lui aussi tapissé de gorgones. Une parenthèse dans ce rêve aquatique me fait vérifier les paramètres de plongées: 43 mètres, 100 bars et déjà 30 minutes. Je n'ai pas froid et je ne parle pas tout seul. Paliers ? Pas encore. Raisonnable! Signe 100 bars au guide de palanquée qui amorce une remontée très tranquille. |
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Entre 25 et 15 mètres, dans un chaotique ballet, des
labres à la livrée arc-en-ciel batifolent autour du corail sur lequel de jeunes
balistes à tête jaune semblent faire leur bec, deux poissons-trompettes
camouflent tant bien que mal leur silhouette gracile dans les aspérités du
récif. 15-10 mètres : la palanquée quitte ce fourmillant décor et entame à trois
mètres le sécuritaire palier de trois minutes. Remontée le long du mouillage et
sortie de l'eau sans encombre, aidé par les échelles disposées sur la plage
arrière. Sur le pont, une fille retire sa combinaison intégrale en claquant des
dents. Une habituée, à coup sûr. Je resterais bien encore deux heures dans
l'eau, moi... |
"Le tombant Saint-Etienne"
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Un dôme corallien d'une trentaine de mètres de diamètre semble venir à notre
rencontre. Le dépassant, la palanquée glisse le long d'une faille qui entame le
tombant, jusqu'à 30 mètres. Didier Alpini, qui a obliqué pour suivre le tombant
à main droite, en légère descente, sort quelques quignons de pain de sa poche de
stab. Une volée de demoiselles, papillons raton-laveur, cochers, chirurgiens,
converge soudain vers lui, formant un écran presque opaque entre nous. Parmi ces
satellites, un très impressionnant baliste à tête jaune s'invite au festin.
L'ergot au sommet de sa tête n'est pas redressé vers l'avant, signe que le
volumineux animal n'est pas en phase d'attaque. Mieux vaut rester vigilant, car
même involontaire, une morsure de son bec peut être très douloureuse. |
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L'eau est si transparente que l'on viendrait à l'oublier, pour le plus grand
plaisir de François qui filme le périple depuis la mise à l'eau. Dégagé en
surface, le ciel nous permet de profiter d'un éclairage extraordinaire. Le
corail prend des formes que je n'imaginais pas : en plateaux, en massifs, en
circonvolutions cérébrales, en cornes de cerf... habitat idéal pour les chromis,
demoiselles et spirographes. 35 mètres, demi-tour en remontant doucement, pour
avoir le tombant sur la gauche et revenir " sur nos palmes ", mais un cran au-
dessus. 25 mètres, la lumière n'en est que plus vive! Trop bas pour la discerner
à notre premier passage, une faille part vers la surface en s'évasant, laissant
voir plus loin une avancée du récif vers le large. A cet endroit, l'usure du
corail forme une arche et des cavités qui doivent offrir un abri de choix pour
de nombreuses espèces. M'approchant doucement, par le bas, pour éviter que ma
silhouette n'effraie les éventuels résidents, je découvre quelques dizaines de
surmulets ( " vete " ), de poissons-soldats et de rougets, presque immobiles,
peu craintifs à mon approche. Sous la voûte naturelle, des anfractuosités
pourraient constituer de belles cachettes. Je m'avance en retenant mon souffle,
et déniche bien involontairement un ptérois de petite taille. Je sors à reculons
et convie les autres à venir y jeter un œil ou un objectif. Pour avoir une vue
d'ensemble de l'endroit, je m'écarte encore. Ces trente-cinq minutes sous l'eau
se sont écoulées sans que je n'y prenne garde. Un éclat de rire fuse au travers
de mon détendeur, l'enchantement continue! Remontée calme vers 5-6 mètres, sur
le dessus du dôme couvert de corail qu'habite la faune habituelle: cochers,
labres, papillons, petits balistes bleus et perroquets, que nous n'avons pas
pris le temps d'admirer à la descente. Absorbés par ce spectacle haut en
couleurs, nous terminons notre "palier sécu" de trois minutes sans nous en
rendre compte. Puis la surface... Déjà! |
"La Goelette et le Catalina"
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Nous descendons au devant du " Catalina ", un volumineux hydravion de quinze mètres d'envergure, coulé volontairement en 1964. Après plus de trente-cinq ans dans l'eau, son état de conservation est étonnant. Posé en travers du tombant, son aile droite touche le fond (20 m). Une trappe ouverte dans le milieu de la carlingue permet d'y pénétrer et d'accéder au poste de commandes, duquel on peut facilement s'échapper par la trappe de visite des pilotes. Sensations garanties! Caréné comme un bateau, le nez de l'appareil semble indiquer la seconde épave, que l'on aperçoit un peu plus loin, en suivant le tombant à main gauche. |
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Un ancien cargo inter-îles, avec ses chaudières et des tubes qui courent le long
des nervures, que tout le monde nomme " La Goëlette ". La coque en bois, que
nous abordons par la poupe, n'est plus qu'une dentelle finement ciselée. Le
bateau est couché sur son flanc droit et le pont n'existe plus. La cale avant
sert maintenant d'abri à plusieurs magnifiques bancs de rougets et surmulets.
Quelques énormes becs de cane ( "oeo" ) pointent leurs museaux effilés et
retournent se cacher dans la bas de l'épave où s'amassent des tôles parmi
lesquelles on reconnaît l'ancienne timonerie. Longeant l'extérieur de la coque,
la palanquée contourne la proue et prend le chemin du retour. Les ajours dans le
bois nous permettent de voir de plus près les lutjans qui s'abritent à
l'intérieur. C'est un enchantement ! Nous délaissons à regrets l'épave pour un
palier de sûreté le long du mouillage, salués au passage par un imposant mais
timide ange-empereur. L'exploration a duré près d'une heure. Certains jours, je
regrette de n'avoir des branchies... |
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D'autres sites sur Tahiti ne méritent-ils pas qu'on y revienne, pourquoi pas
avec une poignée de blasés qui pourraient y découvrir bien des merveilles? |
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Hôtel Tahiti Beachcomber Inter-Continental Resort Boîte Postale 6014 98702 Faa'a Tahiti Polynésie Française Tél : (689) 86 51 10 Fax : (689) 86 51 30 E-mail : reservations@interconti.com ou tahiti@interconti.com Site web : www.tahiti.interconti.com |
Yann Saint-Yves © |
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Aquatica Dive Center Didier Alpini Hôtel Tahiti Beachcomber Inter-Continental Boîte Postale 6014 98702 Faaa - Tahiti Tél : (689) 53 34 96 Fax : (689) 53 34 74 Boîte postale 718 98713 Papeete Tahiti Polynésie française Tél: (689) 50 84 53 Fax : (689) 43 90 04 E-mail: aquatica@mail.pf ou gieplongee@mail.pf Site web: www.aquatica-dive.com ou www.diving-tahiti.com Centre CMAS, Padi 5 étoiles, Naui... Passage de diplômes possibles. |
![]() Yann Saint-Yves © |
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Dream Travel Tahiti En janvier 2002, exaspéré d'être mal vendu par les Tours Operators, Didier Alpini a créé une agence pour promouvoir " toutes les destinations et pas seulement les Tuamotu ou le triptyque incontournable: Moorea, Bora Bora, Rangiroa. Beaucoup de voyages ont été ratés car les objectifs des gens ne cadraient pas avec ce que les voyagistes avaient préparé. Les plongeurs n'avaient pas le niveau... J'ai eu des échos d'Américains par exemple, dégoûtés des plongées dans le courant de certaines passes, avec la peur du bleu, du mascaret ou des requins. J'essaie de cibler plus à la carte, de proposer des itinéraires variés, avec Raiatea-Tahaa ou Huahine par exemple. Personne n'est mieux placé que nous pour vendre notre destination. Et puis, avec radio cocotier, on est au courant de tout, si une pension ou un hôtel à un problème, on le gère immédiatement, avec des solutions de remplacement. " E-mail: didier@dreamtraveltahiti.com Site web: www.dreamtraveltahiti.com |
![]() Yann Saint-Yves © |
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Se rendre à Tahiti La nouvelle compagnie Air Tahiti Nui permet de se rendre à Papeete, via Los Angeles, au départ de l'aéroport de Paris Roissy Charles de Gaulle. Comptez 21 heures de voyage. Mais le temps passe vite à bord car le service est impeccable. Les hôtesses sont habillés en longues robes tahitiennes et de la musique locale est diffusée à bord. Chaque passager dispose de son poste de télévision encastré dans le dossier du siège qui est devant lui. On choisit son film parmi la dizaine proposée et qui passent en boucle. Possibilité aussi de jouer à des jeux ou de suivre le déroulement du vol en temps réel, avec la progression de l'avion, vitesse... qui apparaissent en temps réel sur l'écran. Les repas sont délicieux et l'accueil irréprochable. Digne des compagnies asiatiques, dont la qualité n'est plus à démontrer. Evitez les périodes chargées (décembre, juillet, août) afin de bénéficier des meilleurs prix. Air Tahiti Nui 28, boulevard Saint-Germain 75006 Paris Tél : 0825 02 42 02 (0,15 euro la minute) Site web: www.airtahitinui.fr |
![]() Yann Saint-Yves © |