Rangiroa, entre rêve et émerveillement



Un goût de Paradis

Il y a certains endroits qui vous offrent vos cadeaux de Noël, à Pâques, à la Trinité, au 14 juillet, au Jour de l'An et plus encore.
Comme Rangiroa.

Basé dans l'archipel des Tuamotu, Rangiroa est un de ces atolls de Polynésie Française dont vous rêvez sans trop y croire, un jour de déprime, lorsque vous êtes bloqué dans les monstrueux embouteillages au coeur du périph'.
Amis plongeurs, ne débutez jamais vos voyages par Rangiroa, car ensuite, vous risqueriez d'être blasés...

Côté jardin, la zone habitée, battue par les vents, longue d'une dizaine de kilomètres, large de 300 mètres au maximum, n'offre guère de jolis points de vue, ni de plages de sable blanc comme celles que votre imagination s'épuise à vous communiquer. Le platier est une zone de pierres, de morceaux de corail mort que l'Océan rejette et recouvre avec régularité. C'est le domaine des très beaux oursins-crayons et de leurs lames violettes.


Photo : Martine Carret ©

Un atoll, c'est ce qui reste d'une montagne ou d'un volcan lorsqu'ils se sont affaissés il y a des milliers d'années. Seul subsiste le pourtour. Autant dire rien, de la "soupe de corail" colonisée par des cocotiers et sur laquelle se sont installés les habitants. Pas de terre, peu de sable, rien...
Juste du Bleu. Du grand Bleu. Rangiroa signifie en langue tahitienne "Ciel immense".
Il y a le bleu du ciel, semé de nuages blanc, le bleu-vert du lagon, à l'intérieur de l'anneau (celui de Rangiroa fait 280 km de circonférence, le lagon de 1 640 km2 pourrait contenir Tahiti) et le bleu noir de l'Océan et sa démesure.
Au coucher du soleil, vous pouvez voir les grands dauphins tursiops sauter dans les vagues de la passe de Tiputa.
Car côté sous-marin, c'est le jackpot à chacune de vos sorties...


Photo : Martine Carret ©

Ne comptez pas vous extasiez sur du corail mou, des cornes de cerf ou des gorgones. Il n'y en a pas.
Rangiroa, c'est le règne animal, le règne du gros, voire du très gros...
Tout d'abord, sachez que vous rencontrerez des requins, pas un, mais des dizaines, plusieurs dizaines même. Ne vous affolez pas, ils sont inoffensifs et ne ressemblent en rien aux "Dents de la Mer".

Après plus de 150 plongées à Rangiroa, je suis encore vivante et ma combinaison vous salue bien, son néoprène encore intact...

Deux passes assurent à Rangiroa le renouvellement des eaux du lagon. Elles ont pour nom Avatoru, là où se trouvent le port, le village, les églises et l'aéroport. L'autre, immense s'appelle Tiputa, du nom du second village, basé de l'autre côté de la passe.

Les plongées se déroulent en fonction des marées. Courant sortant, le lagon se vide, vous ne pouvez donc pas plonger dans la passe, où traînent entre autres des courants descendants (l'à-pic est vertigineux). Vous plongez le long de la côte, à l'abri, sur un site appelé "Eolienne".
Poissons multicolores -perroquets, cochers, poissons papillons-, passage de thons et de carangues, quelques requins gris s'approchent avec curiosité. A l'angle de la passe, vous pouvez voir les raies mantas se faire nettoyer ou une tortue à écailles venir déjeuner.


Photo : Martine Carret ©

Vous, vous avez déjà eu droit à votre apéritif... Ceux qui n'ont jamais vu de raies mantas sont déjà fascinés, mais ils ont en plus observé tortue et requins!!!


Photo : Martine Carret ©

Le plat principal, c'est courant rentrant. Les animaux débarquent et rejoignent le lagon. Raies mantas, requins-marteaux lorsque c'est la saison (décembre-mars, et en général blottis sur une cinquantaine de mètres). Et une fois de temps en temps, avec la chance et le bonheur, vous vous retrouvez avec une baleine à bosse, son bébé ou face à un requin-baleine...

Ca, c'est le super-Loto, sinon, la cagnotte est quotidienne, avec un ballet de requins gris, alias "raira" (carcharhinus amblyrhynchos), le plus grand rassemblement que vous puissiez jamais voir. Ils sont partout.

Au-dessus, en-dessous, à côté. Vous les observez à l'abri, collé sur un bout de rocher, sur une trentaine de mètres selon votre niveau, puis vous vous laissez emporter au milieu d'eux par le courant, qui vous dépose gracieusement sur une dizaine de mètres, au coeur du lagon, avec la faune habituelle des tropiques : cochers, papillons, poissons-clowns, sygnates, sabelles, énorme murène javanaise... ou vous effectuez vos paliers en toute sérénité.


Photo : Martine Carret ©

Là, rôdent les effilés requins de lagon à pointes blanches (triaenodon obesus). Posés sur le sable, ils s'effarouchent vite si vous donnez un coup de palmes pour aller les observer. C'est la fuite assurée!
A Avatoru, règnent aussi les raies mantas et une espèce de requins qu'on appelle "tapete", requin à pointe blanche de récif autrement, (carcharhinus albimarginatus ). Ils sont beaux, gros, ventrus, au profil aérodynamique, avec leurs grands ailerons arrondis teintés de blanc. Sublimes et solitaires. On les appelle en faisant du bruit avec un couteau sur la bouteille ou en lançant des cailloux du Zodiac avant que le club ne vous lâche. Attirés par ces ondes sonores, ils accourrent, vous tournent autour (la première fois est assez impressionnante car leur taille est plus imposante que les requins gris qui n'accusent que deux mètres max), déclarent que vous n'êtes pas comestibles puis s'égarent dans le bleu. A votre plus grand regret.

Martine Carret


Guide Pratique :