Week end à la montagne

 

Au cours d'une de mes nombreuses lectures " plongée ", j'avais trouvé la recette suivante :
" Pour bien réussir un week-end plongée :
Prendre un groupe d'amis plongeurs (peu importe le niveau), les regrouper dans un lieu sympathique et convivial, vérifier leur bon état de santé, leur attribuer du bon matériel. Immerger le tout au moins une fois dans l'eau de 15 à 30 minutes (ou selon). Vous obtenez ainsi un très bon week-end plongée, bonne humeur garantie, rire, expérience inoubliable !
"


Ayant soumis la recette à notre petit groupe de plongeurs : Bruno, Fred, Gérard, Eric et moi et de non-plongeurs : Sophie, Danielle, Céline et Baptiste, nous nous décidions à l'essayer ce week-end du 28 février 1998.


Accompagnée de mes fidèles 15 kg de bagages "plongées" et mes quelques effets personnels civils, je prenais donc le train en direction de Grenoble pour 2 jours. Au programme : plongée de réadaptation dans le Lac de Pontchara (Isère) et plongée sous-glace à Tignes (Haute-Savoie).


Arrivée à Grenoble, c'est Fred qui me réceptionne et m'accompagne chez Sophie et Bruno qui m'hébergent pour l'occasion. Gérard et sa famille ne nous rejoindront que le lendemain. C'est autour d'un repas préparé par Bruno que nous discutons à propos des femmes et de la plongée, certains diront que nous nous sommes presque disputés... nous n'avons pas les mêmes idées, c'est tout ! Bruno planifie la plongée de samedi qui se fera, si le temps le permet dans le lac de Pontchara. Il nous faut donc vérifier le nombre de participants, le matériel... je baptiserai pour l'occasion, mon cadeau de Noël : un superbe détendeur !

 

Samedi matin,

levé ... pas trop tard... c'est qu'il y en a des choses à faire. Sophie se charge des courses pour les repas à venir, Bruno et moi emmenons faire gonfler les blocs (au préalable, nous effectuons mon gage sortir les poubelles car je n'ai pas su décrire la nouvelle présentation d'Aquanaute réalisée par Fred...c'est pas de ma faute si je n'ai plus accès à Internet!) ... Fred quant à lui nous attend désespérément ... Eric, le fils de Gérard, arrive en compagnie de son fils, Baptiste et sa de femme, Céline. Ils seront rapidement rejoints par Dany et Gérard. Et nous voilà repartis dans nos conversations de cet été (Cf. Week-end à Planier), Gérard et son téléphone, Gérard et ses problèmes d'ordinateur, moi qui n'ait plus le temps de remplir ma maigre fonction auprès de Plongez Loisir !, du programme du week-end, etc...

L'après-midi avance et il est grand temps de remettre les palmes dans l'eau. Nous nous retrouvons donc sur les berges du lac. Bruno et Gérard plongeront en premier, puis ce sera le tour de Fred et moi-même, Eric, nous fait fausse route : il n'a pas pris son matériel !
C'est donc par 11° extérieur que Gérard et Bruno commencent à s'équiper, ce qui nous vaut un fou rire des plus beaux au détriment de Gérard : il a sans doute été svelte ... à ses dires, mais aujourd'hui ... le voir s'escrimer à enfiler sa combi ... et sa ceinture de plombs ... qui lorsqu'il rentre le ventre lui tombe sur les pieds ... et les commentaires sur son nouvel équipement spécial gadget : " Wahou, t'en as une belle cagoule !!! ", " Gérard!...Le couteau...c'est pour tuer le requin de lac? ", tordant !!!

Ils se mettent donc à l'eau ... froide! La sécurité surface est à son maximum : 14 yeux les suivent ... à la bulle !


Forte de mon expérience de cet été (30 mn pour m'équiper!), je commence à m'habiller ... faut vraiment en avoir envie, pour se mettre à l'eau au mois de février ... aussitôt équipée, je renfile avec empressement mon écharpe et mon manteau ... Fred, quant à lui, attend l'équipement de Bruno. 30 minutes après leur immersion, Bruno et Gérard ressortent " elle est bonne (l'eau), j'ai pas eu froid! ... non, non, c'est vrai ... oh ... on a vu une tortue ... si, si, tu sais, les gens n'en veulent plus, alors, ils les rejettent dans le lac, mais c'est agressif ces bestioles !!! ".

Et puis c'est notre tour, elle n'est pas froide ?, mon œil … oui ... mon profondimètre annonce 9°C, en attendant que Fred soit paré à l'immersion, un doux filet d'eau glacé envahi mes chaussons et mes gants ... le reste bien à l'abri dans une semi-étanche ne craint rien ...

pour m'habituer à la douce température de l'eau je m'efforce à quelques vidages de masque ... brrr!
Fred lesté et équipé, nous nous immergeons, je suis toujours surprise par ce goût de lac que l'on ressent par le biais du détendeur, un goût terreux..., la visibilité est plutôt bonne (aucune comparaison avec les 50 cm de cet été!...) : l'eau étant froide, la végétation ne prolifère pas autant.

Ca et là, éparses sur le fond quelques écrevisses auxquelles nous allons serrer la pince, engourdies par le froid, leurs réactions sont plus lentes. Finalement, l'eau n'est pas si froide, et on est tellement bien dans cet élément que l'on accepte de se geler mains et pieds.

J'aperçois le mano de Fred, frôlant selon ma perception, la réserve... je lui fais alors signe que nous ferions mieux de faire demi-tour, il me regarde avec stupéfaction (presque outré de ma réaction), après une discussion gestuelle fort commune aux plongeurs, nous faisons demi-tour, il me reste encore 110 b, je suis étonnée de sa consommation, mais avec le froid, je sais qu'il m'est déjà arrivée de consommer 180 b en 13 minutes, et puis, je n'ai pas de détendeur de secours, bon d'accord, nous sommes à 9m ... mais bon ... un tient vaut mieux ...

Mon très bon sens de l'orientation sous-marine nous conduit (une fois de plus) a quelqueS coupS de palmes ...enfin...presque.... de notre point de départ ... arrivés en surface, je me fais gronder par Fred,
"- Quoi? mais ça va pas la tête, faire demi-tour?, et j'ai encore 60b...@#!!&&@# , où as-tu vu que j'étais sur réserve??? ".
"- Oh, écoute Fred, on m'a toujours appris que la réserve ne doit pas être entamée ".
"- Ouais, mais il y a des limites !!! et puis, je suis parti avec 100b, quand tu as voulu faire demi-tour, j'en avais encore 70 !!! @#&!!?/# ".
Enfin, chacun son tour de se faire chambrer... heureusement, Gérard prend ma défense :
"- Aude ... ne te jus-ti-fie pas ! Tu sais, Aude, elle plonge en fonction des règles de sécurité, c'est très carré tout ça ! " explique-t-il au groupe.


Viens alors le moment le plus douloureux de la plongée : il faut sortir de l'eau (c'est là qu'on se rend compte que l'on a les pieds engourdis ... aie!), et se déshabillé ... ! et quand on est mouillé, être dans le froid ... brrr!

Puis retour chez Sophie et Bruno, ce soir ... Fondue (en Isère ... à côté de la Savoie ... on ne peut pas faire autrement!). C'est Fred qui cuisine ! C'est avec difficultés que j'arrive à avoir sa recette, mais il y a toujours le secret du Chef ... Stéphane et sa compagne, nous ont rejoint pour le repas. La Fondue est dé-li-cieu-se, par contre, interdiction de boire de l'eau ... vin blanc O-BLI-GA-TOIRE, et moi, quart-de-goutte ... (bien connue pour ma tolérance à l'alcool) ... je sens que je vais bien rigoler! Certains profitent de mon ébriété pour me jouer des tours ... n'est-ce pas Fred !
Allez, tout le monde au lit, demain un grand jour nous attend !

 

Dimanche 1er mars,

lever des troupes : 6h.... petits dej ... tout le monde n'est pas très bien réveillé (mais, je ne citerais personne!) et en route pour le grand blanc : direction Tignes pour cette fameuse plongée sous-glace que j'attends avec impatience depuis que nous en avons soulevé l'idée.
La route est bonne, nous sommes dans les temps, ce qui ravi Bruno : " C'est bien la première fois que j'arrive à être dans les temps lors d'un week-end plongée que j'organise!".
En plongeurs habitués à notre matériel, certains (dont moi) n'ont pas su résister à la tentation d'emmener un peu de son matériel (ordinateur, profondimètre, chaussons...), histoire de se rassurer sans doute. Arrivés à Tignes, une remarque est inévitable quand on contemple la foule : " mais que font-ils tous avec des skis ?? Quelle idée, on ne vient pas pour skier ici, mais pour plonger... pfff ! " .

 

Pour trouver le centre de plongée, il suffit de descendre l'escalier qui borde l'hôtel " Le Terril Blanc ". Comme prévu, Véronique et Didier Martinez nous attendent, ils nous ont réservé la matinée. Didier nous explique le parcours : le lac est percé en trois endroits formant un triangle. Le premier trou (le trou principal) va nous permettre la mise à l'eau... et le retour sur la terre (...euh, enfin... la glace). Un trou de secours.. au cas où ... et un trou annexe est situé à ?? m à l'aplomb duquel nous trouverons une corde qui nous permettra de nous balader sur environ 20 m de rayon. Les trois trous sont reliés par des cordes, et il est impératif de ne jamais les quitter des yeux ... pour ne pas se perdre!
Profondeur maximale, 6m, nous devrons éviter de nous poser sur le fond, car le sol étant recouvert de vase... nous risquons de diminuer notre visibilité (comme pour la plupart des plongées en lac).

Véronique nous présente ensuite le matériel spécifique que nous emploierons :
1) masque facial (aucune difficulté particulière, pour faire un vidage de masque, la technique reste la même, il suffit de souffler un peu plus fort).

2) un vêtement sec : il est porté sur un " pyjama ", une pièce molletonnée.
L'isothermie est assurée par l'air que l'on introduit dans le vêtement au moyen d'un insufflateur situé au niveau de la poitrine. La purge se situe entre le coude et l'épaule, pour pouvoir purger, il faut donc que ce point soit le point le plus haut. De plus, il faut faire très attention à ne JAMAIS avoir les pieds plus hauts que le reste du corps ... sinon, on se retrouve coincé tête en bas ... avec de très grosses difficultés pour pouvoir se retourner, et dixit Véronique " et là ... on ne peut plus rien pour vous ! ".
Le reste du matériel (bloc, détendeur, palmes, stab et plombs) est habituel.

Fréd, Éric et moi commençons à nous équiper avec l'aide de Véronique (Gérard et Bruno forment la seconde palanquée). Pendant ce temps, Didier ouvre les trous dans la glace. Fin prêts, nous nous retrouvons assis, au bord de l'eau. Véronique m'équipe totalement : plombs, palmes, stab.
En même temps, on équipe Éric ... j'ai la sensation de me retrouver dans la même situation que lorsque j'étais petite et que l'on m'habillait avant d'aller skier, dans des vêtements trop grands (et encore, Véronique m'a confié qu'ils venaient d'acquérir des petites tailles) et trop malhabile de mes mains pour pouvoir faire le moindre réglage.

Eric est le premier à s'immerger, pendant que je l'attends palmes dans l'eau, j'entends Gérard qui dit de moi: " Regarde là... elle est heureuse comme tout, mais elle se demande ce qu'elle fait là !" ... à croire qu'il a lu dans mes pensées.

Eric refait surface et je me mets à l'eau : nous descendons dans cette eau glacée; c'est la blancheur qui domine... une fois que j'ai pris connaissance du matériel, nous revenons chercher Fred pour commencer notre plongée.


Nous nous immergeons et commençons à évoluer sous ce plafond d'un mètre d'eau gelée... il règne ici une atmosphère particulière, tout est immobile, l'impression que tout est arrêté. Je suis ensuite confrontée à certaines difficultés techniques : gérer et la stab et le vêtement, n'est pas chose facile.

Je me retrouve comme lorsque j'étais débutante et que je devais faire face à quantité de problèmes : tout d'abord, retrouver mes appuis dans l'eau, mieux appréhender ma flottabilité (j'ai d'ailleurs eu une grosse frayeur me retrouvant piégée dans la bulle d'air formée par le vêtement et irrésistiblement attirée vers le plafond...

Une pensé a traversé mon esprit : " oh là, là... bon, on se calme Aude!, Souffle! " et une fois la vitre du masque sur la glace : " Bon, bah... on va redescendre... alors, on lève l'épaule droite, on baisse le reste du corps... " ça y est, je retrouve mes compagnons.).
Nous continuons à évoluer, Éric attrape la corde pendante et la suite... je me demande alors si elle est bien fixée à l'autre extrémité... vous imaginez la bonne blague sinon!
Heureusement, il y a la " beauté des lieux " pour dissiper cette pensée. Parler de beauté des lieux n'est sans doute pas le meilleur des termes, il faut avouer qu'en eux-mêmes, les fonds du lac ne sont pas très attrayants... il s'agit plutôt de l'ambiance qui y règne... les quelques rayons de soleil qui traverse la glace forme ntde grandes rais de lumière … comme dans les cathédrales, lorsque les rayons de soleil filtrent à travers les vitraux et aboutissent dans cette atmosphère propice au recueillement.
Le jeu des bulles qui courent sous la glace est aussi très joli à regarder (le plafond semble parsemé de miroirs...), je les suis du regard à chaque expiration... Elles montent bien rondes jusqu'au plafond, s'y aplatissent et commencent à s'échapper en se divisant puis se regroupant jusqu'à trouver un petit trou dans lequel elles iront se cacher.
Mais déjà, il est temps de remonter pour laisser la place à Gérard et Bruno.

La sortie de l'eau est épique : évidement, pas d'échelle ... tour à tour, nous nous rapprochons du bord et nous nous propulsons hors de l'eau à l'aide de nos palmes ... heureusement, Didier est là pour nous tracter... j'ai eu pendant un instant la sensation d'être un morse qui sort de l'eau ... avachie face
contre terre ... euh... contre glace, dans une presque impossibilité de me déplacer (il faut dire, qu'avec, un bloc sur le dos, et environ 12kg de plomb autour de la taille... c'était plutôt normal). Nous nous deséquipons et c'est au tour de Gérard et Bruno, tout comme pour le premier groupe, Gérard s'immerge seul et vient rechercher Bruno ... pour sa 100ème plongée !

Chacun de nouveau en " civil ", c'est autour d'un repas que nous trinquons
" A Bruno et ses 100 plongées et Aude pour sa 50ème... aux plongées que nous avons faites et celles que nous ferons ! ".

C'est aussi l'occasion d'échanger nos impressions, Bruno dira par exemple: " J'ai eu l'impression de plonger en sac sous-vide ".

Le mot de la fin revient à Gérard : " Alors, qu'est-ce qu'on tente maintenant ? La spéléo... mais ça ne s'improvise pas !"

Aude Cahen

 

" Tignes a été une expérience intéressante aussi bien au niveau de l'aspect technique (d'un matériel nouveau, combinaison étanche et masque facial), qu'au niveau individuel : cette plongé à permis de conforter une équipe déjà soudée - mais dans son contexte - qui, l faut le dire est la mer avec son espace."

Gérard Trotin

 

Renseignements sur la plongée sous-glace:

Si faire une plongée sous la glace vous tente, voici les coordonnées du centre de Tignes :

Plongée 83
Didier & Véronique Martinez
29 avenue de la gare
83 700 Saint-Raphaël

Tél. : 04 94 95 27 18
Fax : 04 94 95 27 18
Mobile : 06 09 58 43 52
Email : plongee83@hotmail.com
Site Web : http://www.plongee83.com

Le matériel vous sera prêter gratuitement pour cette plongée un peu spéciale. Prévoyez par contre une tenue "ski" pour la surface ;-)

 


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