Philippe SIU, biologiste marin, originaire des Tuamotu, ancien directeur de Programme de recherche, de développement durable et de gestion des ressources lagonaires, expert-consultant en perles, fondateur et membre de l'Association de protection de l'environnement de Polynésie française "Iaora te Natura" ( Que vive la nature), a répondu aux questions d' Aquanaute.com
Comment se sont formés les îles et lagons de Polynésie ? |
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Les îles polynésiennes sont formées à partir de volcans sous-marins dont
certains sont encore en activité, notamment ceux qui ont été à l'origine des
îles de la Société. Sur une carte des îles de la Société, vous remarquerez que
Tahiti, Moorea, Huahine, Raiatea, Tahaa, Bora-Bora, Maupiti, Tupai etc... se
trouvent sur un axe sud-est/nord-ouest et s'étendent sur environ 800
kilomètres. Elles se sont formées en quelques millions d'années à partir de ce
l'on appelle un "point chaud" qui permet l'épanchement de lave provenant des
couches profondes du magma vers la surface pour construire le volcan. C'est
ainsi qu'apparaissent les nombreux volcans sous-marins sur la croûte océanique.
Cette croûte est " souple ", comme une sorte de pâte (à l'échelle géologique) et
se déplace vers l'ouest nord-ouest à une vitesse de 10-12 centimètres par
an. |
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En se déplaçant avec la croûte, le volcan actif va s'éteindre et s'éroder de
manière considérable au fil du temps au fur et à mesure qu'il s'éloigne du point
chaud. Il va de plus s'enfoncer à cause de son propre poids (stade de tassement)
sur une croûte élastique et en raison d'autres facteurs tels que l'amincissement
de la croûte par rapport à la zone d'éruption plus bombée, etc... |
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Ainsi nous avons dans l'ordre chronologique à partir du volcan le plus "jeune"
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Quelles sont les particularités des différents archipels ? |
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A partir de ces éléments ci-dessus, vous comprendrez qu'à chaque stade
de l'évolution des îles volcaniques correspondent des particularités au
niveau du lagon et de la structure des récifs frangeants et barrières. |
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Il y a une constante générale dans les peuplements faunistiques et floristiques : sur les îles hautes, la faune et la flore sont plus variées en espèces que dans les atolls. Un exemple pour les mollusques (donc tous les coquillages) : certains atolls n'hébergent plus qu'une dizaine d'espèces par rapport aux centaines d'espèces recensées pour les îles hautes comme Raiatea ou Taha'a. Mais la pauvreté en espèces est largement compensée par une population par espèce extraordinairement élevée, à tel point que certains lagons d'atolls sont littéralement comblés par les coquilles et débris de coquilles. On trouve ainsi des plages constituées exclusivement de coquilles de bénitiers sur des kilomètres ou d'une autre espèce de coquillage servant à la confection de beaux colliers tahitiens que l'on collecte à la pelle (atoll de Anaa). |
Comment jugez-vous l'état du corail ? |
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Il est fondamentalement lié aux diverses et nombreuses agressions du
milieu marin. Problème classique et très basique : plus nous nous
éloignons des zones urbanisées, plus nous trouvons des récifs et une
faune riche et variée... |
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Pourquoi le gros (requins, tortues...) existe-t-il dans les Tuamotu et moins dans les îles de la Société ? |
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Les espèces de gros sont tout simplement moins pêchées dans les Tuamotu. Il n'y a pas de secret ni de miracle. La chasse aux grosses pièces (que je qualifie d'imbécile) pour avoir sa photo dans la presse est malheureusement une pratique courante. Ce qui encore plus désolant c'est que les grosses pièces sont en général toxiques et ne sont donc pas consommables. Après la photo, la carcasse est tout simplement rejetée à la mer... |
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A-t-on une idée du nombre d'espèces endémiques ? |
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Il y a de nombreuses espèces endémiques à la Polynésie française, qu'il
s'agisse de la faune et flore: sous-marines (coraux, poissons,
coquillages, etc...) que terrestre. Ainsi pour ne parler que des oiseaux
qui est certainement l'animal le plus visible, il existe trois espèces
de perruches uniques mais malheureusement deux d'entre elles sont
menacées d'extinction ou encore les gros pigeons de Rapa ou des
Marquises, ou celui des Tuamotu qui s'est complètement adapté à une vie
terrestre dans un milieu calme et paisible, ne sachant plus voler... Il
y a aussi des fleurs uniques au monde qui ne poussent que sur les
sommets (800 mètres à 2000 mètres d'altitude). |
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