Moorea : danse avec les baleines




Michael Poole
Photo : Martine Carret ©


Basé à Moorea, le docteur es biologie marine, Michael Poole étudie les baleines à bosse et organise des circuits d'écotourisme. Un personnage fascinant...

Dans un délicieux accent américain, il s'écrie, enthousiaste comme un gamin le jour de Noël: "Elles sont là, vous les voyez?" Avec son téléobjectif, Michael Poole mitraille gentiment les baleines à bosse qui hantent la baie d'Opunohu, à Moorea, l'île proche de Tahiti, alors qu'il y a peu elles étaient chassées et que 10 à 20 % seulement de la population mondiale a survécu.

C'est aux Bermudes, où il a habité étant enfant, avec son père militaire de l'US Air Force, qu'il avait décidé très jeune, de devenir biologiste marin: "Je suis tombé amoureux des dauphins, des baleines et de la mer et je n'ai jamais pensé faire autre chose."

Après des études sur les baleines grises et les dauphins au Mexique, les lamentins en Floride, pour compléter son troisième diplôme de biologie marine et terminer sa thèse de doctorat, il se rend en 1987 en Polynésie française et effectue des recherches sur les dauphins à long bec (stenella longirostris).

Il finira par s'établir à Moorea où son réseau d'observation lui a permis de repérer plus de 20 espèces de dauphins et de baleines, grâce à plus de 1000 rapports (croquis, vidéos, photos...) qui lui sont parvenus, de 30 îles différentes. Un succès. Aujourd'hui, dès qu'une baleine est aperçue dans un lagon au fin fond des Tuamotu, l e réflexe est ancré: "On va prévenir Michael". Les clubs de plongée, les compagnies de croisière, les pilotes d'Air Tahiti ou d'Air Moorea s'y atèlent aussi. Chaque nageoire caudale ou pectorale étant une véritable signature, il a pu repérer les individus et prouver que la Polynésie n'était pas une simple zone de migration, mais bien un hâvre pour la reproduction et les naissances, alors que jusqu'à présent, il était dans l'usage courant de penser qu'elles s'accouplaient aux Fidji, Samoa et Tonga.


Moorea - Stenella
Photo : Martine Carret ©


Michael Poole collabore avec le World International Fund for Animal Welfare, qui regroupe des instituts en Nouvelle-Zélande, Nouvelle-Calédonie, Cook, Tonga et Polynésie française, un de ses collègues en Australie étudie des prélèvements de peau et essaie de savoir quels sont les liens génétiques entre les populations observées. Sa prochaine idée est de baguer certaines baleines pour savoir dans quelles zones de l'Antarctique elles se rendent pour avaler les krill nourriciers, ces crevettes qu'elles ingèrent par petites bouchées d'une tonne.


Moorea - baleine
Photo : Martine Carret ©


Directeur depuis 97 du programme de recherche sur les mammifères marins au sein du CRIOBE (centre de recherches insulaires et observatoire de l'environnement) dont Moorea est une antenne et Perpignan le nerf névralgique, il a lancé une vaste étude sur les dauphins à long bec, voulant les comparer à ceux d'Hawaï et à ceux exécutés dans les usines de thon. A Moorea, il a recensé 200 individus depuis une dizaine d'années, il sait quelle femelle a eu quel bébé, quels sont leurs endroits préférés...
Il a ainsi demandé au gouvernement polynésien de protéger trois zones: Haapiti, Opunohu et Haumi. Les dauphins préférant les zones claires de 20 à 60 mètres de profondeur et le substrat corallien blanc sont peu à peu chassés de leurs zones favorites, l'érosion du sol et la création de lotissements favorisant l'apparition d'un substrat noir et rouge qui leur déplaît. Fort d'une étude américaine, il a préconisé la plantation d'arbres sur 10 à 30 mètres autour des rivières, pour que cesse l'érosion. Sera-t-il entendu par les frenchies du PGEM, le plan de gestion des espaces maritimes?

Dans un souci de sensibilisation du public, il a participé à la publication de timbres et de posters, notamment le dernier, en noir et blanc, qui montre toutes les espèces de dauphins, baleines et orques évoluant dans les eaux polynésiennes, ces posters ont été envoyés aux écoles de toutes les îles et atolls de l'archipel polynésien.


Photo : Martine Carret ©

Pour financer ses recherches, Michael Poole a créé avec son ami Heifara le Moorea Boat Tour, un circuit d'écotourisme, où il explique deux fois par semaine à des clients (300 francs pour 3 heures) le sens de ses recherches tout en les emmenant assister à la ronde des baleines ou des dauphins (parfois les deux, les steno -dauphins à bec étroit- accompagnant souvent les baleines). Une séance de whale watching scientifique sur mer, puis sur terre. Au passage, il aura récupéré un sac en plastique flottant sur l'eau: "les tortues ne font pas la différence entre un sac et une méduse. Elles l'avalent et meurent. Un jour, j'ai dû autopsier une baleine dont l'estomac avait été tranché par des bacs de plastique. Je suis un scientifique, c'est mon travail, mais je veux aussi contribuer à protéger ces espèces, pas simplement à les étudier."

Martine Carret




Moorea
Photo : Martine Carret ©


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