BENJAMIN ET JULIEN,
LES ENFANTS PLONGEURS DE RAIATEA

5 mètres, 6 litres, 10 minutes



Deux drôles de poissons bronzés toute l'année, racontent leur odyssée au milieu des requins et des perroquets multicolores.


Fébrile, son index tendu semble dire: " Regarde Papa! ", tandis que son autre main assure la prise de son détendeur. La robe lustrée de bleu d'un jeune Napoléon qui frétille à deux mètres sous la surface attire l'œil de Julien, six ans. Dans son masque, ses yeux prennent une teinte malicieuse de bonheur. " Sous l'eau, c'est facile de respirer, j'oublie même que Papa est à côté de moi ! ".

Mais Hubert se soucie plus de la sécurité de son petit plongeur en shorty que des merveilles de " L'Aquarium de Miri-Miri ", le superbe et coloré jardin de corail du lagon de Raiatea. Veillant sur sa progéniture, il précise, prudent: " Dans deux ou trois mètres maximum, Julien peut s'habituer au milieu et voir de très belles choses, en toute sécurité. Nous plongeons une fois de temps en temps, dix minutes, c'est à chaque fois une fête. ". Le ton est donné.


Yann, Benjamin et Julien,
devant le ponton du Sunset Beach Motel
Photo : Martine Carret ©


L'approche un peu rapide l'enfant près d'un trou abritant une magnifique murène javanaise est surprenante... Sorti de l'eau, "Juju le Pirate" explique, très nature : "Je voulais qu'elle sorte de son trou, je l'aurais caressée"...


Hubert et Julien
Photo : Martine Carret ©


Prometteur derrière son air espiègle, le "Pirate" ! Avec une aisance déconcertante, il plonge toujours sur le double détendeur de son papa : "J'ai vu des requins à pointe noire, mais ils ne m'ont pas fait peur !".

Sur le quai de la Marina Apooiti, dans le club d'Hubert, son petit bloc attend d'autres plongeurs plus âgés, puisqu'il ne pourra s'en servir qu'à partir de huit ans, législation fédérale oblige.

" Le dos est sur le ventre et le ventre sur le dos... "

Son frère aîné, " Benji ", tel qu'il aime se faire surnommer, respire sur détendeur depuis plus longtemps que moi, du haut de ces neuf printemps ensoleillés. " J'ai commencé sur le double détendeur de papa quand j'avais six ans, occasionnellement. On n'allait pas profond du tout, c'était pour m'entraîner. La première fois que j'ai plongé avec ma bouteille (six litres), c'était au Sunset Motel, dans le lagon. La deuxième fois, c'était au "Napo" (plongée océan sur le tombant), il y avait même des requins ! L'eau était claire. J'avais un peu mal aux oreilles à cause de mon masque (... l'élastique !!!). Puis j'ai vu des spirographes, c'était rigolo, parce qu'en s'approchant, ils rentraient dans leur tube ! "

En ce jour férié de mai, il se prépare sur le quai. " Teiki, tu as vu mon bloc ? ", questionne-t-il, sérieux, vérifiant son matériel avant la plongée. Le marin du club, cent kilos de bienveillance et de muscles, lui répond par un large sourire, en montrant le bateau. Il parle peu, mais se montre très attentif.


Hubert et Benjamin
Photo : Martine Carret ©


"Benji, pour le moment ne dépasse pas cinq mètres, rassure Hubert. Même si, comme son frère, il sait parfaitement compenser ses oreilles en douceur. On ne connaît pas les effets de la pression sur la croissance et je veux que cela soit un plaisir, pas une galère ". A " L'Aquarium de Miri-Miri", le site est idéal. Trois à cinq mètres. Pas de courant. Visibilité maximum. Patates de corail grouillantes d'une vie multicolore : " J'y ai vu un concombre de mer, raconte Benji. Au début, j'ai cru que c'était un nudibranche. Mais les nudibranches, c'est plein de couleurs et plus petit. Un concombre de mer, c'est comme une grosse limace qui peut atteindre 60 cm, souvent avec des piquants, sinon, ils sont tout lisses.
Une fois, à " L'épave " (ndlr : Le " Nordby ", une des plus célèbres de Polynésie), à la surface, j'ai vu une grosse murène qui avait quitté son trou pour chasser un poisson. Elle ne m'avait pas vu à ce moment, mais elle est retournée très vite dans un trou de rocher. Je ne vais plus me baigner là- bas ! "


Remora
Photo : Martine Carret ©


Ce matin, le monde du silence offre à Benji un souvenir qui éclaire son sourire. Il vient de voir sa première raie manta : " J'étais en PMT, elle était juste à la surface, près du bateau, je crois qu'elle faisait quatre mètres d'envergure et volait sans battre des ailes, s'enthousiasme-t-il. Elle était accompagnée de deux rémoras collés sous elle et s'est laissée glisser dans le courant. Les rémoras, on dirait que le dos est sur le ventre et le ventre sur le dos. Ils ont une ventouse sur la tête pour s'accrocher aux autres poissons, comme les requins. Une fois, un requin à pointe noire m'a frôlé et a disparu dans les profondeurs. Tu sais, personne ne croit que je vais au large, avec des requins. Pourtant, c'est facile !"


Yann Saint-Yves


Guide Pratique :