Tahiti Iti, la Presqu'île au goût sauvage



A 50km de la capitale Papeete, se cache un endroit méconnu : Tahiti Iti, la presqu'île de Tahiti. C'est là, sur la majestueuse vague de Teahupoo (prononcez Tiaupo), que sont organisées les compétitions internationales de surf. C'est là que se déroulent les plus belles balades de l'île, canyoning, kayak, 4x4... C'est là que vivent les vaches qui fournissent les 2/3 de la consommation de Tahiti en lait. Très vert, le paysage rappelle la Normandie, les vagues, les eucalyptus, les flamboyants, les fougères géantes et la chaleur en moins. C'est aussi là que s'est installé Gilles Jugel, le propriétaire du Iti Diving International Center, non loin du Fare Nana'o, le refuge pour Robinsons.

Loin de la circulation parisienne de Papeete, où le front de mer a été remodelé sur le modèle de Cannes et où des parcmètres sévissent désormais, se trouve un lieu sorti de l'imagination d'un dessinateur de bandes dessinées. Fare Nana'o, tel est le nom de cet endroit où Blanche-Neige aurait pu habiter avec ses sept nains.
Y aller ? Simple. A Papeete, longer le bord de mer et prendre la direction de la côte est. L'Est ? Là où le soleil se lève ! Facile ! Suivre l'unique route en lacets jusqu'au kilomètre 52 (ici on dit PK52). Ne pas se gaver de Hinano, la bière locale. Mettre sa ceinture de sécurité. Quelques képis farani (français) veillent. S'arrêter au "Trou du Souffleur " et aux " Trois Cascades ", contempler les plages de sable noir et les arêtes volcaniques qui tombent dans le lagon.


Gilles Jugel - ITI Diving International
Photo : Martine Carret ©


A l'endroit où l'île de Tahiti se rétrécit, formant un isthme qui débouche sur une presqu'île : Tahiti Iti (Petite Tahiti), se découpe la ville de Taravao. Le Fare Nana'o, est situé juste un peu avant, dans un virage. C'est l'adresse méconnue de six fare (bungalows) construits en matériaux naturels (niau : feuilles de cocotier séchées, bambou) par Monique Mériaux, une ancienne prof d'histoire géo qui a élevé pas moins de huit enfants et qui couve sa clientèle comme une mère poule! ! !


Tahiti Iti - Fare Nana'o
Photo : Martine Carret ©


Blottie au creux des arbres, la table du déjeuner du fare Aito (du nom d'un arbre en filaments verts) stimule l'inconscient. On joue à Robinson Crusoé, on grimpe dans l'arbre, on y dort et on y mange et ce, pour un prix qui défie toute concurrence en Polynésie! Ce qui est suffisamment rare pour être souligné...

Calme, volupté, paresse. On y resterait des jours et des nuits, des nuits et des jours. Mais pourquoi diable personne ne pense à Tahiti Iti quand on évoque la Polynésie ? Les Marquises, Rangiroa, Bora-Bora, Moorea sont des îles connues à travers le monde entier. En dehors, est-ce à dire qu'il n'y a point de salut ? Mais Polynésie, signifie "plusieurs îles" et heureusement, il n'y a pas que les îles célèbres à découvrir...


Tahiti Iti - Fare Nana'o Maison dans l'arbre
Photo : Martine Carret ©


Sous l'eau, le spectacle est tout aussi enchanteur et envoûtant. Gilles Jugel, dont on m'a longuement vanté les qualités à Paris, sera mon guide et ne faillira point à son excellente réputation. Une silhouette efflanquée, un corps toujours recouvert d'une combinaison (Gilles est frileux et à la Presqu'île, l'eau n'est qu'à 26°C, contre 29°C dans les Tuamotu!) un tampon pour carnets de plongée oeuvre de Sérafini, pour un personnage digne de Speedy Gonzales. Sans se prendre au sérieux, il fait tout dans son club Iti Diving International, qu'il tente de développer, notamment à l'étranger (USA, Japon). Et en plus, il le fait bien, prenant le temps d'expliquer avant et après la plongée ! Le client n'est pas un payeur, mais un plongeur qui va payer une prestation et c'est là que réside toute la différence. On ne l'attend pas au virage, style " tu plonges ? Hop, par là ! T'as quel niveau ? Tu paies ? " Ni merci, ni au revoir comme on l'a vu faire dans des sites plus développés....


Tahiti Iti
Photo : Martine Carret ©


Au mur, un avertissement : "Ne plongez pas déshydraté". En 350 plongées, c'est la première fois que quelqu'un se donne la peine de me rappeler les consignes élémentaires... "Apportez certificat médical et carnet de plongées".

La Presqu'île est un des rares endroits de Polynésie où l'on trouve des gorgones, pas de celles énormes, qui tapissent les murs de la Mer Rouge, mais de petites, bien dentelées, magnifiques, qui s'étalent sur un pan qu'on peut aller voir, dès 16 mètres et jusqu'à 40 ou plus..., tout dépend du niveau des plongeurs. Le drop off tombe à 150 mètres, on se limite à 52m pour aller dénicher des branches de corail noir qui se découpent dans la lumière. Niché au coeur de ces superbes branches, vit un couple de poissons faucon à long nez, non mentionnés par les livres comme vivant en eaux polynésiennes, mais qui y habitent pourtant... Je les ai vus !
A cette profondeur, on ne peut rester bien longtemps, mais ce jour-là, ils se sont montrés charmants, pointant leur petit nez rouge juste le temps d'un sourire. Génial ! Des alcyonnaires (42m) et des nudibranches complètent cette plongée à laquelle on accorde aisément cinq étoiles. Il y a aussi la Marado, un tombant qu'on n'a pas peur de qualifier de sublime, avec des gorgones jaunes, des carangues bleues, des perches pagaies roses et des becs de cane énormes. On s'engouffre dans des cheminées, l'une part de 29m pour ressortir à 29, l'autre de 24m pour arriver à 18. Même les claustrophobes peuvent y arriver sans difficulté.


Tahiti Iti - Branche de corail noir
Photo : Martine Carret ©


Ptérois et requins à pointe blanche de lagon, nichés dans des recoins sont évidemment de la partie.
Gilles prévient qu'à partir d'une certaine baisse de température, le comportement des murènes javanaises qui sortent de leurs trous est imprévisible, d'où de nécessaires précautions à prendre. Les bébés clowns rendent leurs parents nerveux au-dessus des anémones, on n'insiste pas. On repart frustrés, avec la tentation d'y revenir...

Martine Carret



GUIDE PRATIQUE :