ENTRE HISTOIRE VESTIGES ET RELAXATION

Huahine, la rebelle secrète



A 175 km au nord-ouest de Tahiti, l'île de Huahine constitue un bon avant goût de la faune que l'on peut trouver dans l'archipel des Tuamotu.


Fuyant la foule de Moorea et la frénésie de Papeete, mettez le cap sur Huahine (NDLR : le e se prononce é en tahitien), " l'île secrète " ou " l'île rebelle ". Le capitaine Cook fut le premier européen à y mettre pied en 1769. Il découvrit deux îles enchâssées dans le même lagon, séparées par un isthme d'une dizaine de mètres de long : Huahine Nui (la grande) et Huahine Iti (la petite). La légende raconte que le Dieu Hiro aurait creusé ce chenal avec sa pirogue, créant au passage deux baies : Maroe, à l'est et Bourayne, à l'ouest. Des vestiges des temps anciens parsèment l'île. Malgré la plongée, n'hésitez pas à visiter les marae (autels de pierre), où avaient lieu autrefois des rites sacrés.

La ville principale s'appelle Fare. Situé au pied du mont Turi, qui culmine à 669 mètres, ce petit port donne sur la baie de Haamene, qui elle même s'ouvre sur l'océan avec deux passes : celle d'Avamoa, au nord et celle d'Avapeihi (ou Fitii), au sud. C'est sur ce petit port que s'est installé Didier Forget, reprenant en 1996 les rênes du centre Pacific Blue Adventure, qui avait vu le jour en 1990. " Je suis arrivé à Huahine par hasard. Je terminais mon service militaire et j'avais envoyé des CV un peu partout dans les DOM-TOM. le club de Huahine m'a répondu et je suis allé voir. Je n'ai pas mis longtemps à me décider. Il y avait tout ce que je pouvais imaginer : de l'eau chaude, des poissons, des requins, du corail... "


Les marae, témoins du passé spirituel de l'île.
Yann Saint-Yves ©


Révélation


Didier Forget nous accueille.
Yann Saint-Yves ©


Originaire de Toulon, Didier a baigné dans l'eau dès sa plus tendre enfance, connaissant son premier bain de mer alors qu'il n'avait pas quinze jours... Enfant, il s'était mis à la pêche, fabriquant une ligne avec un bout de bois et une fourchette. Adolescent, le niveau I avait été acquis à Carqueiranne. A l'occasion de la réussite au baccalauréat, une de ses tantes lui offre un voyage aux Maldives, au Club Med : " La révélation. Je suis revenu enthousiasmé, décidé à devenir moniteur de plongée. J'ai arrêté mes études, au grand désespoir de mes parents et j'ai passé tous les diplômes. Aujourd'hui, ils me voient heureux, j'arrive à vivre de ma passion et ils sont finalement satisfaits de me voir réussir. Et puis, cela leur donne une occasion de venir en Polynésie en vacances ! "

Son club est situé sur le quai de Fare, là où accostent les ferries. Equipé de matériel Beuchat neuf, il propose à ses clients des prestations de qualité. Deux sorties par jour : le matin et l'après-midi, selon des horaires adaptés aux courants. Le dimanche est consacré à la quiétude familiale.

" Aujourd'hui, nous ne sommes plus si éloignés que cela de l'Europe et des Etats-Unis, explique Didier. Internet a révolutionné la façon de voyager. Mon site web a été inauguré en l'an 2000 et depuis, j'ai comptabilisé 7000 connections. Ce mode de réservation compte désormais pour 10 à 20% de ma clientèle et je suis sûr que ce pourcentage va encore se développer ! Et tant mieux, car les agences de voyage ne nous vendent pas bien. Avec Raiatea et Tahaa nous sommes les parents pauvres de la Polynésie. On nous oublie un peu trop souvent. Beaucoup de gens arrivent ici par le bouche à oreille, sans idées préconçues et ils en repartent contents. La faune est au rendez-vous et on plonge en petit comité. Vous allez voir qu'il y a des choses à faire ici! " Go, alors ?


Le matériel du club est neuf.
Yann Saint-Yves ©




Passe Fa'a Miti


Yann Saint-Yves ©

Au nord-ouest de l'île, ce site est accessible pour tous niveaux. Près de l'aéroport, ce spot de plongée présente la particularité d'être dépourvu de lagon. Le récif est frangeant, la zone peu exposée à la houle, la visibilité de premier ordre. Toutes les conditions sont optimales, notamment pour sécuriser les débutants. Le récif descend lentement sur une vingtaine de mètres. Didier a coutume d'apporter un peu de nourriture aux poissons. Habitués à la présence des plongeurs, les poissons papillons, cochers, perches pagaies et autres ne se gênent pas pour venir tourbillonner autour de nous, accompagnant le groupe tout au long de la plongée. Un énorme baliste olivâtre (balistoides viridescens), appelé ici oiri, protège tendrement son nid enfoui dans le sable. Attention à ses canines pointues qui sont montrées de manière agressive. Des requins à pointe noire (carcharhinus melanopterus) folâtrent autour de nos palmes pour goûter les restes du repas. Mais n'ayez crainte, cette espèce est particulièrement timide et vous n'avez aucun risque d'être pris pour cible. La fin de la plongée se déroule dans les canyons du récif.



Passe Avapeihi

Ce site n'est pas pollué par des habitudes de " feeding ", comme cela est la tradition dans certaines îles de l'archipel de la Société. A cinq minutes de bateau de Fare, ce qui est appréciable, les prédateurs s'amassent en bancs dans la passe, notamment par courant sortant pour venir se nourrir dans ce coin très poissonneux. Requins gris de récif, vol de raies léopards, barracudas, napoléons, thons à dents de chien sont au rendez-vous... Le must ? La tortue qui s'ébat tranquillement sur une patate de corail. La plongée est dérivante, mais ne présente aucune vraie difficulté, car le courant n'est pas d'une nature très violente. Les niveaux I sont tout à fait autorisés à effectuer cette sortie, car le fond de cette passe, large de 300 mètres, se situe sur moins de 30 mètres. Pour les plus chanceux, un banc compact de 200 poissons chauve-souris (platax pinnatus) fait une entrée remarquée. " On ne sait jamais ce qu'on va trouver, explique Didier. Je ne m'en lasse pas. Il y a plusieurs années, une plongeuse, Marie-Laure, qui était alors médecin à Rangiroa, m'a fait une réflexion qui m'a profondément marqué. Elle m'a dit, en sortant de plongée: " Et bien, tu sais, tu n'as vraiment rien à envier à Rangi... !" La réputation de Rangi n'étant plus à faire, je me sens toujours très fier de sa remarque... "


La rencontre avec un platax n'est pas exceptionnelle.
Yann Saint-Yves ©




Passe Fa'A Miti


Profondes, mais si belles, ces roses...
Martine Carret ©


Il fallait bien entendu terminer par le joyau de Huahine. Les Roses de corail... (montipora sp) nous attendent, sur une cinquantaine de mètres. Mais là, on ne parle plus de plongée tranquille, de balade loisir. Seuls les confirmés, niveaux II minimum, sont emmenés sur ce site par Didier, qui, auparavant et par sécurité, a testé les plongeurs. Le survol des roses peut s'effectuer sur 49 mètres, mais nous recommandons particulièrement ce spot pour les niveaux III et plus. Car le champ de roses est vaste, en dénivelé permanent et il faut avouer que l'on en profite merveilleusement au-delà de 55 mètres. Le champ est peut-être le plus beau et le plus fourni de l'archipel de la Société. Il est immense et en trois plongées, nous n'avons pas été capables d'en voir la fin... ni le début d'ailleurs ! Pour purger les paliers, la fin de la plongée se déroule sur la " Cité de corail ", véritable jardin où évoluent de d'énormes murènes javanaises, de gros balistes et d'énormes Napoléons.

La gentillesse, la disponibilité et le sérieux de Didier nous permettent de passer un remarquable, mais trop court séjour. Il faudra revenir. Promis !


Martine Carret


Guide Pratique :