Tahiti : l'arc-en-ciel pour enfants-rois
Ils découvrent la plongée plaisir.



La législation française est formelle : l’âge légal pour acquérir le niveau I est de 12 ans. Aujourd’hui, aucun médecin n’est en mesure de déterminer quels sont les effets de la pression sur la croissance des enfants.
Par précaution, on limite les plus jeunes à des immersions à quelques mètres sous la surface. En Polynésie, des stages sont organisés pour les familiariser au milieu aquatique. Plus que nulle part ailleurs, les conditions sont idéales : eau chauffée entre 28 et 30°C, translucide et regorgeant de petits poissons multicolores.


"Quelle est la précaution à prendre avant d'ouvrir la bouteille ?" Le ton de Florence est calme, patient. Ses trois interlocuteurs sont jeunes : Cyrian, 7 ans, Kevin, 10 ans, Lisa, 13 ans.


Photo : Yann Saint Yves ©

Durant les vacances scolaires, le trio passe son temps à l'Aquatica Dive Center, le centre nautique dirigé par Didier Alpini, situé au sein de l' hôtel Beachcomber de Papeete.
Quel plus bel endroit que la Polynésie pour effectuer ses débuts en plongée bouteilles?
Cinq jours d'un stage conçu uniquement pour eux !!!
La monitrice attend la réponse. "On ne met pas ses oreilles à côté de la bouteille, elle peut exploser!" Florence sourit : "Tu l'ouvres tout doucement dans le sens inverse des aiguilles d'une montre, sans coller ton oreille dessus." Kevin s'exécute.

Visiblement, les cours théoriques ont porté leurs fruits. Après la révision des signes classiques : tout va bien, ca ne va pas, je monte, je descends, les enfants s'occupent de leur matériel. Pas d'assistanat. De la responsabilisation. "Ton détendeur est monté comment ? A l'endroit ou à l'envers ?", demande Florence à l'un d'eux.
Le gamin est sceptique, tripotant sans conviction l'ustensile. "Ben..." "Les moustaches permettent d'expirer. L'embout de respirer."


Photo : Yann Saint Yves ©

Elle le met sur la voie en lui demandant de porter le deuxième étage à sa bouche : "Là, tu vois que ce n'est pas pratique. Donc, tu dois le remettre à l'endroit". Un dernier check-up : "Il faut vérifier que le direct system est bien branché", lance Lisa.


Photo : Yann Saint Yves ©

Les bouteilles de six litres, adaptées à la morphologie des enfants, sont chargées sur une brouette. Direction la piscine du somptueux hôtel Beachcomber, à quelques dizaines de mètres du centre nautique.
Vue imprenable sur l'île de Moorea, qui jouxte Tahiti et sur les bungalows sur pilotis qui font le renom de cet hôtel. Quel petit parisien du haut de sa tour de la Défense ne rêverait pas de connaître pareil traitement ? "J'ai vu des poissons à la télévision, raconte Cyrian. Et j'ai demandé à mon père de m'emmener avec lui. Il est moniteur ! Moi, ce que je préfère, ce sont les raies manta..."

A l'heure où certains métropolitains en fourrure polaire apprennent sur leurs livres de classe à reconnaître un caniche d'un labrador, Cyrian a déjà apprécié le bal des raies manta...

On voudrait avoir des enfants de cet âge pour leur faire découvrir l'univers sublime d'une Polynésie qui se décline en verts lagon, bleus outremer et féérie d'arc-en-ciel sous-marin.
Assis dans quelques centimètres d'eau, les enfants révisent une dernière fois : "Le poumon ballast permet de ne pas toucher le fond", récite Lisa.


Photo : Yann Saint Yves ©

Florence leur rappelle qu'il faut palmer jambes tendues "comme les poissons, pas se croire sur un vélo". Elle leur détaille l'exercice qu'ils vont pratiquer : le lâcher-reprise d'embout :
"Que doit-on faire quand on remet son détendeur ? "
"On appuie dessus pour enlever toute l'eau."
"Et si on ne fait pas de petites bulles en remontant, que se passe-t-il ?"
"Les poumons explosent", répond Kevin, très au point question technique :
"Il ne faut jamais remonter comme une fusée."
"On doit remonter comme une limace", souligne Lisa.


Photo : Martine Carret ©

"Dès le départ, on leur donne des connaissances succinctes sur les baro-traumatismes, précise Florence. Avec leurs mots à eux, pas avec du vocabulaire savant. L'essentiel est qu'ils retiennent l'idée, pas les explications médicales. Et vous savez, ils comprennent vite, beaucoup plus qu'on ne pourrait le croire. Ils m'épatent chaque jour. On reste dans le domaine du jeu, mais on n'hésite pas à les sensibiliser au danger. Ils restent sereins, mais sont très responsables."

Durant près d'une heure, la monitrice va leur faire découvrir dans les quelques mètres de la piscine, les joies de l'équilibrage, la méthode du lâcher-reprise d'embout, la purge du détendeur, les échanges de signes.

Au fil des minutes, leur assurance va aller en s'améliorant, leur aquaticité va augmenter. Le soleil tombe lentement dans le lagon et l'après-midi touche à sa fin, mais la séance ne se termine pas sous l'eau. Ils vont devoir dégréer leur matériel. Comme des grands. "On tourne le bouton dans quel sens ?", questionne Florence. "Il faut vider la pression dans le détendeur. Et surtout n'oubliez pas de mettre le capuchon pour rincer votre premier étage !"
Consciencieusement, avec des yeux rieurs et fiers des excercices accomplis, les enfants s'exécutent. Déjà avides de revenir.


Photo : Yann Saint Yves ©

Le stage dure cinq jours, coûte 1650 FF et se termine par une chasse au trésor. Les enfants sont pris en charge une grande partie de la journée, ce qui impose aux parents de confortables rendez-vous entre chaises longues, parasols, cocktails et lunettes de soleil.


Photo : Yann Saint Yves ©

Les bambins bénéficient de cours de technique plongée, ils jouent au ballon, au volley dans la piscine, ils nagent, mais n'effectuent qu'une plongée par jour, sachant que la réglementation impose aux petits une profondeur maximum de trois mètres. Le club les emmène aussi à la découverte de la faune du lagon à bord d'un bateau à fond de verre. Outre les cours théoriques au tableau noir, on leur apprend à se servir d'une boussole, à s'orienter avec le soleil, le courant.

Si l'enfant en est capable, il effectuera un baptême dans le lagon, sur le site de l'aquarium. Là, au milieu des poissons perroquets, des demoiselles, des cochers, des balistes Picasso, des bénitiers et des chromis multicolores, dans une eau translucide chauffée à 28°C, il apercevra l'épave d'un Cessna qui repose sur un fond de sable de sept mètres.


Photo : Didier Alpini ©

Le dernier jour, une chasse aux trésors, avec indices et cadeaux disséminés dans la cocoteraie, dans l'atelier ou dans l'eau, leur permettra de valider leur niveau. Plongeur de bronze, d'argent ou d'or. En attendant l'âge légal pour s'attaquer au niveau 1 !!!

Martine Carret


Guide Pratique :